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Credit Suisse Group: Tidjane Thiam ou la désillusion

Tidjane-Thiam

(Agence Ecofin) – Il y a tout juste une année, lorsque Tidjane Thiam a pris les commandes du Credit Suisse Group, la seconde banque helvétique n’était pas au mieux de sa forme et nécessitait une vigoureuse réorientation stratégique. L’arrivée du financier ivoirien fut alors saluée avec enthousiame par toute la planète Finance. En quelques jours, le titre Crédit Suisse regagnait 15%.

Une année après, l’euphorie des débuts vire à la crise de nerfs… l’action a perdu près de 60% et vient de passer sous la barre symbolique des 10 francs suisses (elle était montée, il y a 15 ans, jusqu’à 92 francs suisses). L’agence Fitch a abaissé la note de dette à long terme à «A-» et les fonds spéculatifs s’en donnent à cœur joie pour parier contre le titre. Le groupe bancaire semble devenu si vulnérable que toute la place financière suisse se fait peur en évoquant des menaces d’OPA étrangères. Il faut dire que la valorisation boursière de la seconde banque du pays pèse aujourd’hui moins lourd que celle de l’opérateur téléphonique national Swisscom. Inimaginable au pays des banques.

En fait, en une année, Tidjane Thiam a simplement appliqué le programme qu’il s’était fixé. Exactement comme le FMI l’aurait fait pour un pays africain… Mais dans une conjoncture mondiale difficile, où l’ensemble des banques européennes a beaucoup souffert, agravée par les incertitudes consécutives au Brexit, la réorientation s’avère plus douloureuse que prévue et les pilules du docteur Thiam, de plus en plus difficiles à avaler.

Ainsi les dirigeants new-yorkais de la branche banque d’affaires, qui avaient pris l’ascendant sur tout le groupe, ont très mal accepté leur rélégation en seconde ligue, au profit de la banque privée, de la gestion de fortune et de l’Asie. Les financiers et traders américains du groupe, qui ne sont pourtant pas réputés pour leurs excès de sentimentalisme, s’estiment délaissés, voire mal aimés par le boss ivoirien, allant jusqu’à lui reprocher, lorsqu’il se trouve à New York, de préférer tenir ses réunions dans son hôtel que dans son bureau…

Même amertume à Zurich où une ribambelle de hauts cadres de la banque, que l’on pensait intouchables, ont été écartés au profit d’une « garde rapprochée » que le nouveau DG aurait aménée dans ses bagages. Sans parler de son plan de suppression de 6000 emplois, soit près de 13% de l’effectif total, et d’un programme d’économies de plus de 4 milliards $ d’ici 2018.

Et pour couronner le tout, alors que le groupe affiche déjà au bilan des pertes record (-2,9 milliards $ en 2015), l’ancien ministre de la Côte d’Ivoire entreprend un grand ménage, de la cave au grenier, découvre quelques cadavres dans les placards et inflige à l’honorable établissement une dépréciation d’actifs d’un milliard de dollars. La honte.

Il n’en fallait pas plus pour amener les financiers suisses au bord de la crise de nerfs. «Au début, tout le monde pensait que Tidjane Thiam était capable de marcher sur l’eau. Maintenant, tout le monde se demande s’il sait nager ! », déclare un analyste zurichois à Reuters.

Qu’à cela ne tienne. Le prodige ivoirien a conservé la confiance d’Urs Rohner, le président du conseil d’administration. Il a récemment réussi une augmentation de capital de 6 milliards $. Il devrait bientôt lever 4 milliards $ supplémentaires en introduisant en bourse la filiale suisse du groupe. Et sa réorientation stratégique vers l’Asie, et plus particulièrement vers la Chine, finira sans doute par porter ses fruits dans la gestion de fortune.

Confiant, l’homme qui est passé du pays du cacao à celui du chocolat, continue donc d’administrer au Credit Suisse son traitement de choc, avec calme et parfois même avec humour, une qualité très remarquée dans l’univers financier suisse.

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