« Lenali », le réseau social malien qui s’adresse aux illettrés

Un jeune entrepreneur malien, fait parler de lui. Et pour cause, son réseau social « Lenali » est un succès au Mali. Moins d’un an après la mise en téléchargement gratuite de la dernière version de son application mobile, la plateforme commence à se faire connaître.

Plus de 28 000 téléchargements ont été enregistrés depuis mars 2017. Des Ong actives au Mali et opérateurs de télécoms disent être sous le charme de ce réseau social particulier.

En effet, avec Lenali, l’entrepreneur malien met à la disposition des personnes illettrées de son pays, un réseau social qu’elles peuvent entièrement maîtriser par la voix et dans leur langue. Nul besoin d’écrire. Qu’ils s’agissent du bambara, du soninké, du songhay, du mooré, du wolofou, le dispositif privilégie les langues locales.

« Demandez à un commerçant malien pourquoi il ne va pas sur Facebook. Il vous dira qu’il ne voit pas l’intérêt de s’y connecter pour difficilement comprendre le contenu, faute de maîtriser suffisamment la langue française, a fortiori à l’écrit. En revanche, si on lui propose un réseau local où il peut poster par la voix et dans sa langue les produits qu’il vend et qu’il peut livrer chez vous, il comprendra bien mieux son intérêt », explique Mamadou Gouro Sidibé au magazine Jeune Afrique.

L’idée de Lenali, explique le jeune homme, lui est venue un beau jour alors qu’il faisait ses courses dans une supérette de Bamako, la capitale du Mali. « (…) le marchand qui a l’habitude de me vendre ses produits me tend son smartphone et me demande de lui traduire le message affiché sur Viber qu’il ne pouvait pas lire… parce qu’il ne savait pas lire », raconte l’ingénieur. Ce dernier réalise alors que le Mali compte parmi les pays au monde dont le taux d’alphabétisation est inférieur à 50% de la population. Mamadou Gouro Sidibé décide alors de laisser tomber les premières versions de Lenali pour se focaliser sur cette majorité de Maliens illettrés. Aucun réseau social n’a jusque-là fait de l’illettrisme la porte d’entrée à son service.

Il lui faudra deux ans depuis 2015 et de nombreuses discussions avec des chefs d’entreprise pour déterminer clairement en quoi Lenali pouvait être pleinement malien et innovant.Ce sera donc par la voix, ce qui « colle » à une certaine culture orale africaine.

L’entrepreneur développe dans un premier temps des guides vocaux dans plusieurs langues (bambara, soninké, songhay, mooré, wolof, français) pour aider à l’installation de l’application. Puis il rendra progressivement toutes les fonctionnalités accessibles par la voix : les appels, bien sûr, gratuits comme ailleurs, mais surtout les messages vocaux qui peuvent prendre la forme d’une bande audio allant jusqu’à 59 secondes, les publications sur un fil social où textes, photos mais aussi enregistrements sonores sont promus.

Malgré un certain succès, Mamadou Gouro Sidibé, qui dit avoir investi une centaine de millions de F CFA dans l’affaire et dépendre d’aides familiales pour continuer, a besoin d’investisseurs. Il finalise actuellement le dossier qu’il présentera à différents prospects à partir du mois de mars. Plusieurs ONG maliennes se sont dites intéressées par la possibilité d’utiliser Lenali pour des campagnes de sensibilisation sur des sujets de santé publique par exemple (Sida, Ebola…). Les opérateurs télécoms sont eux aussi dans le viseur.

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