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Abidjan, terrain de jeux des « nouveaux chimistes ».

depigmentation11Eh oui, Abidjan compte depuis ces deux dernières années, une nouvelle catégorie de scientifiques : les nouveaux chimistes. Détenteurs on ne sait trop de quels de diplômes en chimie ou en pharmacie mais ce sont eux les nouveaux rois de la cosmétique. Avec ces Einstein nouvelle génération, plus besoin de vous rendre chez le dermatologue en cas de problèmes de peau, domaine où ils « excellent ». Oui les nouveaux chimistes sont des « médecins futuristes », des visionnaires hors pairs. Pas besoin d’analyses pourfaire le diagnostic du patient : un coup d’œil suffit ! Et hop ! La gamme de produits « appropriée » est emballée.La clientèle fétiche de ces chimistes ? Les femmes bien entendu ! Ah les femmes ! Comme le dit le titre de l’œuvre de l’écrivain ivoirien Isaïe Biton Koulibaly. Ce sont elles, ces êtres insatisfaits de la Création Divine, toujours prêtes à transformer leur physique. C’est de cette insatisfaction que se servent les nouveaux chimistes pour fabriquer leurs produits. Le phénomène de la dépigmentation ayant pris de l’ampleur, ils utilisent des composants « sans effet secondaire », pour vanter la qualité de leurs créations. Vu qu’ils sont pointés du doigt, la nouvelle stratégie est d’utiliser des noms de produits naturels. On peut donc lire par ici,acides de fruits, plantes naturelles éclaircissantes, huiles essentielles éclaircissantes, lire par là, arbutine, glutathiome, collagène, gluta glow, des termes très souvent méconnus des utilisatrices ou qui ne les intéressent pas du tout. Elles veulent juste être satisfaites des produits.

On le sait, il existe bel et bien des produits naturels éclaircissants tels que le citron, le curcuma, l’huile de carotte ou l’huile d’argan. Mais pour que ces éléments donnent des résultats concluants, il faut attendre très très longtemps tandis qu’avec les « nouveaux chimistes », on vous parle de résultats après 3 jours, 10 jours, 20 jours et un mois. Du teint noir, on passe au teint clair, métis ou extra clair en des temps records qui feraient pâlir ceux du livre Guinness. Les clientes s’en réjouissent parce-que le « tchatcho » (terme employé pour décrire l’éclaircissement rapide) « prend vite ». Mais à quel prix ? Vergetures disgracieuses, odeurs corporelles insupportables, teint à la double carnation (très souvent, le visage, le dos et les pieds n’ont pas la même couleur), peau extrêmement sensible,Plaques bizarres et boutons purulents, rayons du soleil difficiles à supporter donc obligation de ne sortir que la nuit. Voilà les conséquences à court terme mais celles à long terme sont pires. Plus la peau est dépigmentée, plus elle se fragilise. Elle ne résiste pas même à la plus petite allergie ou encore à la moindre agression. Bonjour les cancers et les dégâts sur les capacités de cicatrisation après une opération. Et savez-vous quelles réponses donnent les « chouchous de ces dames » quand on leur parle de conséquences ? Ce sont des « elles utilisent mal le produit », « elles ont mélangé mon produit avec un autre », « le produit ne convient pas à sa peau, on va lui en donner un nouveau ». Et ces messieurs et dames continuent leur commerce fructueux. La question qui revient toujours est la suivante : pourquoi les femmes veulent-elles à tout prix changer de couleur de peau ? Car ce sont bien elles qui encouragent la prolifération de cette pratique. On peut citer entre autres le manque de confiance en soi, d’assurance, l’influence des médias, en particulier la publicité et la vente  sur les réseaux sociaux, l’influence de la société (les hommes aiment les femmes claires), l’influence de l’entourage, l’image de la peau noire dépeinte au profit de la peau blanche ou métissée. Dans une Côte d’Ivoire où les femmes revendiquent la parité homme-femme et l’émancipation, ce genre de comportement va à l’encontre des valeurs véhiculées. On a l’impression qu’il y a plus de femmes dépigmentées que de femmes avec la couleur de peau naturelle. Il est devenu si difficile de les différencier. Est-ce parce que d’analphabétisation est si élevé (45,0 % dont Hommes : 53,3 %et Femmes : 36,3 % selon l’INS) dans notre pays que les populations s’adonnent à ce genre de pratiques ? Vu ces chiffres, les femmes sont moins analphabètes que les hommes. Pourtant, ce sont elles, les championnes de la dépigmentation, et clientes favorites des «nouveauxchimistes ». Les hommes ne sont surtout pas en reste. On se demande bien, pourquoi eux aussi s’y prêtent, vu que ces dames s’éclaircissent la peau pour attirer leur attention. Si ces messieurs suivent le pas, mais où donner de la tête ?

Au vu et au su de tout cela, que fait l’Etat ivoirien ?En avril 2015, le gouvernement a interdit les produits de dépigmentation s’ils contiennent du mercure, des corticoïdes, de la vitamine A ou plus de 2% d’hydroquinone.La ministre ivoirienne de la Santé, Raymonde Goudou Coffie le reconnait : «Après la sensibilisation, nous allons passer à une autre phase consistant à retirer les produits interdits du marché». Avril 2015 – Avril 2017, rien n’a vraiment changé. Au contraire, le commerce des produits éclaircissants et décapants est plus florissant que jamais et les « nouveaux chimistes » se remplissent davantage les poches. Maintenant qu’ils exportent en Afrique de l’ouest et même vers l’Europe, c’est encore l’image de la Côte d’Ivoire qui se voit salie, après l’épisode des cybercriminels.On sait où les trouver et où les prendre la main dans le sac mais rien n’est fait.Et ce sont les hôpitaux qui se remplissent de malades au fil des jours. Dans un pays où la femme au teint d’ébène est en voie de disparition, imaginons un instant, ce qui attend les générations futures. Est-ce là aussi une preuve du développement, de l’émergence ? En attendant que de véritables mesures de restriction soient prises contre ces personnes cupides, prudence aux utilisateurs et clients des « nouveaux chimistes ». Soyez conscients des risques que vous faites courir à votre cher épiderme et surtout ne soyez pas surpris des conséquences. Ce ne sont pas les dermatologues qui manquent à Abidjan, encore moins des pharmaciens. Sauvez vos vies pendant qu’il est encore temps. Un homme averti en vaut deux !

Aminata Dosso de Diosmia ( Côte d’Ivoire )

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6 Comments

  1. Landry

    Très bon article. Malheureusement de nombreuses femmes n’ont pas encore conscience de ce que cela peut avoir sur leurs peaux.

  2. Dallo laura

    très bon article!

  3. N'guessan Gallé Agathe stephanie

    Merci à toi Mlle Aminata Dosso pour ce brillant article. Esperons que cela aide à la prise conscience des nouveaux adeptes de la dépigmentation. La couleur de peau ne définie pas la beauté de l’âme, encore moins le bien-être.
    Say No To Depigmentation!
    Because Black is Beautiful !

  4. Article éveilleur de conscience pour les filles qui n’ont pas encore franchis la ligne rouge!!!

  5. Maud

    Bravo Amy, ces chimistes existent effectivement par ce qu’ils ont une clientèle florissante et qui est en quête de produits décapant…
    Pourvu qu’un jour les mentalités changent !
    Car même aux Usa il y a des femmes terriblement black du genre Viola Davis qui assument leur teint… Tout le monde ne peut pas être métisse, il faille l’admettre.

  6. BEBLO AMOIN KAN MARINA

    Mes encouragements Mlle Dosso. Le constat est amer, toutes les femmes ont tendance à devenir claires et certaines d’entre elles sont devenues des expertes en chimie ou dermatologues sans aucune étude ou formation au préalable. A la vue de la patiente , le diagnostic est automatiquement donné . Sur quoi se base t-elle pour un tel diagnostic, ça on ignore. Chère sœur, soyons fière de la peau que Dieu nous a donné car en nous dépigmentant notre peau devient plus fragile et est plus exposée aux risques de maladies épidermiques. Fragilise aussi les défenses immunitaires du corps. Nous espérons une prise de conscience effective des jeunes filles pour éradiquer cet fléau.

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