Emmanuel Pi Djob: le prince du gospel veut conquérir son Cameroun natal

Emmanuel Pi Djob est un artiste camerounais qui a fait presque toutes ses classes en France. Arrivé en Europe à l’âge de 20 ans, il poursuit ses études et la carrière musicale entamée au pays. Le prince de l’ethnie Ndog Sul-Bassa demeure dans le registre gospel, crée des groupes et révolutionne ce rythme musical en Espagne et en France entra autres. Près de 35 ans plus tard il vient se produire au Cameroun. La conquête du bercail est le nouvel objectif professionnel du maître après le triomphe en Occident. Il a commencé courant octobre 2017 par un concert mémorable à Douala.

Portrait d’une force tranquille et discrète    

C’était il y a exactement 5 ans. Le 23 février 2013, Emmanuel Pi Djob effectuait une entrée fracassante au concours de musique « The Voice, la plus belle voix »  rendu à sa deuxième saison. Son interprétation du titre « Georgia on my mind » électrisa les quelques 8,7 millions de téléspectateurs branchés sur ce programme de la télévision française TF1. Le jury dans sa totalité fut lui aussi séduit. Et face à l’embarras du choix d’un coach, le crack camerounais jeta son dévolu sur l’artiste canadien Garou. Le natif de la localité de Dibang au Cameroun chemine ensuite jusqu’en demi-finale. Toujours avec la même virtuosité, la même « gnak », caractéristique des artistes ressortissants  de ce pays d’Afrique centrale.

Lui artiste confirmé, formateur réputé, avait décidé de retourner à l’école du chant. Il s’y est mis avec humilité et en est ressorti avec de nouvelles connaissances. « L’émission, et les coachs, m’ont appris la rigueur, et à simplifier. En général, lorsque l’on est le seul maître à bord, on laisse filer toutes les idées qui viennent… Là, l’émission m’a obligé à dire l’essentiel en 2 minutes 30. Cela a été pour moi une belle leçon. Que l’on aime ou pas, c’est tout de même une émission qui est très bien produite, et où, techniquement, on ne trouve pas mieux. Une fois que l’on y est, il faut jouer le jeu. Au début, je traînais un peu les pieds, c’est vrai… Mais au bout de la deuxième émission, j’ai compris que c’était plus efficace de jouer à fond. En restant moi-même », relève celui dont le nom complet est Emmanuel Pierre Djob.

Au nom du gospel

Lorsqu’il décide de concourir à « The voice, la plus belle voix », l’ancien étudiant de droit et d’économie à Toulouse et Orléans a 50 ans et est déjà un artiste confirmé. Sa carrière commence au pays, dans la capitale, Yaoundé. C’est là-bas qu’il crée avec d’autres étudiants africains venus étudier au Cameroun, le Bayembi’s International. Cap ensuite sur la France à l’âge de 20 ans. Djob, un des initiateurs du mouvement Go-gospel en Europe, va mettre sur pied  avec le concours de chanteurs camerounais et français le groupe Black & White Quartet. Il grandira dès l’entame de la décennie 90  et deviendra Black & White Gospel Singers. Il évolue encore et devient à la faveur de son orientation vers l’international Black & White Xperience. Emmanuel Pi Djob chante régulièrement comme soliste avec Gospel Pour Cent Voix. On le verra créer des chœurs d’amateurs dont le Gospelize It ! Mass Choir,  le Gospel Move, le chœur Montaud Vocal.

Le Camerounais qui chante presque toujours en anglais entame une carrière solo en 2010. Il pratique alors une musique teintée des rythmes blues, soul et funk avec une influence afro-américaine du gospel. Le premier spectacle solo de Pi Djob se fait avec le support From Jailnight to light, un titre tiré de l’album Seven minutes et des Solidarités d’Afrique. En tout, Pi Djob compte 6 albums solo, autant en groupe. Il a aussi mis sur le marché 3 singles, signé 10 participations et featurings. Ses œuvres ont fait office de musique pour 4 films. 5 spectacles ont été édités sur DVD. Ils couvrent la période 2010-2016.

Voici comment Pi Djob a expliqué sa passion du gospel : « c’est le Gospel qui m’a choisi. Ce n’est pas moi qui ai choisi le Gospel. Il s’est imposé à moi. J’ai fait partie d’une chorale qui existe encore à Yaoundé. Là-bas, cette musique arrivait à parler de la spiritualité que je sentais vivre en moi. Elle arrivait à parler de l’Africain que je savais que j’étais, même s’il a été influencé par la colonisation. Sur le plan technique, c’est l’une des musiques les plus exigeantes au monde. Quand vous entendez les Afro-américains chanter, tous les grands sont venus de là…. Même les nouveaux qui essaient de faire comme si les anciens n’existaient pas sont venus de là. Il faut à un certain moment reconnaître que cette façon de chanter, de s’impliquer artistiquement forment des génies ».

Amoureux du Cameroun

Consacré en occident, l’artiste a décidé d’aller à la conquête de son pays natal, le Cameroun. Le discret maître du gospel est revenu chanter au bercail le 21 octobre 2017. L’initiateur parmi en Espagne, en France, en Europe et ce à travers de nombreux concerts avait « soif de communier avec le public de ses origines », résumait une consoeur à l’époque. L’homme est si attaché à son pays qu’il en a gardé la nationalité en dépit des tracasseries qu’ont pu lui causer son statut d’étranger en Union européenne. « Pour voyager c’est compliqué parce qu’il faut les visas, parfois pour les Etats-Unis ça prend des mois. Mais Manu Dibango l’a bien fait. Cette année on s’est rencontré au mois de mai, alors que j’étais en train de vouloir prendre la nationalité française. Si lui Manu a réussi à voyager à travers le monde entier pendant cinquante ans avec sa nationalité camerounaise, ça veut dire que c’est possible. C’est une question de volonté, d’organisation. Je ne nie pas qu’il y a des difficultés. Pour dire de manière un peu ironique, c’est une fierté un peu mal placée parce qu’il y a des moments où j’en souffre. Je me souviens d’une situation un jour. Je devais être en concert avec mon groupe et mon groupe a passé la frontière, pas moi. C’était en Europe. Je devais aller de l’Italie en Serbie et je n’avais pas de visa. J’ai gardé la nationalité camerounaise parce que tout ce que je sais, je l’ai appris au Cameroun. Je ne suis pas un étranger, même si je vis à l’étranger », expliquait ce prince de l’ethnie Ndog Sul-Bassa  à la presse de son pays.

Emmanuel Pi Djob s’est tournée vers l’afro-soul, un rythme puissant et jonché par une  densité des pulsations africaines. N’allez pas croire qu’il abandonne le gospel. « Je n’ai jamais changé de style. Je continue à pratiquer le Gospel. J’ai un groupe de Gospel que j’ai monté. A chaque fois que je rentre au Cameroun, je retourne à l’église où on avait l’habitude d’aller pendant mon enfance. Je chante avec la chorale. Encore une fois je tiens à dire que le  Gospel n’est pas un style. Je n’ai pas changé de style. Le Gospel est la base à partir de laquelle je construis tout le reste de la musique. C’est une base spirituellement solide, musicalement solide aussi. Je peux me permettre de faire tout et n’importe quoi puisque je sais que ma base est solide. Je n’ai pas abandonné le Gospel je m’exprime juste autrement, j’écris des textes qui ne parlent plus forcément du thème religion parce que le monde n’est pas que religion », expliquait-il encore à un public Camerounais qui attend désormais avec impatience ses prochaines œuvres et ses prochains séjours au bercail.

Emmanuel Pi Djob

Ecrit par Pierre Arnaud Ntchapda

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