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Yamina Benguigui : « il n’y a pas d’exciseurs mais uniquement des exciseuses ! »

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Aujourd’hui avait lieu dans le monde entier la journée internationale contre les mutilations génitales féminines. L’occasion pour Yamina Benguigui, la ministre chargée de la Francophonie  de faire le point. Elle s’est longuement confiée au site français «20 Minutes»  à la veille du Forum Mondial des Femmes Francophones qui aura lieu les 3 et 4 mars prochains à Kinshasa (RD Congo).

Pour rappel, l’excision est pratiquée dans 29 pays d’Afrique. En France, 53.000 femmes seraient excisées, 30% de leurs filles courent encore le risque de l’être lors d’un séjour au pays.

Yamina Benguigui qui avait consacré son premier documentaire, Femmes d’islam en 1992, à ce thème – elle avait suivi le travail de sensibilisation de la Croix Rouge dans des villages du Mali- confie :  « En France, l’excision est un délit passible de dix ans d’emprisonnement, de 150.000 euros d’amende et d’une interdiction de territoire de cinq ans. Il y a eu 30 procès depuis 1979. Nous voulons aussi mettre l’accent sur la sensibilisation. Il faut informer, communiquer, travailler sur la proximité.’

La première génération d’immigrés d’Afrique subsaharienne a fossilisé les coutumes, et fait des femmes les gardiennes des traditions. Or le corps enseignant n’est pas suffisamment alerté. Il est capital et nécessaire que cette sensibilisation se fasse d’abord à l’école.

Les femmes excisées sont amputées d’une partie de leur appareil génital. On coupe au couteau, au rasoir, le clitoris et les grandes lèvres.

Certaines ont pris conscience que cela n’avait aucun rapport avec la religion. L’excision n’existe pas dans le Coran. C’est une coutume pré-islamique, pharaonique qui perdure et qui est barbare. L’une d’elles m’a dit: «Nous sommes devenues du bois mort».

L’expérience montre qu’il n’y a pas d’exciseurs mais uniquement des exciseuses. Cela se passe entre les femmes. Il faut rompre la chaîne à  travers la sensibilisation. Il faut que les jeunes filles osent parler au corps enseignant et à leur entourage, même si cela implique d’incriminer les parents. Car c’est là toute la difficulté : l’excision est au centre de la famille. Le plus difficile, c’est ce tabou. Il faut expliquer que l’excision est un crime.

Dès que la scolarisation des filles augmente, le taux d’excision chute. Au Ghana, 70% des femmes de plus de 40 ans ont été excisées. Aujourd’hui, seules 16% des adolescentes l’ont été, grâce à la politique menée depuis une dizaine d’années sur la scolarisation des filles.

Dix-huit pays de l’espace francophone pratiquent l’excision et les mutilations sexuelles. Dans certains pays, comme la Guinée, l’Egypte la Mauritanie et Djibouti, le taux atteint 95% des femmes. » 

Notre précédent portrait : Mariam Lamizana : son combat contre l’excision

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