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Kane Limam, alias Monza : le rappeur mauritanien, Président 2la Rue Publik

Unknown

Kane Limam, alias Monza, est un artiste à double casquette. Ce mauritanien est rappeur-producteur, il est aussi le créateur du festival Assalamalekoum. Il prépare deux albums et suit des dizaines d’artistes et plusieurs projets culturels.

A 33 ans, ce passionné de musique milite via la culture pour dénoncer l’injustice : « Pour ne pas en devenir complice« . Il est très attaché à la fraternité et au multiculturalisme, et il n’hésite pas à chanter ce qu’il pense.

Ce n’est pas pour rien qu’il s’est autoproclamé Président 2la Rue Publik (titre de son premier opus, en 2004). Il adore mélanger dans ses textes, le peul, le wolof ou le hassania. « En Mauritanie, on ne veut pas assumer qu’il y a plusieurs communautés, alors qu’elles sont une richesse. Avant de parler d’unité nationale, il faut d’abord accepter les identités nationales. Ensemble, on est plus fort. »

Kane Lima se passionne vraiment pour le hip-hop dès l’âge de 15 ans. Et il perce très vite autour de lui avec son premier groupe, African Prodige.  En 1998, Monza rejoint le collectif d’artistes Intelligentsia. Son second groupe, Do Re Mifa voit alors le jour. Il se souvient : « J’ai commencé à chanter du hip-hop quand j’avais moins de 14 ans. Je m’intéressais à la fois à la musique et à l’écriture ; j’écrivais de la poésie en français et en arabe. Mais j’ai réellement fait mes débuts dans le hip-hop en 2002, après avoir obtenu mon baccalauréat. Je suis allé dans les pays voisins pour acquérir de nouvelles expériences musicales. Le hip-hop était mon genre favori. Je pensais que le hip-hop était un art capable de transmettre des messages directs et révolutionnaires en même temps… »

Très vite avec Couly Man, il fonde un nouveau groupe, La Rue Publik. « Si le pouvoir ne fait pas bien les choses, on le dit. C’est notre manière de contester. »

A ses débuts, il est soutenu par l’homme d’affaires Ahmed Ould Hamza et le Centre culturel français. Leur premier album sort en 2004. Il est entièrement réalisé en Mauritanie mais  le colonel Maaouiya Ould Taya qui est au pouvoir fait retirer de la vente les 1 500 disques. Il en faut plus pour les décourager. Malgré la pression, le cd est réimprimé et le groupe part en tournée à travers le pays.

Monza qui devient une figure respectée auprès de la jeunesse de son pays est aussi un entrepreneur : il  lance son label, Zaza Productions en 2008 et dans la foulée, il crée le Assalamalekoum Festival International, consacré aux cultures urbaines. C’est lui aussi qui est à l’origine du Assalamalekoum Tour (des ateliers d’écriture, de danse et de création musicale) ainsi qu’Assalamalekoum Découverte, un concours pour détecter de nouveaux talents. « Assalamalekoum n’est pas seulement un festival ; c’est aussi un projet destiné à former les jeunes et à leur enseigner la patience. Il leur permet également de réaliser leurs ambitions. Par ce festival, nous avons réussi à former des centaines de jeunes, y compris ceux qui participent aujourd’hui à des festivals internationaux sous le drapeau de la Mauritanie. Cela nous a permis de savoir qu’il n’est pas nécessaire d’obtenir un soutien du gouvernement pour réussir. Je pense que seule la culture peut permettre aux gens de réussir là où la politique a échoué. L’art d’aujourd’hui a réussi à résoudre des crises dans le monde après que la politique ait échoué à le faire. Si le sport a réussi à résoudre des problèmes, l’art rend les jeunes plus responsables. » 

Aujourd’hui, il ne chôme pas puisqu’il gère la carrière de six rappeurs et de deux groupes.

Il se réjouit de voir le chemin parcouru en quelques années : « Aucun rappeur mauritanien n’avait vraiment les moyens de produire, de diffuser et de distribuer son propre disque. Un album de bonne qualité nécessite trois millions d’UM et beaucoup d’entre nous peinent à dénicher un sponsor. Des managers se sont aussi improvisés sans se donner la peine de se former par la suite» «Nous organisons souvent des rencontres pour réfléchir sur l’avenir du métier, mais chaque fois, les querelles personnelles l’emportent sur l’intérêt général. La situation n’est toutefois pas si catastrophique que ça pour le Hip hop mauritanien. Avant, il n’existait pas de studios. On se contentait d’un poste radio Sharp à deux cassettes et d’un microphone pour enregistrer des sons avec tous les aléas possibles. Aujourd’hui nous avons le studio 308, Zaza production, Mauritanie production, MCO et Dj Mamen le premier à enregistrer du Rap mauritanien.»

Monza a des convictions fortes autour de son engagement religieux et musical qu’il veut faire partager : « Je crois maintenant que les Africains en général, et les jeunes du Maghreb en particulier, doivent s’aider mutuellement et agir rapidement pour prendre l’initiative de construire, sans attendre que les gouvernements jouent leur rôle. (…)  Mes thèmes portent donc sur la diversité culturelle, parce que je suis convaincu que la diversité est l’avenir de ce monde. Je tente également de promouvoir un discours de tolérance, l’un des principes les plus importants de l’Islam. En tant qu’artiste musulman, je crois que le message du véritable Islam est la tolérance face à tous les appels qui tentent de donner une image contraire de celle du véritable Islam, que ce soit de la part de groupes radicaux ou des ennemis de l’Islam qui s’efforcent de véhiculer des stéréotypes à son sujet. Je voulais également montrer que l’Islam est une religion de tolérance qui accepte les autres formes artistiques, et que la religion est une relation personnelle entre l’individu et son Dieu, qui n’a rien à voir avec d’autres affaires. »

A 33 ans, Monza a un rêve : créer une Hip-Hop Academy Mauritanie. Mais s’il en parle c’est qu’il sait déjà qu’elle n’est pas bien loin et qu’elle va permettre à des dizaines d’artistes de partager avec lui sa belle aventure.

A suivre donc.

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