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Dans un mois, le 31 mars, le CICB, le Centre Islamique et Culturel de Belgique, financé jusqu’il y a peu par la Ligue islamique mondiale (très liée à l’Arabie saoudite) doit rendre les clefs de la Grande Mosquée de Bruxelles. L’année dernière, le gouvernement belge a résilié son bail. C’était l’une des recommandations de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats terroristes. Alors qui pour reprendre la gestion de la Grande Mosquée à long terme? C’est encore le flou. 

La Ligue islamique mondiale est-elle réellement sur le départ? 

La réponse est oui. Il y avait une vingtaine de personnes qui travaillait à la Grande Mosquée. Leur contrat s’est en principe terminé fin décembre. Cela correspond à la fin du financement de la Grande Mosquée par la Ligue islamique mondiale. C’est en tous cas ce que nous explique le directeur de la Grande Mosquée Tamer Abou al Saoud. D’après nos informations, il ne resterait donc plus dans ses murs que ce dernier qui ouvre et ferme le lieu de culte tous les jours et l’imam de la Grande Mosquée. Le directeur n’a pas voulu commenter ces informations: « Ces questions n’ont pas d’importance ». 

Dans un mois, ils doivent rendre les clefs. Et selon le directeur, c’est ce qu’ils feront. Un directeur un peu agacé par l’amalgame qui est fait dans les médias selon lui entre la Ligue islamique mondiale et l’Arabie saoudite. Pour lui, la Ligue islamique mondiale est « une structure similaire à l’ONU, qui ne dépend d’aucun Etat ». Or, selon les experts sollicités lors de la commission d’enquête parlementaire: « Il ne semble faire aucun doute que le lien soit indéniable entre l’Arabie Saoudite, l’islam que tente de propager cet Etat – Même au travers de la Ligue islamique mondiale – et la Grande Mosquée de Bruxelles et le CICB (Le Centre Islamique et Culturel de Belgique). La subvention, le fonctionnement quotidien qu’il rend possible et les rénovations du vaste bâtiment que cet argent a permis, conjugué au rôle quasi consulaire de la mosquée, en font un « satellite saoudien ». » 

Et après son départ, qui va prendre le relais? 

L’Exécutif des Musulmans de Belgique, l’instance chargée du culte islamique de Belgique, a été désigné pour assurer la gestion de la Mosquée de manière provisoire. C’est lui qui signera une convention d’occupation précaire avec la Régie des Bâtiments. Le lieu de culte ne fermera pas. Salah Echallaoui, vice-président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique détaille: « Nous avons recruté un concierge qui s’occupera de l’ouverture et de la fermeture des portes. Et à partir du 31 mars, pour la prière, il y aura une rotation d’imams rémunérés par le SPF Justice, des imams rattachés à des mosquées reconnues par la région bruxelloise. Les solutions sont là, en attendant la reconnaissance de la Grande Mosquée ». Jusqu’ici, le Centre Islamique et Culturel de Belgique n’avait pas lancé de démarche en vue de la reconnaissance de la Mosquée.

Salah Echallaoui, vice-président de l'Exécutif des Musulmans de Belgique, chargé du dossier de la Grande Mosquée de Bruxelles
Salah Echallaoui, vice-président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique, chargé du dossier de la Grande Mosquée de Bruxelles – © Tous droits réservés

Cette transition, combien de temps va-t-elle durer ? 

On l’ignore.  » Pas d’informations à ce propos », du côté du cabinet du ministre de la Justice Koen Geens. Par contre, « l’architecture » du projet commence à prendre forme. L’idée est d’installer au sein de la Grande Mosquée du Parc du Cinquantenaire quatre entités: la première, l’Exécutif des Musulmans s’y posera de manière permanente. La deuxième entité sera un institut de formation pour les imams. Selon Salah Echallaoui, son ouverture est prévue dès la rentrée académique prochaine. Le troisième espace sera consacré à un musée. Et puis, quatrième entité, la Grande Mosquée elle-même en tant que lieu de culte. Pour cette quatrième structure, ce qui était convenu avec le gouvernement belge, c’est qu’une communauté « locale » de Fidèles prenne les commandes du lieu. Et pour chapeauter le tout, il faudra aussi créer un « comité » patrimonial ». 

Qui alors pour gérer la Grande Mosquée ? 

Dans les plans de la nouvelle structure, il y a donc des espaces « vacants », ouverts pour de nouveaux acteurs, avec le départ de l’Arabie Saoudite. Et cela suscite les convoitises. La Grande Mosquée est un lieu symbolique et historique de Bruxelles. Quatre ASBL se sont constituées ces derniers jours, ces derniers mois. L’ASBL la plus récente donnait elle une conférence de presse dans le quartier européen de Bruxelles ce mercredi. Le centre culturel et islamique en Belgique, c’est son nom, est porté par deux imams. Celui d’Anvers, Nordine Taouïl et celui de Gand, Brahim Laytouss, le président du nouveau centre.

Leur projet, ensemble, c’est donc de faire émerger un islam de Belgique, « un islam ouvert aux différentes tendances, sunnites, chiites, pluriel, égalité entre femmes et hommes, pas d’ingérence extérieure », détaille Brahim Laytouss, « ouvert aussi aux Non-Musulmans. Il faut que l’on puisse donner des réponses à nos jeunes aussi. Ils ont des questions au niveau géopolitique, au niveau théologique et pour l’instant, ils ne trouvent pas de réponse. Il faut aussi ramener la culture à l’intérieur de la Grande Mosquée, la musique, ce n’est pas haram, interdit ». Et il est vrai visiblement que le travail est encore énorme. Même si l’Exécutif des Musulmans de Belgique affirme travailler dur sur la question. 

Un projet pertinent, un discours séduisant donc. Mais qui est loin de convaincre. Quand l’on gratte un peu, on s’aperçoit que l’imam anversois, Nordine Taouïl est très proche de l’ancienne structure et de l’Arabie Saoudite. Brahim Laytouss, réputé modéré par les médias flamands, pense qu‘ »il a changé, aujourd’hui, il est d’accord avec notre projet d’Islam de Belgique et puis nous sommes 8 à diriger l’association. Il faut donner une chance à celui qui change ». Selon plusieurs sources bien informées, ce changement serait bien difficile à croire. 

Nourdine Taouïl (à droite) et Brahim Laytouss (au milieu) présente leur projet de nouveau centre "le centre culturel et islamique en Belgique".
Nourdine Taouïl (à droite) et Brahim Laytouss (au milieu) présente leur projet de nouveau centre « le centre culturel et islamique en Belgique ». – © Tous droits réservés

La fin de l’ingérence d’autres pays ?

Trois autres ASBL se sont donc aussi constituées dans le but de peser dans la gestion future de la Grande Mosquée. Et notamment « les Fidèles de la Grande Mosquée », emmenés par Idriss Anbari et Virginie Leblicq, une Musulmane convertie, qui défendait il y a peu le burkini sur les plateaux de RTL-TVI. Nous avons contacté l’association qui répète qu’elle voit d’un bon œil le départ de la Ligue islamique mondiale et qu’elle attend qu’un dialogue soit mis en place avec les Fidèles. 

L’Exécutif des Musulmans de Belgique se dit ouvert au dialogue, mais reste prudent : « Quand vous voyez qu’il y a des structures qui se créent », explique Salah Echallaoui, « et que dans ces structures, on retrouve d’anciens fonctionnaires qui gravitaient autour de ce lieu-là pendant des années, nous avons le droit de se poser des questions et le droit de vérifier avec qui nous allons travailler. Nous avons la main, nous discutons, nous consultons, pour voir quelles sont les personnes susceptibles de travailler dans ce dossier-là. Avec la ligne rouge que nous ne voulons pas d’un retour des visions rétrogrades et obscurantistes, c’est un engagement ferme de notre part ».

Lui aussi s’inquiète de « l’activisme, l’entrisme de l’Arabie Saoudite dans ce dossier ». Le député CDH Georges Dallemagne suit de près le dossier: « Ce n’est pas terminé, l’Arabie Saoudite veut garder la main et nous devons être très vigilant à cet égard ».

L’Exécutif des Musulmans de Belgique s’engage à éviter qu’un autre pays n’entre dans la gestion de la Grande Mosquée. Une institution souvent accusée elle-même d’être très influencée par le Maroc et la Turquie. 

Reste à voir qui arbitrera au final la composition de ces différents comités. Là non plus, ce n’est pas clair.

RTBF

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