Remplir le lac Tchad: le projet remis au goût du jour à Abuja

Le lac Tchad est menacé de disparition. D’après les experts, en un demi-siècle, la pluviométrie a diminué et la superficie du lac s’est réduite de plus de 90%, ce qui a eu un impact considérable sur les écosystèmes et l’économie de cette région.

La question de la préservation du lac Tchad sera donc au cœur des discussions à une conférence internationale consacrée au « sauvetage du lac Tchad » qui débute ce 26 février à Abuja, au Nigeria.

L’on apprend que les chefs d’Etat du bassin du lac Tchad (Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun)veulent lancer une « bonne fois pour toutes » ce projet de sauvetage.

L’entrée en scène, il y a un an, de la société chinoise Power China, connue pour avoir participé à la construction du barrage des Trois-Gorges, au cœur de la Chine, avait relancé les spéculations. Le projet de remplir le lac est énorme, incertain et controversé. Il consiste au transfert des eaux du fleuve Oubangui vers le lac Tchad via un canal créé pour l’occasion.Les ingénieurs de la société d’ingénierie Bonifica ont calculé qu’il suffirait de 50 milliards m3 pour remplir le lac Tchad. « Cela va coûter très cher, mais c’est indispensable. », a lancéle président nigérien, Mahamadou Issoufou.

« Power China n’a pas terminé les études de faisabilité », tempère Abdoulaye Ibbo Daddy, le directeur de la communication de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), signataire de l’accord avec le groupe asiatique.Rien à ce jour n’a filtré sur les prévisions budgétaires.

Cet immense oasis fait vivre près de 40 millions de personnes. Il est, en plus, devenu un enjeu politique dans un contexte de guerre contre BokoHaram. Le groupe terroriste s’est implanté dans les pourtours du lac Tchad. Ses cadres y bénéficient du soutien de la communauté de pêcheurs, délaissée par les Etats, et ont infiltré les circuits économiques transfrontaliers.

Du côté tchadien du lac, la levée de l’interdiction de la pêche en août 2017 a été suivie d’une série d’assassinats sur les îles et sur les rives. « La sécurité s’améliore, mais la guerre n’est pas finie. Toute la région est bouleversée sur le plan économique et les effets du changement climatique inquiètent », confie Adoum Forteye Amadou, le gouverneur tchadien du lac. Mais les Etats ne peuvent plus assurer la sécurité sur les routes et de nombreux villages se sont vidés de leur population.

Lui-même visé par les attaques de BokoHaram, l’émir de Kano, la grande ville du nord du Nigeria, pense néanmoins détenir la solution. « Pour moi, la priorité, c’est de faire revenir l’eau dans le lac Tchad pour relancer l’agriculture et la production électrique », dit Lamido Sanusi Lamido, chef traditionnel et économiste de renom.

L’élite dirigeante reste hantée par le spectre d’un assèchement du lac Tchad, accéléré par le changement climatique. Une crainte qui remonte au début des années 1970, marquées par les grandes sécheresses et des famines.

A ce moment-là, la surface des eaux se rétracte. Le grand lac Tchad devient le « petit lac », marécageux et peu profond. Il se scinde en deux : une cuvette nord désormais peu alimentée en eau, et la cuvette sud, directement nourrie par le fleuve Chari et la rivière Logone.

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