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Digitalisation : une révolution pas si virtuelle

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Jusqu’à présent, l’expansion du secteur bancaire dans les pays africains passait uniquement par des ouvertures d’agences. « Une tendance que l’on pouvait encore constater au Maroc, avec une moyenne de 50 à 60 nouvelles succursales par an, voire jusqu’à une centaine ces dernières années », rapporte Pierre-Antoine Balu, responsable des services financiers pour l’Afrique francophone au sein du cabinet d’audit et de conseil PwC.

Gage de sérieux et de sécurité, ces banques de détail conçues sur le modèle associant front-office (guichet) et back-office, avec pour fonction principale de gérer du cash, se sont montrées réticentes à l’innovation. Notamment en raison des obligations auxquelles elles sont astreintes en matière de gouvernance et de gestion des risques. « Il leur a fallu par exemple dix ans pour se convertir à la carte à puce », rappelle Yves Eonnet, un ancien du leader de la sécurité numérique Gemalto qui a fondé la plateforme TagPay.

Cette start-up française fournit et conçoit des solutions digitales pour une vingtaine de banques en Afrique, parmi lesquelles la congolaise Trust Merchant Bank (TMB), la sénégalaise Cofina ou encore la française Société générale (actionnaire de TagPay à 8 %).

Ces succursales traditionnelles, parfois assimilables à des banques privées dans des régions subsahariennes où le taux de bancarisation plafonne à 15 %, s’adressaient en grande partie à une clientèle aisée de particuliers ou à un public corporate. Elles étaient surtout présentes dans les grandes villes. Mais, alors que les charges de fonctionnement de ces réseaux tirent vers le bas leur rentabilité, les principaux groupes bancaires ont entamé une révolution silencieuse depuis environ trois ans pour digitaliser leurs offres (voir encadré ci-dessous).

 

Ils n’auraient pas pu engager aussi vite un tel virage sans l’explosion des portefeuilles électroniques, comme Orange Money ou MTN Mobile Money, mis en place par les opérateurs de télécoms. Ces derniers proposent des solutions de transfert de fonds, mais aussi de plus en plus de services financiers, notamment l’ouverture de comptes rémunérés.

Des « telcos » qui se sont même offert le luxe de narguer les acteurs bancaires jusqu’à décrocher, comme Orange en mars 2016, un agrément d’émetteur de monnaie électronique, quand d’autres ont racheté des banques, à l’instar du sud-africain Econet, qui a repris en 2012 TN Bank, devenu Steward Bank. Des offres qui ont tout pour être prometteuses et menaçantes. Car, pour accroître la pénétration de son offre, Orange peut miser sur ses 100 millions de clients africains, quand Standard Bank, la plus grande banque du continent, en détient à peine 15 millions.

« C’est tout cela qui a déclenché chez les banques une vraie prise de conscience », pointe Pierre-Antoine Balu. D’autant plus que sauter dans le train de la digitalisation peut aussi faciliter la rationalisation de leur fonctionnement et alléger les procédures, fluidifier les échanges, en éliminant le cash des circuits.

Pour convaincre de nouveaux clients, Ecobank, qui est présente dans trente-six pays, commence à déployer toute une panoplie de services digitaux, après avoir perdu 131 millions d’euros en 2016 et annoncé début mai la fermeture d’agences (elles passeront de 479 à 405 au Nigeria) et des suppressions d’emplois. Le groupe, basé à Lomé, propose une application mobile qui permet d’envoyer de l’argent instantanément hors des frontières, d’ouvrir un compte depuis son portable, d’accéder à des produits d’épargne, d’assurance et de crédit, de consulter….LIRE LA SUITE

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