Les grands événements qui feront bouger l’Afrique en 2018

Guerres, pauvreté, mauvaise gouvernance… Le continent africain n’a pas que cela à montrer à la face du monde. Inexorablement, l’Afrique devra presser le pas de sa sa marche vers le développement en 2018. Elle a donc rendez-vous avec son histoire mais aussi s’inscrire dans le concert des nations lors des grands événements que connaîtra la planète au cours de l’année. Nous vous proposons une sélection d’enjeux économiques et politiques à scruter à la loupe en 2018, avec notre confrère Afrique La Tribune

Janvier : Un départ anticipé de Jacob Zuma

Cela pourrait constituer l’événement qui ouvre les hostilités politiques en Afrique. Au sein de l’ANC qui vient de désigner un nouveau président qui sera candidat à la présidentielle de 2019, on pousse pour que Jacob Zuma, cerné par les scandales de corruption quitte le pouvoir à la mi-janvier lors de son discours sur l’état de la Nation arc-en-ciel. Des négociations seraient en cours pour une démission qui mettrait Ramaphosa sur son fauteuil pour lui permettre de faire une répétition générale de l’exercice du pouvoir. Mais face à l’obstination de Zuma, une destitution est agitée en épouvantail. Jacob Zuma pourrait quitter le pouvoir comme il y est arrivé : en chassant Thabo Mbeki.

22 janvier : George Weah enfile le costume de président du Libéria
George Weah

Après une très longue guerre civile, l’épisode d’Ebola, le Liberia a fait un saut, pieds joints, dans la démocratie. Le 26 décembre dernier, le sénateur George Weah a été élu au second tour de la présidentielle pour succéder à Ellen Johnson Sirleaf. Le nouveau président sera investi le 22 janvier 2018.

14 juin au 15 juillet : l’Afrique à la conquête du mondial en Russie

Nigeria, Sénégal, Maroc, Tunisie, Égypte. Cinq pays africains vont représenter le Continent au mondial de football qui se tient en été en Russie. Objectif ultime à Moscou: porter les étendards africains sur les mâts du football mais aussi dépasser le stade des quarts de finale, jusqu’ici le plus loin qu’une nation africaine ait pu aller. L’Afrique rêve donc d’une demi-finale et lorgne même le trophée en or. Ce serait une première!

Juillet-août : IBK joue sa réélection au Mali dans la division

Au sein d’une coalition présidentielle qui se fissure avec des départs de cadres, tout est à refaire. En 2018, IBK devra battre le regroupement des troupes et le resserrement des rangs pour jouer sa réélection face à des candidatures de l’opposition ou sans étiquette qui montent en puissance. Mais ce sont l’organisation matérielle d’un scrutin qui risque d’être le plus grand défi dans un Etat ne contrôle pas tout son territoire aux prises avec le terrorisme, le retour des réfugiés, le trafic d’êtres humains et de drogue…

Août: le premier TGV d’Afrique roulera sur les rails du Maroc

La date n’est pas clairement définie. Mais le Maroc sera le premier pays africain à se doter d’un Train à grande vitesse (TGV). A l’été 2018-probablement en août- le royaume nord africain compte propulser sur les rails son train à 320 km/h pour relier Tanger (nord) à Casablanca (centre-ouest). Plus de 200 km en 2 heures et 10 minutes.

Octobre : une quatrième réélection pour Paul Biya ?

Il faut être dans le secret de la colline d’Etoudi pour savoir l’intention de Paul Biya de briguer un cinquième mandat. Président du pays depuis 1982, le président sortant avait indiqué qu’il fixerait l’opinion publique en 2018. Cette même année, il devrait mettre en jeu son fauteuil sans qu’on sache exactement s’il va choisir un dauphin dans son propre camp ou s’il sera débouté par les candidatures symboliques au sein de ce qui reste de l’opposant ou par des indépendants issus de la diaspora. En tout cas 2018 sera décisif pour le Cameroun.

Décembre : hypothétiques élections au pays de Kabila

Après une multiplication des coups d’éclat politiques, plusieurs violations de l’accord politique, le pouvoir de Joseph Kabila se décide à organiser les élections présidentielle, provinciales et législatives, le 23 décembre. Après l’adoption d’une loi controversée par la majorité, toute la question est de savoir la date de départ de Joseph Kabila. En maître des horloges politiques, le président congolais rend la probabilité de son départ comme celle de l’organisation des élections dans les délais hypothétiques. Le chaudron congolais est sur le point de se déverser.

Dévaluation surprise au Soudan

L’année 2018 s’annonce difficile pour les soudanais. Khartoum a annoncé le 26 décembre la dévaluation de la livre soudanaise pour ce mois de janvier. La monnaie est ainsi passée de 6,7 à 18 livres par dollar. Une mesure qui vise à mettre à niveau le taux de change officiel avec celui pratiqué au marché noir qui se situait entre 25 et 27 livres par dollars au moment de l’annonce de la dévaluation. Mis à mal par des années de guerre civile et la perte de la majeure partie de ses réserves de pétroles suite à la partition du pays en 2016 perdant au passage une grosse part de ses rentrées en devises, l’économie soudanaise encaissera mal la levée des sanctions économiques américaines qui duraient depuis 20 ans. En effet, la hausse subite des commandes d’importations par les commerçants soudanais a affaibli des réserves en devises déjà fragilisées, poussant le gouvernement vers la dévaluation. Une mesure qui ne devra s’accompagner de flottement du régime du change alors que le gouvernement s’est tourné vers Riyad pour remettre à flot son système bancaire. La reprise des transactions bancaire entre les deux pays devrait injecter quelques 600 millions de dollars en 2018 dans le système bancaire soudanais.

Nigéria, réveil du géant ?

Le marché des capitaux nigérian qui avait accusé une tendance négative depuis 2014, avec l’entrée de l’économie du pays en récession semble renouer avec la croissance. Bien que l’exercice 2017 ait débuté sur une note morose, le marché a réussi à se stabiliser au cours de l’année. Le point de rupture se situe en avril, avec l’ouverture par la Banque centrale du Nigeria du guichet unique NAFEX (Nigerian Autonomous Foreign Exchange Market), qui a rassuré les investisseurs étrangers. Preuve en est la valeur de participation du portefeuille étranger dans la Bourse de Lagos s’élevait à 2,3 milliards de dollars en octobre dernier, soit une croissance de 60% par rapport à l’ensemble de l’année 2016. Le 20 décembre, les marchés boursiers nigérians ont enregistré une hausse de plus de 41% depuis le début de l’année, ce qui représente la meilleure performance d’Afrique subsaharienne. La capitalisation boursière devrait de son côté a atteint le 20 décembre 37 milliards de dollars, soit une hausse de 45,94%. Une performance facilitée par les réformes de politique de change, de plateforme de paiement de dividendes électroniques, la dématérialisation complète… La place de Lagos devrait maintenir ce rythme en 2018, grâce au maintien favorable du prix du pétrole brut, suite à l’extension de l’accord de réduction de la production par les pays OPEP/ non-OPEP jusqu’à la fin de 2018.

Les obligations africaines resteront-elles attractives ?

Le Nigeria, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Egypte ou encore le Ghana, sont autant de pays ayant eu recours au marché de la dette internationale comme source de financement alternatif. Un mouvement qui s’étend également à la BAD qui prévoit de lever une enveloppe de 8 milliards de dollars en 2018. Abuja vient décider de maintenir son rythme d’introduction en 2018 en préparant une levée de 3,5 milliards de dollars. Le Nigeria a réussi à écouler 3 milliards de dollars en euro-obligations en novembre dernier. L’Egypte a confié de son côté la vente de 4 milliards de dollars de titres à HSBC, Citigroup, JP Morgan Chase, Morgan Stanley et à la National Bank of Abu Dhabi. Ce consortium devra démarrer la vente dans les semaines à venir. L’Egypte a ainsi réussi à attirer 7 milliards de dollars via cette source de financement en 2017. Accra a de son côté engrangé un peu plus d’un milliard de dollars après la cession en novembre dernier. Le Cameroun s’est joint au mouvement en inscrivant de la levée de 475 millions de dollars sur les marchés financiers dans la loi de finance 2018. Le Nigeria a par ailleurs fait son entrée en 2017 sur le marché de la finance islamique. Pour sa première introduction de « sukkuk souverain », Abuja compte émettre quelques 328 millions de dollars, le Nigeria emboite ainsi le pas au Togo, la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Vers un équilibre dans le secteur minier

Cette nouvelle année signifie le début de nouveaux rapports entre opérateurs miniers et Etats africains. Le cas le plus emblématique de ce rééquilibre reste la Tanzanie où l’administration Magufuli a décroché plusieurs concessions du géant mondial Barrick Gold. Après avoir interdit l’exportation de minerais brut, le gouvernement tanzanien a mis sous pression Acacia Mining la filiale locale de Barrick Gold, lui infligeant une amende record de 190 milliards de dollars et allant jusqu’à mettre en garde vue une partie du management.

La pression de Dodoma poussera Barrick à multiplier les concessions proposant de s’acquitter de 300 millions de dollars, de changer le mode de répartition de ses bénéfices futures en Tanzanie, accélérer la résolution des réclamations fiscales voire la création d’une nouvelle entreprise d’exploitation minière qui héritera de la gestion des trois principales mines détenues par Acacia en Tanzanie

La République démocratique du Congo vient de son côté de réformer son code miner après plus d’une décennie de blocage. Ce nouveau texte comprend l’accroissement de la part minimale détenue par les investisseurs locaux dans le capital des grandes mines dont la barre minimale a été fixée à 10%. Les redevances versées par les opérateurs miniers devront s’établir au niveau des pays voisins de la RDC qui imposent plus que les 3,5% pratiqués par Kinshasa.

Le Kenya a également annoncé son intention de réformer son code minier tout en maintenant le mystère sur le volet fiscal, alors que le Tchad s’est vu obligé de revoir sa copie en la matière après que son code minier ait été déclaré obsolète.

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