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Souké : que reproche l’acteur burkinabé au cinéma nigérian ?

soukeSouké, le double de Siriki dans « Bododiouf », la série burkinabè à succès dans les années 2000, passe désormais derrière la caméra en dehors de rôle de comédien.

En effet, Mahamadou Tiendrébeogo alias Souké vient de réaliser son tout premier long métrage intitulé « Ça ou rien » dont la sortie est prévue dans les prochains jours.

Le film parle des jeunes filles africaines, qui sont prêtes à tout pour épouser un homme blanc.

Dans une cette interview accordée à nos confrères de Burkina24, il revient sur son film, le cinéma burkinabé, le FESPACO et critique ouvertement le cinéma « made in nollywood »

Lecture…   

Que fait Souké maintenant ?

Souké: Je viens de boucler avec des amis un long métrage intitulé « ça ou rien », un film qui parle des filles qui aiment les Européens ou rien.

 Qui sont-ils, ces amis ?

Souké: Sita Traoré qui a joué dans  « Le royaume des infidèles »,  « Ouaga love », Mahamadi Ouédraogo qui a joué dans un film ivoirien et burkinabè. C’est un premier long métrage dont je suis le réalisateur.

De quoi parle ce film ?

Souké: C’est juste un conseil à l’endroit de nos sœurs, qui ont en tête qu’elles ne peuvent que réussir avec un Blanc forcément. Ou  que c’est forcément l’Europe qui peut les amener à réussir dans leur vie. Ce conseil, c’est pour dire que même s’il t’arrive de sortir avec un Blanc, c’est en tant qu’Africaine que le Blanc sort avec toi.

Essaie de ne pas prendre le comportement occidental. Cela peut lui faire changer de décision. C’est ce que nous avons constaté. Le couple se rend en Europe et puis peu de temps après, c’est le divorce. Elles souffrent en Europe, pas de transport pour revenir, cela leur fait encore des problèmes. C’est un long métrage mais nous sommes en train d’écrire pour en faire une série.

A quand  la sortie de ce film ?

Souké: Bientôt. Nous sommes en phase de montage qu’il faut surtout finir avant de fixer une date.

Combien ce film vous a-t-il coûté ?

Souké: On va dire que ça nous a coûté et en même temps que ça ne nous a pas coûté parce que nous avons eu des comédiens qui se sont engagés pour la réussite de ce film. Nous avons joué avec des comédiens comme Abdoulaye Komboudri, Delphine Ouattara, Eugène Bayala dit Oyou, avec beaucoup d’autres comédiens qui sont bien connus dans le milieu cinématographique au Burkina.

Ils ont bien voulu nous accompagner sans pour autant être exigeants. On ne peut pas parler de coût parce qu’on n’a pas reçu grand-chose mais comme on a en nous un engagement de vouloir faire quelque chose. Dieu merci, on l’a fait.

Vous n’avez eu aucun financement, même venant d’une bonne volonté ?

Souké: Un individu qui s’est dit « bon les enfants, je crois en ce que vous faites donc tenez ça ». On ne peut pas le citer ici.

Que devient votre acolyte, Siriki ?

Souké: Siriki va très bien. Il  a joué dans le film en tant que boutiquier. J’ai joué aussi dans le film le rôle d’un chômeur qui ne veut pas se laisser faire, qui drague beaucoup les filles.

Comment se passe la transition de comédien à réalisateur ?

Souké: Ça va, c’est dans la même boite. Le comédien peut s’engager à vouloir être un producteur ou réalisateur, il suffit de bien le faire.

Ce film qui sortira bientôt, sera-t-il présenté au FESPACO ?

Souké: Non, franchement il faut des moyens pour mettre son film en compétition. Le FESPACO est à un grand niveau. Je dirai que je n’ai pas encore le niveau du FESPACO. Je me débrouille. Quand il faut aller au FESPACO, il faut viser le gros lot. Il ne faut pas aller et sortir la tête basse. Mon film est pour le grand public et ensuite, on verra comment affronter le FESPACO et tous les autres concurrents.

Quelle appréciation faites-vous des acteurs burkinabè?

Souké: Ça va, sauf qu’entre-temps, c’était bizarre. Les gens commencent à comprendre. Il y avait des réalisateurs qui disaient vouloir  tourner avec de nouvelles têtes alors que nous avons connu beaucoup d’acteurs américains avant que nous-mêmes ne soyons dans le cinéma, mais qui tournent toujours.

On  s’est dit que c’est parce qu’ils ne sont peut-être pas capables de payer les gens correctement qu’ils prennent des nouveaux, des profanes, des gens qui ne s’y connaissent pas dans le milieu pour le côté cachet, faire à moindre coût leur film. On a fait cette bagarre (contre) des réalisateurs qui prennent 100 à 200 millions pour faire leur film et viennent négocier les comédiens à moindre prix pour pouvoir se remplir les poches. (…).

On a vu aux Etats-Unis où quatre grands réalisateurs se sont mis ensemble pour faire un film pour la réussite (…) et le mettre en compétition aux Oscars. Ce qui veut dire que quelqu’un d’autre ne viendra pas hors des Etats-Unis pour prendre les Oscars. Même si cela arrive, les Etats-Unis seront classés parmi les meilleurs.

Mais comprenez qu’ici au Burkina, s’il y a trois films en compétition, il y a trois réalisateurs différents. Par contre, si on prend les budgets de ces trois films, cela peut réaliser un seul film. Et ce sera le Burkina Faso toujours qui gagne si le film remporte des prix.

Moi j’aurai souhaité que les réalisateurs se voient entre eux pour cela. (…) C’est pour dire tout simplement  que si on veut que ça marche, il va falloir qu’on fasse une fusion et  il ne faut pas se gêner.

Mais comme chacun veut manger seul, tout le monde veut bouffer seul ou parce que la personne a les matériels qu’il faut, elle préfère le faire seule au lieu de s’associer avec quelqu’un. Aujourd’hui, les films nigérians, qui sont en train d’être vulgarisés (…), sachez que c’est la fusion qui a amené cela.

Qu’est-ce que vous reprochez au cinéma nigérian ?

Souké: Selon moi, ce n’est pas du cinéma. On a juste une histoire, qui n’est pas longue mais on essaie de faire qu’elle devienne longue, comme c’est le cas avec les télénovelas. Quand on regarde le début, on sait où ça va se terminer, mais ça se prolonge de 200 à 300 épisodes.

Je veux qu’on prenne le bon exemple parce le Burkina Faso reste le carrefour du cinéma africain. Cela fait combien de temps qu’un Burkinabè n’a pas pris de prix au FESPACO ? Ce n’est pas normal. Si ça ne va pas, que trois réalisateurs se mettent ensemble pour faire un film. Même s’ils recherchent le grand public, qu’ils osent mettre un très bon film en compétition.

Le métier nourrit-il son homme ?

Souké: Oui, ça va, même si c’est souvent chaud. Je prends l’exemple de ma génération. On  était rentré dedans sans savoir qu’on allait avoir quelque chose. On aimait le métier, le théâtre, le cinéma sans pour autant croire qu’un jour on pouvait payer nos loyers avec. Donc ça va.

C’est à croire que nous avons commencé avant les Angelina Jolie, qui ont commencé il n’y a pas longtemps et qui sont aujourd’hui milliardaires. On va nous dire que dans leur pays, le cinéma est développé mais ici également,  le cinéma est développé. La preuve, il y a des réalisateurs qui construisent, qui roulent dans de grosses voitures. Il faut donc comprendre que les choses ne se font pas comme il le faut, sinon nous aussi on aurait pu se comparer à Brad Pitt ou à Angelina Jolie. On connait le droit de ces personnes, on les met à la place qu’il faut, ce qui fait qu’aujourd’hui, ils sont comme ça.

Quel a été votre plus bas cachet et le plus consistant ?

Souké: Mon plus bas cachet varie. Nous avons aussi nos prix. On sait qui prend 20 millions pour faire un film et qui prend 200 millions pour un film. C’est en fonction de ces personnes que je donne mon prix. Mais celui qui tourne avec 20 millions peut venir te proposer 500 000 et celui qui a 200 millions viendra te dire qu’il a 100 000 francs pour toi. Voilà aussi le problème.

Mon plus bas cachet est de 40 000 francs. C’est quelqu’un qui est venu me voir et il m’a fait croire que c’est un pilote. Le projet va avancer dès qu’il aura un financement et qu’on va le tourner en série. Il m’a même fait convaincre un de mes amis de venir jouer.

A ma grande surprise, on voit la bande annonce à la télé que le film allait être projeté au ciné Neerwaya. Un pilote ! Mais on est au Burkina, s’il peut se faire un peu de sous avec, et payer son loyer, ce n’est pas grave.

Le plus consistant a été un million deux cent.

Un mot à l’endroit de vos fans ?

Souké : Si souvent vous voyez des films que vous aimez et entre temps vous ne les voyez plus, c’est juste que nous manquons en Afrique, surtout en Afrique de l’Ouest, d’encouragements financiers surtout. Les finances manquent et ce n’est pas du tout facile d’avoir un sponsor pour t’accompagner dans ton tournage.

Aux chefs d’Etats africains et surtout au Président du Faso, avec tout le respect que je lui dois, c’est lui dire de jeter un coup d’œil au cinéma et surtout aux acteurs, de financer beaucoup notre milieu, parce que nous avons choisi de l’être. Nous voulons juste qu’il fasse un pas vers ce milieu parce que ce milieu peut faire connaître le Burkina Faso.

A mes fans, je dis merci de nous suivre, de nous côtoyer quand ils nous  voient dans la rue. C’est pour  vous que nous sommes là.

Je voulais féliciter la direction cinématographique qui a pris des mesures pour que les choses ne se fassent pas au hasard. Ces mesures vont nous amener à bien nous positionner en ce qui concerne notre métier et ne pas permettre à tout le monde se lève pour dire qu’il est réalisateur. Ils le font  surtout pour qu’on sache chaque année combien de films ont été réalisés, combien cela a rapporté, qu’est-ce que ça vaut. Cela permet au gouvernement de comprendre que ce milieu évolue. Il n’y a qu’à l’encourager.

Je demande aux réalisateurs de produire. Il n’y a pas de films. Nous sommes au Burkina et c’est le carrefour du cinéma et jusque-là il n’y a aucun festival en Afrique qui bat le FESPACO. Mais songez aussi à faire de la bonne production que les gens vont regarder pendant le FESPACO.

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