Liaisons amoureuses entre élèves et enseignants: le grand malaise au Togo

C’est une réalité qui passe sous silence. En milieu scolaire, de plus en plus d’enseignants entretiennent des liaisons avec leurs élèves. Un interdit absolu enfreint avec la passivité des Inspections régionales de l’éducation. Devant l’ampleur du phénomène, des langues commencent par se délier. Et  aux associations de parents d’élèves et magistrats de monter au créneau. Objectif : sévir contre les professeurs vicieux.

Lundi dernier, un professeur de mathématiques financières, dans un lycée d’enseignement technique de la ville de Kara, est passé devant un juge de ladite localité pour avoir entretenu pendant deux années une relation avec une élève de 16 ans. La plainte qui a conduit à la garde-à-vue du professeur âgé de 33 ans, mardi 30 janvier, émane de l’entourage de l’adolescente. La relation aurait débuté alors que celle-ci avait 14 ans.

Selon un greffier du tribunal de la ville, la jeune fille, également entendue, aurait qualifié leur relation, qui dure depuis 2016, de « relation amoureuse », et assuré de son consentement pour les actes sexuels. Une information judiciaire a été ouverte pour « atteinte sexuelle » sur mineur de moins de 16 ans à l’encontre de l’enseignant, rapporte-t-on. Le professeur était sans antécédent judiciaire jusque-là.

Ces cas de liaisons entre un prof et son élève sont, hélas, légion. Des histoires qui semblent se produire davantage au lycée qu’au collège.« D’autant que les profs et les élèves n’ont parfois qu’une dizaine d’années de différence », indique un syndicaliste enseignant.

Des histoires qui font de plus en plus débat au sein de l’opinion. Certaines personnes vantant leur dimension sentimentale, et d’autres parlant d’atteinte sexuelle sur mineur, voire même de pédophilie.

« Devant l’ampleur du phénomène qui ne date pas en réalité d’hier, je crois qu’il est temps d’avertir les jeunes gens et jeunes filles qui seraient tentés de coucher avec un professeur que pénalement répréhensible», renseigne le greffier.

L’histoire de l’enseignant au démêlé judiciaire évoquée plus haut a été présentée comme une « relation amoureuse » par la jeune élève. Mais pas par la justice, car l’enseignant sera poursuivi pour « corruption de mineur de moins de 16 ans et atteinte sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par sa fonction », apprend-on.

« Même quand il y a consentement, un adulte ne peut pas avoir de relations sexuelles avec un mineur de moins de 17 ans. Et, quand on est en position d’autorité, le consentement n’est possible qu’à partir de 18 ans », informe Guillaume Lela, juriste à Kara. Cette affaire résonne d’autant plus que dans la société togolaise, la question du consentement sexuel des mineurs fait actuellement débat après deux décisions judiciaires contestées dans la Préfecture de Tchaoudjo.

Interrogé sur la question, l’Inspection de l’éducation de la Région de la Kara n’a fourni aucune statistique sur le sujet. Par ailleurs, ces affaires ne sont pas toujours judiciarisées.

« Les élèves qui ont eu une relation intime avec leur enseignant supplient souvent leurs parents de ne pas porter plainte », affirme un avocat qui a défendu une dizaine d’enseignants dans ce type d’affaires au cours de sa carrière.« Et ces relations sont généralement vécues dans la clandestinité, car les protagonistes savent très bien les risques qu’ils courent, si le voile est levé », explique notre syndicaliste enseignant.

« Les chefs d’établissements ont parfois vent de rumeurs sur des relations entre un prof et un élève. Mais certains préfèrent fermer les yeux, d’autant qu’ils n’ont pas de preuves à ce sujet », ajoute l’avocat.

 

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