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OIF : l’avenir de la langue française se joue en Afrique

6151907-9190062Le français est la 5e langue la plus parlée du monde, avec 274 millions de locuteurs à travers cinq continents. Selon le dernier rapport de l’Organisation internationale de la Francophonie qui vient de sortir, la langue de Voltaire se porte bien et s’enracine progressivement en Afrique.
Ses locuteurs seront au nombre de 767 millions d’ici à 2060, avec 85% de ses effectifs en Afrique. Parallèlement, au contact des différents parlers de l’espace francophone, le français est en train de se renouveler et se transformer, devenant une langue véritablement métisse et universelle.

A la veille du XVe Sommet de la Francophonie qui ouvre ses portes à Dakar le samedi 29 novembre, l’Organisation de la Francophonie (OIF) vient de faire paraître son rapport périodique sur l’état de la langue française dans le monde en 2014.

Si l’OIF est devenue progressivement une organisation politique, le français et son épanouissement dans un monde marqué par la diversité des langues et des cultures, demeurent le socle de la francophonie sociolinguistique.

Avec plus de 14 millions de nouveaux francophones recensés depuis la parution de la dernière édition du rapport de l’Observatoire de la langue française de l’OIF il y a 4 ans, le français a le vent en poupe.

Ce rapport est aussi la confirmation de la bonne santé retrouvée de la francophonie, ce qui a été pointée depuis un an dans de nombreuses études, notamment dans le rapport de la banque d’investissement Natixis publié en 2013 (La francophonie, une opportunité de marché majeur) et le rapport Attali (La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable), remis en août dernier à François Hollande. Tous confirment le dynamisme de l’Afrique en matière de francophonie.

Quelques constats chiffrés
Primo, le nombre de francophones dans le monde est passé de 220 millions en 2010 à 274 millions en 2014, avec 767 millions de francophones à l’horizon 2060. Ces chiffres comprennent, d’une part, les 212 millions de locuteurs qui font « un usage quotidien » du français et les 62 millions de francophones qui ont appris le français en tant que langue étrangère. Ces derniers ne vivent pas dans un environnement francophone, mais sont néanmoins « capables de s’exprimer en français ».

Secundo, c’est en Afrique que la progression est la plus forte avec une augmentation de locuteurs de 15% en moyenne en Afrique subsaharienne qui atteint même 30% au Sénégal.

S’appuyant sur le haut niveau de natalité des pays africains francophones, le rapport estime que l’avenir démographique de la langue française se joue en Afrique. Les auteurs prédisent qu’en 2060, jusqu’à 85% des locuteurs francophones dans le monde seront Africains.

Tertio, le français est un atout économique, avec les 77 Etats et gouvernements membres de l’OIF représentant 14% du revenu brut mondial et 20% des échanges commerciaux à l’international.

Le français est considéré comme la 3e langue des affaires dans le monde après l’anglais et le chinois et la 2e langue des affaires dans l’espace européen après l’anglais, mais devant l’allemand, le russe, l’italien et l’espagnol.

Enfin, tous les chercheurs pointent du doigt les potentialités du marché francophone dans le secteur des industries culturelles, notamment dans les domaines de l’audiovisuel et de l’édition.

Quatro, la francophonie se situe dans le peloton de tête sur internet et dans les réseaux sociaux, avec le français occupant la 4e place par le nombre d’internautes. En vrac, le français est en position 3 dans les blogs, la 3e langue d’Amazon et la 6e dans YouTube.

Last but not least, toujours selon l’OIF, le français est la deuxième langue la plus apprise dans le monde, avec de plus en plus de jeunes et adultes prenant d’assaut le réseau des Alliances françaises et des Instituts culturels.

Dans le domaine du Français langue étrangère aussi, toujours selon les chiffres de l’OIF, l’Afrique est en avance avec une augmentation moyenne de ses effectifs d’apprenants de 44%, suivie de près par l’Asie avec + 43%.

Les zones d’ombre
S’il y a beaucoup de raisons d’être optimiste sur l’avenir du français, les zones d’ombre ne manquent pas. Les chercheurs de l’OIF n’oublient d’ailleurs pas de rappeler la faible qualité des enseignements en Afrique qui fragilisent les perspectives de progression du français sur le continent noir.

Toute la partie du rapport consacrée à l’apprentissage du français s’attarde longuement sur les efforts déjà déployés ou à déployer pour renforcer les capacités et les infrastructures en matière d’enseignement. Selon les prévisions de l’Unesco, citées dans le rapport, « 902 000 nouveaux enseignants du primaire devront être recrutés d’ici 2015 en Afrique subsaharienne, 2,1 millions d’ici 2030 ».

Sans ces investissements, le français risque de demeurer la langue de l’élite africaine et perdre du terrain face à l’anglais, l’arabe et les langues locales.

L’unilinguisme de fait dans les travaux des organisations internationales constitue une autre menace, sans doute plus immédiate, qui pèse sur l’avenir du français.

Le rapport de l’OIF souligne la tendance au tout-anglais qui s’accentue dans les enceintes internationales où les non-anglophones sont encouragés à écrire en anglais, dans un anglais souvent bancal, quitte à les améliorer en les soumettant à des « révisions linguistiques » financièrement coûteuses.

La Francophonie tente de relever « le défi du maintien du français et du multilinguisme […] en concertation avec les Etats et gouvernements membres de l’OIF », écrivent les auteurs de La langue française dans le monde.

Une vitalité transnationale
Malgré ces zones d’ombre, le français reste l’une des grandes langues du monde : il est la cinquième langue la plus parlée dans le monde, derrière le mandarin, l’anglais, l’espagnol et, selon les estimations, l’arabe ou le hindi. Ce poids du français s’explique par le nombre croissant des locuteurs francophones, mais aussi par le nombre de pays où il est parlé et dont il est la langue officielle (31 pays).

La vitalité de la langue de Molière et de Senghor (photo) aujourd’hui est étroitement liée au fait que le français n’est plus seulement la langue de la France, mais celle de la Francophonie. Un élargissement de périmètre qui permet au français de jouer un rôle politique sur le plan international et défendre des positions communes. Chose que ne peuvent faire ni le bengali ni le hindi aux effectifs comparables au français mais qui ne sont parlés que dans un nombre limité de pays.

Enfin, on lira aussi avec intérêt les pages que l’étude de l’OIF consacre aux transformations que la langue française subit au contact des différentes cultures de l’espace francophone, notamment en Afrique où le français se renouvelle et se réinvente en « s’ivoirisant », « se malinkisant » ou « se malgachisant ».

C’est cela peut-être le véritable enjeu du moment francophone où, à force de glissements lexicaux, d’emprunts et d’innovations, le français se métisse et s’universalise pour dire les réalités du monde sans exotisme.

Source : Journal du Cameroun

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