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Salon africain du livre de Genève : Max Lobe, lauréat du prix Kourouma 2017

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D’origine camerounaise, Max Lobe, l’auteur de « Confidences », paru en 2016, permet à la Suisse d’étrenner pour la première fois ce prestigieux prix littéraire.

De Max Lobe, né à Douala en 1986 et venu à l’âge de 18 ans en Suisse (d’abord à Lugano), on aura peut-être lu 39, rue de Berne, paru en 2013, et, l’année suivante, La Trinité bantoue. Et l’on saura alors que Confidences, publié en 2016, est d’une autre veine. Notons que ce livre du retour est suivi d’une lettre du grand frère Alain Mabanckou à son cadet : « Chaque fois qu’un écrivain entreprend un retour au pays natal, comme tu viens de le faire, il n’en sort jamais indemne et devra affronter une multitude d’interrogations », lui écrit-il. Tous deux étaient réunis au Salon africain du livre de Genève l’an dernier pour en parler avec un autre jeune romancier venu du Sénégal, Elgas.

Sur les traces de Ruben Um Nyobe

Confidences, qui vaut sa reconnaissance au jury du prix Kourouma 2017, est l’histoire d’un jeune écrivain né au Cameroun, parti en Suisse en 2004 pour y poursuivre ses études et s’installer ensuite à Genève, où il vit toujours. C’est l’histoire de ce jeune Camerounais de la diaspora qui, 10 ans plus tard, s’en retourne au pays pour en mieux connaître l’histoire, et surtout cette phase dite « Kundé » dans sa langue, période de la pleine possession de soi, traduit trop schématiquement, selon l’avis de Max Lobe, par l’accession à l’indépendance.

C’est une histoire vraie qui a inspiré ce roman puisque, oui, Max Lobe est effectivement parti sur les traces de Ruben Um Nyobe, le grand héros de cette histoire camerounaise. La chance de ce voyage, racontait Lobe, c’est d’avoir appris, depuis la Suisse, sa langue bassa, langue de son enfance, dont il ne lui restait que des bribes : il n’avait pas le droit de la parler en bon citadin qui se devait alors d’effacer toute trace en lui du villageois… « Mais quand on vit loin, on a envie d’entendre sa langue, et puis, ma sœur et moi vivant en Suisse, nous nous en servions pour dialoguer en complicité sans que personne autour ne puisse nous comprendre », avoue Max Lobe.

Le bassa, cette langue qui déclenche le récit historique

La vieille femme , devenue la Ma Malinga dans son roman, que l’écrivain aborde sur le terrain au Cameroun, et qui a vécu l’indépendance jusque dans sa chair, est impressionnée par le fait que ce « Blanc », tel qu’on le désigne dans son propre pays, soit capable de parler bassa ; les langues se délient. Le vin de palme aidant. Et la voilà qui lui raconte toute cette période historique. Dans son récit, on entend sa langue maternelle chanter, et tout l’art du romancier est d’en traduire l’inventivité. Alors que s’ouvrait sur la scène du salon africain le vaste thème de la francophonie, Max Lobe regrettait, tout en donnant des exemples joyeux du parler camerounais, que « le français du Cameroun, qui avec d’autres pays d’Afrique fait cette francophonie, on ne l’entende pas assez ». L’écrivain le donne en tout cas à lire avec talent, et alterne la mélodie du pays avec ses propres observations de reporter chroniqueur sur cette terre à la fois familière et étrangère

« Oh, mais vous avez un accent suisse ! »

Pour donner à entendre ce français habité par la culture et l’imaginaire de son pays, Lobe racontait comment il a travaillé une matière brute qui, s’il l’avait transcrite telle quelle, dit-il, serait restée incompréhensible. Quant au soi-disant péril de l’exotisme de celui qui revient de loin, Lobe rétorque qu’il en a fini depuis longtemps avec cette notion : lui qui, invité en France pour ce dernier roman, s’est entendu dire plus d’une fois : « Oh, mais vous avez un accent suisse ! »

L’accent du prix Kourouma est donc cette année mis sur la Suisse, son pays hôte. Cette édition qui a le Québec pour pays invité (et parmi ses écrivains, l’académicien Dany Laferrière) est une fois encore signe de ce que la Suisse donne à voir du monde, en récompensant le travail d’une maison d’édition comme Zoé qui publie Max Lobe, et l’ouverture de Genève à de multiples scènes, dont, s’entend, son Salon africain.

Source: Le point Afrique

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