Affaires, Cameroun

Ciment : la bataille des prix est ouverte au Cameroun

33%35509_eco_04-03-2014_p19-1.qxp, leader du marché, vient d’opérer une baisse dans un contexte plus que jamais concurrentiel.

Un jour, le sac de ciment s’est vendu à 1050 FCfa au Cameroun, disent les anciens. Et même que dans leurs souvenirs, le prix a été plus bas. C’était à une époque lointaine, ajoutent les anciens, quand il n’y avait que Cimencam (Cimenteries du Cameroun) qui produisait le ciment. La société a vu le jour en 1963.

C’est sous elle que les prix ont grimpé, année après année, pour atteindre le pic de 4600 FCfa le sac de 50 kg du Cpj 35, vendu à Douala, la capitale économique, principal lieu de production. Aujourd’hui, alors que la concurrence s’annonce rude, c’est Cimencam, leader du marché, qui engage la baisse des prix. Il y a comme un signe. Peut-être la fin d’une époque ou d’un cycle. Allez donc savoir à combien Cimencam vendra son produit demain ou après-demain.

Dans tous les cas, l’opérateur historique, qui pratiquait jusqu’ici les prix les plus élevés du marché, est devenu le moins cher. Son sac de ciment se vend désormais à 4350 FCfa à Douala. Il reste à voir comment vont se comporter les autres acteurs du secteur. A savoir les deux nouveaux producteurs implantés dans le pays : Dangote Cement Cameroon et Ciment d’Afrique (Cimaf). Il y a aussi les importateurs que sont Quiferou, Fokou, Afrique Construction et les autres. Tous ces opérateurs avaient déjà annoncé les couleurs en plaçant leurs prix sous ceux de Cimencam. Ce dernier n’a fait que suivre ou subir le nouveau rythme imprimé sur le marché du ciment au Cameroun.

Ce nouveau rythme est impulsé par la concurrence survenue dans le secteur. Des velléités s’étaient déjà exprimées il y a 20 ans par le biais des grossistes. Ceux-ci avaient reçu des pouvoirs publics l’autorisation d’importer afin de palier la pénurie locale, source de la flambée des prix. Ces importateurs se sont davantage affirmés en 2008 après que le ciment ait été inscrit parmi les produits de base désormais exonérés des droits de douane. Quiferou et Fokou pouvait même faire entrer au Cameroun jusqu’à 1,5 million de tonnes de ciment par an. Mais la demande nationale restait non satisfaite.

Les prix étaient donc partis pour rester élevés, surtout qu’en août 2014, le gouvernement suspendait les autorisations d’importation afin de protéger les producteurs locaux, à savoir Cimencam et Cimaf, l’opérateur marocain du groupe Addoha, en activité depuis février de la même année. Puis, il y a eu l’arrivée de Dangote Cement Cameroon du groupe nigérian Dangote. Les trois industriels ont placé la production nationale à 3,6 millions de tonnes par an. A cela, il faut ajouter les importations, bien que celles-ci soient régulées par le gouvernement.

Loi du marché

Désormais, il y a du ciment au Cameroun plus que jamais. En 2014, la demande se situait autour de 3 millions de tonnes, bien qu’elle augmente rapidement avec le boom du secteur des bâtiments et travaux publics. Dès lors, il est attendu que sur le marché s’opère la fameuse loi de l’offre et de demande. Jusqu’ici, elle a joué en faveur de la hausse des prix à cause de l’offre très insuffisante. Il est donc temps qu’un rééquilibrage se fasse dans le sens opposé, puisque l’offre s’est accrue, s’est diversifiée et tend désormais à satisfaire la demande.

Le ciment ne devrait pas échapper à cette autre loi en économie : le bien qui cesse d’être rare ne saurait continuer de coûter cher. A moins que le marché camerounais ne soit aliéné par la fuite d’importantes quantités de ciment vers les pays voisins. C’est le cas. Le gouvernement doit combattre ce phénomène, lui qui claironne son engagement contre la vie chère.

Et encore, le Cameroun est appelé à devenir un pays exportateur de ciment sans que cela n’affole les prix sur le marché local. En effet, les perspectives annoncent la production nationale à la hausse. Elle devrait être portée à 5 millions de tonnes d’ici 2017, par le groupe Dangote qui annonce une 2ème usine à Yaoundé, pour une capacité annuelle de 1,5 million de tonnes. La production nationale continuera de croître si les autres industriels annoncés finissent par s’installer, à l’instar du Coréen Afko Cement et de l’Allemand G Power Cement.

Combien coutera le sac de ciment demain ou dans quelques années ? Bien maline fut la personne qui prédit qu’un jour les Camerounais achèteraient 10 litres d’eau minérale à 1250 FCfa, soit le litre à 125 FCfa. Or, la bouteille de 1,5 litre avait atteint le seuil de 400 FCfa. C’est aussi le cas pour les boissons gazeuses. On a vu les prix de plusieurs produits de consommation courante baisser au fil des ans du fait de la concurrence.

On espère que ce sera le cas avec le ciment, même s’il faut prendre en compte le fait que certaines matières premières sont importées, comme le souligne Christophe Ekeng, président de la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et l’Artisanat du Cameroun. Il rappelle la difficulté à maîtriser les coûts de ces intrants qui sont, entre autres, le clinker et le gypse.

Il reste à savoir si ces aléas peuvent pour autant annuler les effets de la concurrence, car la loi du marché semble bien implacable, au grand bonheur du consommateur.

Agence Ecofin

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