Manifestations au Togo: six OSC s’insurgent contre l’usage des armes à feu

OSCLe bras-de-fer qui se joue depuis plusieurs mois au Togo autour de la réforme de la Constitution est loin de se terminer. Les Togolais qui battent le pavé depuis le 19 août dernier à l’appel du Parti National Panafricain (qui a débouché sur une coalition de 14 partis politiques), ont une obsession: mettre fin à la gouvernance de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005.

Les manifestations de rue, marquées par des répressions sanglantes, interpellent un groupe de six organisations de la société civile togolaise à savoir l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-Togo), l’Association Togolaise pour la Défense et la Promotion des Droits Humains (ATDPDH), la Commission Épiscopale Justice et Paix (CEJP-Togo), le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement (GRAD), la Solidarité et Action pour le Développement Durable (SADD) et le Syndicat des Praticiens Hospitaliers du Togo (SYNPHOT).

Craignant une une escalade de violence, exercée par des forces de l’ordre et de sécurité sur les manifestants, ce groupe de six OSC a invité à la veille des marches de l’opposition les 07, 08 et 09 novembre 2017, le gouvernement à prendre les dispositions pour une meilleure gestion des manifestations publiques notamment à caractère politique.

Lors d’un point de presse tenu lundi à Lomé, le groupe à appelé à « la création des conditions juridique, humaine, organisationnelle, matérielle et pratique pour la gestion professionnelle des manifestations publiques ».

Dans une déclaration liminaire, lue par Bruno Haden de l’ACAT Togo (au micro), le groupe des six s’est dit « vivement préoccupé » par le bilan macabre des dernières manifestations de l’opposition.

Il a souligné un cortège de morts (14 dont 9 par balles, parmi lesquels des civils, mineurs et militaires), de blessés (236), d’arrestations (environ 400), de déplacés et réfugiés (environ 500), et l’entrée en lice des miliciens armés surtout lors des manifestations des 18 et 19 octobre dernier.

Afin d’empêcher le Togo de basculer dans une « guerre civile » ou un « scénario à la burkinabè », ces organisations de la société civile, dans la dynamique de paix civile et sociale, ont exhorté le gouvernement à « l’assurance d’une formation adéquate des forces armées togolaises qui sont réquisitionnées en renfort aux forces de sécurité publique pour le maintien d’ordre » », « la création des conditions et la mise en place d’un mécanisme de confiance mutuelle entre les forces de sécurité publique et les citoyens dans la gestion des manifestations publiques pacifiques à différent niveau au Togo ».

Par ailleurs, il appelle le gouvernement à  libérer des manifestants arrêtés, notamment l’Imam de Sokodé, les 03 membres de l’Association Nubuéké, et d’autres personnes arrêtées dans des conditions jugées douteuses.

Dans la déclaration, le groupe des six a également invité les acteurs politiques à prendre les dispositions pour la sensibilisation et la formation de leurs militants et de la population en général sur le caractère citoyen et pacifique des manifestations publiques et au respect des biens publics.

Dans une analyse sans complaisance de la situation sociopolitique togolaise, ces OSC ont fait des constats majeurs: « l’usage excessif de la force dans la gestion des manifestations au Togo », « le recours à l’armée nationale en renfort dans la gestion des manifestations publiques pacifiques à caractère sociale ou politique entraîne souvent de nombreux drames ».

Elles relèvent que « certains manifestants partent manifester sur la défensive, provoquent et s’en prennent également parfois aux forces de l’ordre dans leurs interventions », « les forces de l’ordre font irruption dans les domiciles privés des citoyens et molestent des non manifestants à coups de gaz lacrymogènes et de matraques après la dispersion des manifestants » et que « les miliciens circulent à visages découverts tabassent, molestent et tuent en toute impunité ».

Dans le document, l’analyse dégage également trois moments importants de histoire politique  du Togo, rythmée par des manifestions publiques.

Pour le groupe des six OSC, il a été constaté une « gestion chaotique » des manifestations publiques avec à la clé des centaines de morts, des milliers de blessés,  des arrestations, des détentions, la torture systématique sur les personnes arrêtées, la destruction à grande échelle des biens publics et privés, etc.

Cependant, souligne-t-il, entre 2006 et 2011, l’on a assisté à un « encadrement très professionnel » des manifestations publiques par des forces de sécurité togolaises laissant entrevoir « le caractère républicain des dispositifs d’encadrement ».

Entre 2012 et 2017, « les forces de sécurité publique, avec parfois en renfort les forces armées togolaises, ont réprimé ces cinq dernières années dans le sang, plusieurs manifestations sans égards aux droits applicables ».

Dans ses recommandations à l’ensemble de la classe politique togolaise, le groupe des six a notamment tiré la sonnette d’alarme sur l’usage des « armes à feu » dans l’encadrement des manifestations.

Par conséquent, il a invité les forces de l’ordre et de sécurité à « éviter à tout prix » de tirer à balles réelles sur les manifestants.

 

 

 

 

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