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Me Richard Zoé Priso: « Le Doukwan est un mélange, une expérimentation de toutes les écoles que j’ai connues »

Me Richard Zoé Priso2L’Académie des arts martiaux de Floride compte parmi les disciplines qu’elle reconnaît comme tel le Doukwan, un art martial mis sur pied par le Camerounais Richard Zoé Priso. Il tente depuis 10 ans de vulgariser cet art qui existe depuis déjà plus de 15 ans. Le prochain cap sur le chemin du développement de la pratique du Doukwan est le passage au stade de fédération.  Dans l’interview qui va suivre le fondateur retrace le parcours de son bébé.

Parlez-nous un peu de vous.

Je suis dans la quarantaine. J’ai commencé dans les sports de combat par la boxe à l’âge de 9 ans. Mais j’avais déjà été séduit et visité par les esprits des arts martiaux dans ma tendre enfance.  A 12 ans je me suis mis au karaté shotokan. Plus tard, j’ai découvert le kung-fu avec Me Bollé Ejonguele qui nous a quittés. Aujourd’hui je suis maître d’arts martiaux. Je suis  ceinture noire 5e dan de karaté, ceinture noire 5e dan self-defense, ceinture noire 4e dan en Kung-Fu Wushu. Je n’ai connu que l’école et les arts martiaux dans ma vie. Je n’ai pas connu  la vie nocturne, les boîtes de nuit. Je mets sur pied le Doukwan sur une inspiration.

Qu’est-ce qui caractérise le Doukwan ? Qu’est-ce qui vous a amené à la créer ?

C’est une œuvre divine. Quand on parle  d’œuvre divine il faut être visité par l’esprit de Dieu, le Créateur, Dieu la force, Dieu la sagesse. Le Doukwan est donc un mélange, une expérimentation de toutes les écoles que j’ai connues. C’est-à-dire la boxe anglaise, le karaté-shotokan,  le kung-fu et la self-defense   auquel s’ajoute le combat de rue. J’ai jeté un regard sur l’ensemble des disciplines des arts martiaux, j’ai relevé tout ce qui était positif et souligné tout ce qu’il y avait également comme point négatif. C’est-à-dire des éléments qui ne leur permettaient pas d’atteindre les objectifs voulus du fait des changements de styles et modes de combats qui font que les être humains deviennent de plus en plus ce qu’ils sont devenus.  Le Doukwan est donc le mélange de toutes ces disciplines. Cet art martial se distingue des autres disciplines par son style  de combat et une science de vie. Le Doukwan aujourd’hui pense que les êtres humains ne sont pas des barbares, ni des objets ou des animaux. Les êtres humains, sont l’image, la ressemblance de Dieu. On a besoin d ‘avoir d’autres méthodes, d’autres techniques de compréhension qui nous permettent de vivre en harmonie avec  nous-mêmes et avec notre entourage.

Ça va faire 10 ans que vous avez fondé cet art martial. Comment jugez-vous son évolution ?

Nous sommes en permanence au travail pour atteindre la perfection. Nous ne nous arrêtons jamais.  Aujourd’hui, le résultat n’est pas encore celui que j’escomptais mais il n’est pas négligeable non plus. Aujourd’hui le Doukwan se pratique dans beaucoup d’établissements scolaires de la ville de Douala. Je peux citer le collège Alfred Saker, le lycée de Bonamoussadi, le lycée de Deido, le Collège des Lauréats. Et aussi l’université de Douala. Dans la capitale Yaoundé j’ai des disciples. Quand j’ai commencé je n’étais pas autant représenté dans les régions qu’aujourd’hui. Le Doukwan ne se pratique plus simplement au Cameroun il s’internationalise. Mon disciple, le professeur Mani  Embola,  l’enseigne en France. Le Doukwan est enseigné en Allemagne, en Angleterre. Je vais de temps en temps en Europe pour diriger des stages. Le Doukwan poursuit son bonhomme de chemin. Petit à petit l’oiseau fait son nid.     Me Richard Zoé Priso3

Revenons sur l’homologation du Doukwan par les instances internationales d’arts martiaux. Comment s’est-elle faite ? 

J’ai appris que l’homme est la résultante des forces macro-cosmiques. On ne décide pas de mettre sur pied une discipline par sa volonté charnelle. Il faut être habité par une certaine force spirituelle qui vous aspire et dont le nom, le système la façon viendront. Doukwan signifie « l’art martial de Doumbè de Kwanè. « Doumbè » qui est mon nom original et « Kwanè » c’est mon village Bonakwanè situé dans le canton Akwa dans l’arrondissement de Douala 1er.   Ce qui signifie « la philosophie de Doumbè de Kwanè ». Ce n’est pas seulement un art martial. C’est un art total car le Doukwan enseigne 4 matières qui sont la philosophie martiale, l’anatomie martiale, la diététique harmonisée- C’est-à-dire qu’est-ce qu’il faut manger   pour pouvoir garder la ligne, pour rester en santé-, les mathématiques divines aussi. Pour ce qui est de l’homologation, elle s’est faite à partir de l’académie des arts martiaux de Floride en Juin 2007. L’académie des arts martiaux de Floride avait ouvert un casting qui consistait  à recenser les nouveaux styles de combats. J’ai donc postulé en envoyant les images que l’on me demandait. Le Doukwan a été retenu avec deux autres parmi 120 styles  proposés par le grand maître de cette académie qui est un Japonais et est ceinture noire 10ème dan, Maître Suzuki. Il m’a  appelé personnellement. Il m’a demandé : « vous êtes de quelle nationalité ? » j’ai répondu : « le Cameroun ».  Il a demandé : « mais le Cameroun c’est où ? Je lui ai répondu que c’est en Afrique. Il a demandé : vous faites les  arts martiaux là-bas ? » Je lui ai dit « oui » et lui a continué : «  vous êtes formidable. Je n’arrête pas de regarder les images des techniques de combats que vous avez envoyées ». Il m’a demandé d’envoyer les numéros de mes passeports ainsi que ceux de mes disciples. Malheureusement nous n’avons pas pu effectuer le déplacement  en raison de blocages administratifs.

En ce moment vous cheminez vers la création d’une Fédération…   

Nous sommes une discipline affinitaire dans les fédérations de karaté et de kung-fu wushu. Le karaté avant d’avoir son autonomie était une discipline affinitaire de la Fédération camerounaise de judo. J’ai de bons rapports avec les dirigeants de ces deux fédérations. La Fédération camerounaise de karaté et disciplines affinitaires. Elle a créé pour nous un bureau dans le département des disciplines assimilées. Il a à sa tête Maître Njoh qui est pratiquant de kung-fu traditionnel. Nous nous regroupons une fois tous les deux mois pour parler de comment nous devons fonctionner et de nos projets. Quant aux instances internationales qui ont homologué le Doukwan elles attendent que j’aille les voir afin qu’ils me donnent un cahier de charges. Ce sera fait incessamment.

Comment envisagez-vous la progression du Doukwan ?

Sur le court terme je prépare déjà une tournée au cours de laquelle je conduirais série de stages à l’étranger. Quand je serai revenu au Cameroun je donnerai des cours dans les clubs, les lycées et collèges où le Doukwan est déjà implanté et même où il ne l’est pas encore. Je compte prendre attache avec des chefs d’établissements pour enseigner chez eux le Doukwan. On va essayer de travailler comme on pourra. S’il y a des festivals, des grandes soirées d’arts martiaux, le Doukwan sera présent. Aussi bien à l’étranger qu’au Cameroun.Me Richard Zoé Priso4

Le Doukwan combien de disciples ? Combien de pratiquants ?  

C’est une question un peu complexe. Jésus avait douze disciples. Mais aujourd’hui si vous lui demandez combien d’adeptes de sa religion il a il ne vous pourra pas vous dire combien d’adeptes il a. sauf qu’il est Dieu. Shishi Funakushi  le fondateur du Shotokan n’avait pas autour de lui pas beaucoup de disciples. Il y en avait environ 3.  Ce sont ceux-là qui ont fait la promotion du shotokan un peu partout. Surtout son fils le shikaka Funakushi. Maître Zoé Priso a autour de lui les disciples-phares. Il y en a une dizaine. Comme ils ont déjà le niveau supérieur, ils sont tous professeurs, ils sont 2ème dan, 3ème dan. C’est à ceux-là que je donne cours et eux vont dans les établissements scolaires et forment beaucoup de disciples.  Des fois je passe dans la rue et des gens m’abordent et se présentent à moi comme  étant mes disciples. Mais moi je ne les connaissais pas avant. je ne les avais jamais vus.Me Richard Zoé Priso

Qu’est-ce que cela vous fait de savoir que vous citoyen d’un payé pas toujours très connu niché au cœur de l’Afrique centrale devient le fondateur  d’un art martial reconnu internationalement ? Que vous dites-vous en pensant à ce fait d’armes important ?

Je n’ai jamais pensé à cela mais c’est une fierté.  Je dis merci à Dieu parce que c’est lui qui donne le la, qui fait de chacun de nous ce qu’il est. Toutefois c’est une lourde responsabilité. Chaque  être humain qui vient sur terre vient pour une mission bien précise. Ce genre de tâche est souvent très délicat. Surtout quand il s’agit de porter sur son dos un fardeau comme celui-là.  C’est-à-dire être fondateur d’un style avec tout ce qu’il y a déjà : les très bons athlètes et les grands maîtres d’arts martiaux qui écument le monde entier. Et essayer de penser que vous avez votre place dans cette autre famille ce n’est pas évident. Mais si c’est votre mission vous l’accomplissez.

Propos recueillis par Pierre Arnaud Ntchapda

 

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