Dette africaine: la presse allemande tire la sonnette d’alarme

À l’issue de la conférence de Munich qui s’est déroulée en Allemagne au cours du dernier week-end, la presse allemande s’est inquiétée de l’endettement d’un certain nombre d’Etats africains.

Pour elle, la dette des pays d’Afrique subsaharienne augmente rapidement. « Dans la moitié des pays d’Afrique subsaharienne, l’endettement financier a grimpé très rapidement ces dernières années (…) En moyenne, ça représente plus de 50% du PIB », dresse-t-elle.

Le service de la dette – soit la somme que ces nations doivent payer chaque année pour honorer leurs dettes -, s’élèverait à 30% des recettes des États en 2016, et serait passer à 35% en 2017.

Le journal Neue Zürcher Zeitung appelle à une réaction rapide sur le continent, sous peine d’une nouvelle « décennie perdue ». La presse pointe du doigt les prix des matières premières qui chutent depuis 2014 et aux prêts, parfois trop excessifs, négociés par certains Etats.

« Pour les plus optimistes, il n’est pas trop tard pour réagir. Commente un journaliste du Neue Zürcher Zeitung. Mais il faut pour cela très rapidement investir dans des politiques à long terme ». « Il faut investir, dans des économies qui rapportent. Conseille-t-il. Cela veut dire pas seulement dans les matières premières mais dans des secteurs moins sensibles aux variations de prix : la fabrication de produits, les services ou encore l’éducation ».

Pour la presse allemande, les gouvernements africains sont souvent plus préoccupés par les crises politiques que l’économie. Le Tageszeitung par exemple, prend pour cas le Tchad.

« Le pays de 14 millions d’habitants est empêtré dans une grève générale depuis le début de l’année », rappelle le journal. « Le Tchad a du pétrole, mais les bénéfices ne sont pas investis et même si le pays a l’armée la plus puissante de la région, beaucoup d’habitants sont tout simplement pauvres, parfois trop pour faire grève », raconte le tageszeitung qui dépeint une situation économique préoccupante.

Bien avant la presse germanophone, l’agence américaine de notation Moody’s, dans un récent rapport alertait déjà sur le risque de défaut des économies les plus endettées en devise. Le Gabon, le Ghana, la Zambie et dans une moindre mesure le Kenya et l’Angola ont été cités.

« Ces pays pourraient avoir des difficultés à rembourser leurs dettes externes contractées auprès des marchés financiers et connaitre des crises économiques au cours des prochaines années, comparables à celles qui ont frappé le continent à la fin des années 1990 », s’alarmait Moody’s.

Comme le rappelle l’agence, « le début de la décennie 2010 a vu un certain nombre de gouvernements d’Afrique subsaharienne émettre des obligations souveraines sur les marchés internationaux de capitaux ». Le pic d’émission de dette en 2014 a coïncidé avec les premières difficultés des émetteurs souverains, la dynamique économique en Afrique subsaharienne s’étant essoufflée en raison du ralentissement de l’économie chinoise et de la baisse du prix des matières premières.

L’agence de notation conclut toutefois sur une note optimiste en indiquant les émetteurs souverains d’Afrique subsaharienne n’ont pas intérêt à faire défaut, étant donné son coût en terme de réputation auprès des marchés financiers.

Plusieurs États, tels que le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Rwanda, et le Kenya, ont d’ores et déjà fait le choix d’entrer dans des programmes FMI pour se préserver ainsi un accès à la finance internationale.

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