Niger: protestation contre « l’étouffement des médias indépendants »

C’est assez rare pour être souligné. Au Niger, la plupart des médias ne diffusent pas leurs programmes ce lundi 5 février. Il faut dire que dans le pays, le malaise dans le monde médiatique est profond. Les journalistes estiment ne pas pouvoir travailler en liberté. Beaucoup estiment n’avoir pas la latitude nécessaire pour informer leurs concitoyens comme cela se doit. La non-diffusion de leurs émissions habituelles ce lundi est une forme de protestation.

Des organisations de journalistes comptent défendre leurs droits face aux autorités. Ces dernières ont en effet lancé il y a quelques mois une opération de contrôle de comptabilité décrié par les médias. « Cette journée ‘écrans noirs’ est d’abord une forme de rappel à l’ordre que nous faisons aux autorités », explique le présentateur radio d’une émission éducative, avant d’ajouter : « Il est important que les autorités ne cherchent pas à avoir un contrôle sur les médias ».

De fait, les journalistes affirment également être victimes d’agressions. Plusieurs d’entre eux subissent des pressions régulières. D’autres sont brutalisés sur les terrains de reportage. Certains médias ont déjà vu leur matériel confisqué. Une situation que regrette également Soumana Maiga qui dirige un quotidien dans le pays. Ce journaliste explique que tout est fait pour étouffer les médias qui veulent exercer dans l’indépendance.

Crainte d’une fermeture de médias

Selon Soumana Maiga, le principe de contrôler les organes de presse n’est pas gênant en soi. « Personne n’est au-dessus de la loi. Par contre, ce que nous trouvons inadmissible, c’est d’être en-dessous de la loi. C’est-à-dire que sous couvert de la loi, on se cache pour régler les comptes politiques. C’est la première fois que la presse privée indépendante au Niger fait l’objet d’un avis général des comptes publics. C’est étonnant, car dans la plupart des médias, les conditions de travail sont tellement précaires que je ne les vois même pas tenir une comptabilité digne de ce nom », précise-t-il au micro de Rfi.

Soumana Maiga déclare que l’Etat avait quand même la possibilité de faire des contrôles ponctuels ou portant sur une année ou deux. « Mais là, la loi autorise jusqu’à cinq ans. Les conséquences, c’est qu’à l’issue de ces contrôles fiscaux, il y aura des notifications primaires qui vont dire les montants que ces médias auront à payer pour les impôts. Et je ne connais pas un média dans ce pays qui soit à même de faire ça. Cela va fatalement conduire à la fermeture de ces médias. C’est inéluctable », dénonce-t-il.

Depuis plus de deux ans au Niger, la liberté de la presse a reculé dans un contexte de lutte contre le terrorisme. Supprimant ainsi les avancées constatées il y a quelques années. L’année dernière, l’incarcération du journaliste Ali Soumana accusé d’avoir publié dans son journal des documents volés a été jugée par les journalistes comme une violation de la loi sur la presse. Le pays a même perdu 9 points au classement de Reporters sans frontières en 2017 et s’est vu classé à la 61e place.

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