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Nigeria : célébration des 80 ans de Wole Soyinka, prix Nobel de littérature

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Premier auteur africain et premier auteur noir lauréat du Prix Nobel de la littérature qu’il obtient en 1986, Wole Soyinka, a consacré sa vie à son art et à la défense de la démocratie.

Romancier, poète, metteur en scène, acteur, dramaturge et militant, cette figure très populaire a reçu de nombreux hommages, ralliant admirateurs et anciens adversaires.

Dimanche dernier, les nigérians ont célébré avec faste  les 80 ans de cet illustre personnage, un anniversaire marqué par diverses manifestations littéraires et culturelles à travers tous le pays. Des manifestations marquant l’apothéose des festivités.

Rappelons que durant 80 jours, le lauréat du Nobel a été au centre de dizaines de conférences, expositions et manifestations littéraires au Nigeria dont il a combattu les régimes militaires et critiqué les dirigeants corrompus et incapables.

Le clou de la manifestation a été marqué lundi dans sa maison isolée d’Abeokuta avec la représentation d’une de ses pièces. Des hommes ont également porté des perruques et des fausses barbes en l’honneur du Nobel de littérature, lors d’une lecture organisée.

Toujours en marge de cette célébration, Soyinka a reçu des hommages de la part de plusieurs personnalités du monde politique et d’art contemporain.

Le président Goodluck Jonathan l’a félicité pour « son dévouement de toute une vie à mettre son génie et ses talents reconnus au service non seulement de son art mais aussi de la démocratie, de la bonne gouvernance et du respect des droits de l’homme au Nigeria, en Afrique et au-delà ».

« Je suis venu à Abeokuta pour honorer cet homme si particulier », a indiqué pour sa part, le général Gowon. Ce dernier, faut-il le souligner, s’en était pris à l’écrivain soupçonné de soutenir son rival durant la crise de 1967 qui avait conduit à la guerre civile et ses près d’un million de morts.

« Soyinka est un géant de la littérature, c’est un don de Dieu au Nigeria, en particulier, et à l’Afrique et au monde, en général. Son style est sans pareil », a affirmé le critique littéraire Dare Ademola.

Pour Chima Anyadike, directeur du département d’anglais de l’université d’Obafemi Awolowo, où l’auteur a enseigné en dernier, « Soyinka est un grand écrivain de notre temps ».

Originaire du pays yoruba (ouest du Nigeria), Wole Soyinka est né le 13 juillet à Abeokuta. Après des études supérieures en Angleterre et un séjour au Royal Court Theatre de Londres, il retourne au pays où il fonde sa propre troupe, « Masks ».

Créateur d’un véritable théâtre africain, il se révèle dans une quinzaine de pièces, comme Les épreuves du frère Jéro (1964), satire de la situation politique et du fanatisme religieux au Nigeria.

Indissociable de son œuvre fortement enracinée dans la culture de son pays, l’engagement militant de Wole Soyinka se radicalise dès 1965, date à laquelle il est accusé d’avoir diffusé à la radio un enregistrement invitant à la révolte contre le féodalisme et le totalitarisme.

Pendant la guerre civile nigériane, l’écrivain, qui se rend en territoire rebelle, comme était désignée la province séparatiste du Biafra, est emprisonné de 1967 à 1969, expérience qui lui inspire « Cet homme est mort » (1972). Libéré, il enseigne le théâtre à Ibadan, puis la littérature comparée à Ife, dans le sud-ouest du Nigeria.

Wole Soyinka a vécu en exil entre 1994 et 1998, quittant clandestinement son pays, sous le régime du général Sani Abacha, dans la foulée des mouvements de contestation contre le pouvoir militaire.

Chasseur, connaisseur de vins et attaché à son intimité, il ne s’est pas pour autant éloigné des questions qui touchent son pays avec l’âge.

En janvier 2012, il avait participé à des manifestations contre le président Jonathan, après une hausse des prix de carburant.

Soyinka s’est essayé à toutes les formes d’écriture. Il rend compte de la complexité du continent africain dont il restitue, sur le plan littéraire, la grandeur ancestrale et « l’âme noire ».

Son œuvre, polymorphe et occidentalisée, est essentiellement rédigée en anglais et s’inspire des mythes et du folklore yoruba dont il est issu.

Ses productions théâtrales combinent généralement la tradition du spectacle africain à l’art classique et moderne du théâtre occidental.

Il est aussi l’auteur de nombreux recueils de poésie et de romans et un récit autobiographique.

L’œuvre de Wole Soyinka est écrite en anglais. Les ouvrages suivants sont disponibles en français (la date indiquée est celle de l’édition française) :

  • Le lion et la perle (1959)
  • Les Interprètes (1979)7
  • Aké, les années d’enfance (1984)
  • Cet homme est mort (1986)
  • La mort et l’écuyer du roi (1986)
  • Une saison d’anomie (1987)
  • Cycles sombres (1987)
  • Les Bacchantes D’Euripide: Rite de communion (1989)8
  • La route (1993)
  • Ibadan, les années pagaille. Mémoires : 1946-1965 (1999)
  • La Barrière de jacinthes (1999)
  • La Danse de la forêt (2000)
  • Les gens du marais (2000)
  • Il te faut partir à l’aube (2007)
  • Requiem pour un futurologue (1990)
  • Fous et spécialistes (1990)
  • Du rouge sur les feuilles de cam (1990)
  • La récolte de Kongi (1988)

 

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