Cameroun: l’itinéraire atypique de Martial Bissog, journaliste touche-à-tout

Le 22 décembre 2017, s’est tenue la première édition du « one man froid », concept « one man show » initié par Martial Bissog, connu jusque-là sous ses casquettes de journaliste et écrivain. Le nouveau comique n’a pas voulu s’arrêter là. Il annonce d’autres spectacles qui se tiendront courant mars 2018. Les planches sont sa nouvelle vocation après la littérature, les médias et  la politique (eh oui ! un moment il a voulu briguer le poste de président de la République !) Portrait de cet homme éclectique qui réussit quasiment tout ce qu’il entreprend    

L’essai a été magistralement transformé. Le premier stand up de Martial Bissog baptisé « one man froid » a  été un succès. Le 22 décembre 2017, le journaliste a rempli la salle Canal Olympia de Douala pour  ce qui n’était que sa première expérience d’humoriste. Une prestation saluée par le public qui en redemandait. Pour ces amateurs assoiffés  de son humour,  Martial Bissog  va revenir  sur les planches. Deux  spectacles sont prévus sur les podiums de l’Institut  français du Cameroun à Douala (le 9 mars)  et à Yaoundé (le 31 mars). « A peine j’ai annoncé que les gens sont en train de prendre leurs tickets », clame-t-il.

L’homme est plutôt content  et assume le choix qu’il vient d’opérer.  « Je suis un homme de mon temps. Un homme qui ne vit pas avec son temps est un homme du passé ou du passif. Moi, je suis dans l’action. Je n’ai pas l’impression qu’une de mes casquettes s’enchevêtre contre l’autre. C’est une fusion. Ma vie est une fusion. Je suis en même temps  l’un et l’autre. Je suis de par ma culture, pluriel. Je suis aussi évidemment pour que l’intelligence soit chaque fois rehaussée chez l’homme. Le reste n’est pas important ». Surtout, il est émerveillé pas la participation du public. « Le simple fait de savoir que les gens prennent le risque de venir vous voir, paient le transport, abandonnent  leurs activités, paient le billet d’avion… Saviez vous que quelqu’un pouvait partir de Paris pour venir me voir ? Pas qu’il vient en vacances ! C’est un planning ! Il dit : « Martial Bissog comme vous jouez le 22 je viens vous voir ». Les gens sont partis de Limbe, j’étais moi-même surpris ».

Monter sur la scène pour faire triompher ses idées

L’homme de 43 ans soutient que ce n’est pas parce qu’on est journaliste, écrivain, éditorialiste qu’on ne peut pas monter sur les planches. Il appelle au « décloisonnement  dans les bureaux, dans les maisons et même dans les têtes ». Il veut redonner au théâtre de son pays ses lettres de noblesse. Parce que « le théâtre a bâti la société ». Malheureusement, déclare-t-il, « on a tué le théâtre, tué la pensée » au Cameroun.  Il faut, pense-t-il,  « aller vers le public parce que les médias traditionnel sont en train de s’ankyloser, disparaître ». Martial Bissog dit avoir croisé son public comme  l’animateur  français Michel Drucker, « une armoire de la télévision qui fait ses stands –up chaque soir devant 300- 400 personnes pas forcément pour l’argent. Il n’en a peut-être pas besoin ».

Martial Bissog annonce  que sa vie sera désormais sur scène.  Il veut aborder la vie de manière différente, regarder le monde avec d’autres yeux, parler du développement de l’être.  Sans toutefois renoncer à d’autres activités  comme l’écriture cet art qui a contribué à lui donner une certaine notoriété.   L’ancien étudiant de l’Ecole nationale d’administration (ENA) de Paris est l’auteur de cinq ouvrages dont l’essai « L’Afrique et son cancer du colon » (2015) en cours de réédition après l’épuisement du  premier stock de 100 000 exemplaires.

«  L’Afrique et son cancer du colon est un appel à une introspection véritable sur la place de notre continent sur la nouvelle carte du monde. Notre rencontre avec l’autre n’a pas été sans heurts, et notre avenir ne pourra se bâtir sur la peur, peur de nous prendre en main, peur de nous assumer, peur d’être nous-mêmes, peur d’exister tout simplement. Pour demain, nous devons être prêts à réécrire notre propre histoire, le propos ici étant de dire avec fierté, que la nouvelle Afrique est née, à condition de se soumettre au crible de nouvelles exigences de la modernité, sans complexe, sans complaisance aucune », résume-t-il son oeuvre majeure. L’on découvrira bientôt son dernier bébé,  un livre de 400 pages intitulé « Ma vision pour le Cameroun ».

Petit tour dans la jungle politique…

Martial Bissog indique que son œuvre littéraire est basée sur le concret. Il s‘offusque de voir qu’on ne cite jamais les jeunes auteurs. Mais se console à l’idée que ses œuvres figurent au programme de Sciences Po Paris. Un honneur pour cet Africain qui n’a pas hésité à s’engager en politique en 2017. Le doctorant de Sciences Po annonce sa candidature à l’élection présidentielle prévue en octobre 2018 au Cameroun.  Il annonce une idée de programme intitulée « le pacte collectif du bien-être ». Son objectif : « travailler pour que les Camerounais se sentent aimés et qu’ils aient accès à la vie ».  Son ambition va faire long feu. L’ex étudiant de littérature à l’université de Yaoundé 1 renonce à son projet parce qu’il « pense qu’on a déjà le gagnant ».  Le natif de la localité balnéaire de Kribi croit que « la transition en Afrique est quasiment impossible ».  Et aussi que « l’agitation autour de l’élection c’est pour que certains cherchent des postes de ministres ». Bissog admet que  « le président est très fort ».

Pour lui, « il faut  accompagner Paul Biya », 85 ans dont 35 au pouvoir,  dans un dernier mandat républicain.  « L’effort physique et mental que fait Biya est à saluer.  Pour les bilans on peut les critiquer après.  Je ne veux pas être critique envers un type de cet âge ». Le candidat à la candidature d’hier dresse un tableau bien sombre de la politique dans son pays. Il déclare qu’ici « on est buté à la culture du vol,  qu’on n’est pas des investisseurs » et qu’il faut tenir un nouveau discours.  « Pour qu’un pays soit développé, il faut qu’il passe du matériel à outrance à une sorte de spiritualité, d’élévation de la pensée. C’est pour cela que j’ai vu que la politique chez nous était très dangereuse, binaire. C’est soit  l’un soit l’autre : « Biya must go, Biya must die ». Je ne veux pas jouer à ce jeu. Fru Ndi (le leader historique de l’opposition camerounaise) a fait ça on n’a pas vu les résultats », dit-il, sentencieux.

Un journaliste en colère

Aussi sentencieux que lorsqu’il parle dans son langage toujours fleuri, poétique, du journalisme, son premier amour. Par exemple, il se montré outré par les télés de son pays, gêné par ces chaînes  qui soûlent leurs téléspectateurs avec les productions venues d’ailleurs et pèchent dans l’organisation de leur fonctionnement.  « Les journalistes camerounais ont trop peur, je suis beaucoup plus éditorialiste. Le Cameroun est un agrégat de faux culs. Les médias sont d’une pauvreté éditoriale et financière…C’est pourquoi je mise maintenant sur les médias sociaux sur mes spectacles et ma scène parce que la télé ou la radio vivent des productions par exemple ».   

En tant que journaliste et animateur, Martial Bissog a quasiment fait le tour des radios et télévisions du pays aux premières heures du pluralisme audiovisuel. « Je ne laisse pas le temps pour que ça n’aille pas. Je suis toujours parti avant », explique cette forte tête qui a toujours claqué la porte. Reparti en France où il avait poursuivi des études  en Master après sa licence obtenue au Cameroun, il va travailler pour France Inter, Radio Soleil, la télévision 3A Télésud avant de revenir en 2007 pour lancer la première matinale TV du Cameroun sur STV. « A un moment il y a une schizophrénie. On veut faire de la télé, mais on ne veut pas que les gens de la télé soient bien ». Son dernier retour au Cameroun conduit Martial Bissog à Canal 2 International.

Il anime pendant quelques années une émission de débat (« 90 minutes politiques » qui deviendra « 60 minutes politiques ») souvent diffusée simultanément en multiplex sur 3 villes (Douala, Yaoundé et Paris). Succès total jusqu’à cette brouille qui amène la direction de la chaîne à mettre un terme à sa production… Cette mésaventure lui est restée en travers de la gorge mais il préfère ne pas en dire davantage. Sauf clamer son amour pour le Cameroun. « J’ai grandi entre la France et le Cameroun. D’ailleurs, de tous mes frères, je suis le seul qui aime le Cameroun. C’est comme si on m’a vendu pour ce pays. Je ne sais pas quel destin j’ai. Je suis toujours revenu ici. Tous mes frères sont là-bas, d’autres sont là-bas, y sont installés définitivement. Je suis le seul au Cameroun. Et parfois quand j’ai les maux de tête, les frères m’appellent et me disent : « tu vas mourir au pays ». Je leur dis : « c’est ici. Là où il y a le piment il y a la vie. Et je crois en ce pays ! »   Malgré tout.     

Ecrit par Pierre Arnaud Ntchapda

 

 

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