Crypto-monnaie: le bitcoin va-t-il conquérir l’Afrique ?

Le bitcoin a fait son apparition il y a dix ans et s’impose progressivement sur le marché monétaire. Depuis 2008, cette monnaie a flambé et suscite l’attention des utilisateurs et de nombreux curieux. Le fait est que sa valeur s’accroit chaque année au point où un bitcoin vaut désormais plus de 1000 dollars.

En Afrique, le phénomène n’est pas nouveau. Il faut rappeler que dans les pays comme la Tunisie l’utilisation de la crypto-monnaie se fait depuis 2000. Des utilisateurs tunisiens font des opérations avec l’e-dinar, la monnaie virtuelle reconnue dans le pays.

A Naïrobi, il existe aussi des passionnés de crypto-monnaie qui l’utilisent sur le marché. Certains Kenyans utilisent en effet le Nurucoin, la première crypto-monnaie africaine. En Ouganda, des informations confirment l’adoption prochaine d’une réglementation sur la question. L’Etat veut en effet encadrer l’utilisation des crypto-monnaies, notamment le bitcoin.

Au Ghana, le secteur n’est pas encadré. Des jeunes comme Elisha Akyaw sont d’ailleurs une référence dans la technologie blockchain. Ce dernier a 16 ans et il dirige Token Media, une société marketing de crypto-monnaie qu’il a créée l’année passée. Ses activités lui ont déjà permis de recueillir près de 40 millions de dollars en vente de crypto-monnaie.

Le bitcoin, une mine d’or ?

Au Togo, l’utilisation des crypto-monnaies n’est pas encore rentrée dans les habitudes. Certains passionnés de l’informatiques et de services financiers s’y donnent malgré tout. Il leur est possible de vendre ou d’acheter des bitcoins en ligne. C’est le cas d’un étudiant en droit à l’université de Kara qui fait depuis plusieurs mois du trading de bitcoins.

Ces activités en ligne lui permettent d’ailleurs de subvenir à ses besoins. Il y gagne plus de 300000 FCFA par mois. « Le bitcoin est presque une mine d’or. Il faut maîtriser les contours et vous pouvez gagner beaucoup », affirme-t-il. Ce jeune togolais ajoute que grâce au blockhain le bitcoin comme d’autres crypto-monnaies sont une option sûre.

Dans la sous-région ouest-africaine des transferts de bitcoin sont disponibles dans presque tous les pays. Au Nigéria, le bitcoin est utilisé pour les opérations de vente et d’achat. Le bitcoin a notamment été utilisé pour des transferts d’argent avec un bon taux de change lors de la dernière crise monétaire qu’a subit le pays.

Des plateformes d’achat et de vente

Chose importante, c’est que des plateformes sont créées sur le continent pour l’achat du bitcoin. A Lagos, il existe la plateforme « Tanjalo » créée par un Tim Akinbo. Ce Nigérian, informaticien de formation mise désormais toutes ses activités professionnelles sur les crypto-monnaies.

Selon lui, le bitcoin est une aubaine pour l’Afrique où la bancarisation est encore faible. Une grande opportunité pour le continent qui peut se servir de cette monnaie pour développer son commerce. « Si je suis un homme d’affaires et que je veux vendre un produit via internet sur l’ensemble de la planète, c’est compliqué difficile pour moi de me faire payer. Donc c’est un défi intéressant qui, selon moi, peut être relevé grâce aux crypto-monnaies. », explique Tim Akinbo.

La plupart des créateurs de plateforme d’achat de bitcoin déclare que cette monnaie virtuelle peut aussi être économie avec une bonne gestion. « C’est bien plus rapide, c’est beaucoup moins cher que par les circuits bancaires et cela dépend vraiment des sommes que vous traitez. Le bitcoin est pratique pour les sommes inférieures à 1000 dollars », rappelle Tim Akinbo.

Luno, la référence sur le continent

En termes de plateforme célèbre d’échanges de bitcoin sur le continent, on peut évoquer Luno. Créée en Afrique du Sud, la plateforme attire de plus en plus d’utilisateurs. Les activités de Luno ont débuté en 2013 année de sa création. Selon les informations, les stratégies développées par la plateforme lui ont permis d’atteindre des objectifs inespérés. Il faut dire que Luno est soutenu par d’autres sociétés spécialisées dans les transferts d’argent et les services informatiques et financières. L’avantage aussi est que Luno peut compter sur des banques comme Asba Bank d’Afrique du sud qui s’est ouvert aux crypto-monnaies.

Marcus Swanepoel qui dirige Luno explique que la plateforme est utilisée dans une quarantaine de pays. Luno veut être présent partout. Elle dispose de 1,5 million d’utilisateurs dont des Nigérians et des Sud-africains. La plateforme envisage conquérir d’autres marchés émergents. Mais « nous voulons dès 2025 atteindre 1 milliard d’utilisateurs. Le Bitcoin est si ouvert et global, c’est vraiment un objectif réalisable et nous sommes ravis de le poursuivre», affirme Marcus Swanepoel.

Absence de garanti

Malgré les réelles opportunités qu’offre le bitcoin, certains spécialistes estiment qu’il faut savoir l’utiliser. Ils déclarent que cette crypto-monnaie n’a aucune garantie et n’est gagée sur aucune valeur. Un spécialiste nigérian des questions monétaires explique par exemple que le bitcoin n’est pas garanti par un Etat en particulier. Il ajoute que les utilisateurs peuvent à tout moment perdre leur monnaie. Ses propos sont confirmés par Nanga Koné également spécialiste dans le transfert d’argent. « Aujourd’hui on peut posséder 10 000 dollars ou 10 000 euros en bitcoins, mais vous ne savez absolument pas pourquoi demain ça peut descendre à trois cents ! Vous n’avez aucune justification économique de la chose. A partir de ce moment-là, c’est trop risqué à mon goût », confie-t-il.

C’est pourquoi les détracteurs de la crypto-monnaie réfutent qu’on l’utilise pour les transferts d’argent. « Vous avez un client canadien qui vous donne de la crypto-monnaie pour un client en Côte d’Ivoire, du jour au lendemain vous avez 70% de variation », présente Manga Koné avant d’ajouter : « Et le client est perdant car généralement l’opérateur de transfert va toujours se protéger en disant qu’il transfère cette valeur-là à condition que le marché ne varie pas d’une certaine amplitude. »

Interdiction pour des raisons sécuritaires

A ces inquiétudes s’ajoutent les résultats les résultats d’une étude réalisée par des chercheurs des universités de Riga et de Sidney. Les universitaires expliquent de leur côté que « 44% des transactions mondiales effectuées en bitcoins interviennent dans le cadre d’activités illégales ». A cause des risques liés à l’utilisation des crypto-monnaies, les autorités marocaines ont décidé d’avoir le contrôle de leur système monétaire. Le Maroc a donc interdit il y a plus de trois mois l’utilisation de crypto-monnaies sur son sol.

Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale du pays a justifié cette interdiction par le fait que le bitcoin n’est pas une monnaie car il n’obéit pas aux trois fonctions d’une monnaie. « Une monnaie doit être un moyen de paiement, une réserve de valeurs et un instrument d’épargne », ajoute-t-il. Précisons que l’Algérie a également interdit les crypto-monnaies pour des raisons sécuritaires.

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