EXCLU/Laurence Ndong: « aucune dictature ne peut tenir face à un peuple déterminé »

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Activiste engagée pour la cause des opprimés, la Gabonaise Laurence Ndong, ne manque pas l’occasion de s’afficher aux côtés des activistes d’autres pays, outre que ceux de son Gabon natal. Elle a plusieurs fois manifesté à Paris avec les Togolais de la diaspora contre le régime de Faure Gnassingbé. Elle a bien voulu répondre à certaines questions aussi bien sur sa vie personnelle que son engagement militant, dans un entretien exclusif accordé à Africa Top Success

Bonjour Laurence Ndong et merci d’avoir accepté répondre à nos questions

Merci à vous.

Tout d’abord, qui est Laurence Ndong ?

Je suis une femme qui a décidé de ne pas rester spectatrice de ce qui se passe dans son environnement. Le monde est ce que les humains décident d’en faire. Soit on décide de s’impliquer pour l’influencer positivement, soit on subit. Si je ne peux pas changer le monde, je peux créer un monde différent dans la vie de ceux qui m’entourent. Sur un plan professionnel, je suis enseignante de Sciences de la Vie et de la Terre, et titulaire d’un Doctorat en Didactique des sciences expérimentales. Je fais des recherches dans ce domaine. Je suis aussi Pasteur, Conférencière, et militante engagée pour l’alternance démocratique en Afrique pour un développement durable.

En dehors de votre casquette d’enseignante chercheuse, de Pasteur,  vous êtes connue comme une activiste convaincue des droits de l’Homme. Dites-nous ce qui vous a poussé à vous engager sur ce terrain ?

Le monde renferme suffisamment de richesses pour que chaque être humain puisse avoir ses besoins pourvus. La misère dans le monde est le fait d’une mauvaise redistribution des richesses dans le monde. Certains choisissent de tout prendre pour eux et rien pour les autres. Quand un peuple est opprimé par un autre peuple, cela se comprend plus facilement, même si cela reste tout de même odieux et ignoble. C’est ce qui s’est passé avec l’esclavage et la colonisation. Mais comment comprendre que des peuples soient avilis, asservis, opprimés par leurs propres dirigeants ? C’est inacceptable. Il m’est impossible de rester insensible à toutes ces injustices. Le paradoxe gabonais est vraiment odieux. Un pays si riche avec une très faible population (1,5 millions d’habitants) immensément pauvre tandis que la famille régnante depuis près de 50 ans immensément riche avec son oligarchie. C’est mon peuple. La misère qui lui est imposée, moi je l’ai côtoyée et je continue de la côtoyer. J’ai donc décider de me battre avec les moyens dont je dispose.

Gabonaise d’origine, vous donnez par vos actions, de l’insomnie non seulement à Ali Bongo mais aux autres « dictateurs » africains. Ça ne vous arrive pas souvent d’avoir peur pour votre vie et celle de votre famille ?  

Il y a des combats que l’histoire nous impose et auxquels on ne peut échapper. Il s’agit de se battre pour l’amélioration des conditions de vie de plusieurs peuples. Le règne des dictateurs repose sur la peur qu’ils imposent aux peuples. Quand on le comprend ainsi, on réalise la première arme contre eux, est d’être délivré de cette peur. Non, je n’ai pas peur d’eux. Ce sont des êtres humains indignes de notre humanité parce qu’ils profitent de leur position dominante pour voler, opprimer et tuer. Non, ils ne me font pas peur. De toute façon, ils ne sont pas éternels non plus. On en connaît qui sont déjà morts non ? Eyadema, Omar Bongo Ondimba, Mobutu, Samuel Do et les autres sont où ?

Vous êtes aujourd’hui l’opposante N°1 d’Ali Bongo que vous avez pourtant soutenu dès le départ. Pourquoi cette rupture « retentissante » ? 

Je n’ai pas soutenu Bongo Ondimba Ali (BOA) en 2009, c’est une fausse information.  J’étais assez sceptique. Mais, en 2012 avec la publication du Plan Stratégique Gabon Emergent (PSGE), j’ai décidé de leur accorder le bénéfice du doute, j’ai donc accepté d’intégrer la fédération du parti de boa en France. Lorsque j’ai été contactée par ce parti, il était question qu’il y ait un travail de fond qui allait se faire tant au niveau du parti que du pays. L’objectif pour moi était en les côtoyant qu’ils réalisent qu’il y a des gabonais qui sont différents, que tout le monde n’est pas achetable. Je les avais prévenus que je ne ferai pas de la politique politicienne, je n’appellerai pas blanc ce qui est noir et noir ce qui est blanc, d’une part. D’autre part, il me fallait mieux comprendre leur fonctionnement, leurs modes de pensée. Quand j’ai vu de près que ces gens ne voulaient vraiment pas construire le Gabon, qu’ils ne se soucient nullement de la population et que leur unique objectif c’est l’enrichissement personnel, j’ai démissionné après 3 ans, le 20 mars 2015.

Vous avez écrit un livre très intéressant intitulé « Gabon, pourquoi j’accuse… ». Parlez-nous en brièvement et de ce qui vous a poussé à l’écrire.

En quittant le parti de BOA, il était important pour moi d’expliquer aux Gabonais et au monde ce que j’y avais vu et les leçons que j’en avais tirées. Pour bien combattre un adversaire, il faut le connaître. Le combat pour le Gabon et pour l’ensemble des dictatures va au-delà du simple changement de celui qui gouverne. Il y a des représentations et des pratiques, l’inversion des valeurs qui se sont répandues dans l’ensemble de la société et qui, si elles ne sont pas bien identifiées et corrigées vont faire perdurer le système. Le nouveau dirigeant sera fortement combattu, y compris par les populations, tant elles auront été familiarisées avec le fonctionnement anormal de la dictature. Ce sont ces représentations, ces pratiques, cette inversion des valeurs que je voulais montrer et proposer ma réflexion pour la construction d’un autre Gabon, un Gabon dans lequel il fait bon vivre pour tous et qui sera aux yeux du monde et des nations amies digne d’envie.

Le Gabon et le Togo sont des pays « frères » dans le sens où les actuels présidents ont succédé à leur papa. Aussi les deux n’ont pas visiblement le désir de lâcher très vite leur « trône ». Dites-nous, est-ce que l’alternance est aujourd’hui possible dans ces deux pays-là par la voie des urnes ?

Dans aucune dictature, l’alternance ne peut venir des urnes seules, sinon, les Faure Gnassingbé et les Bongo Ondimba Ali ne seraient plus au pouvoir. Les dictateurs organisent des élections pour se donner une image de démocrate, faisant de leur pays des « démocratures », c’est-à-dire des dictatures avec des institutions dites démocratiques, mais qui en réalité, sont aux ordres et n’œuvrent que pour le maintien de la dictature. Une dictature ne tombe que par un coup d’état militaire ou par une révolution citoyenne. Le coup d’état installe la violence à la tête de l’État et reconduit souvent une autre dictature. Le moyen le plus sûr c’est la révolution citoyenne parce que ce sont les citoyens qui s’autodéterminent et prennent en main leur destinée et celle de leur pays. Quand elle est bien préparée et bien menée, une révolution citoyenne non-violente a plus de chance de placer le pays sur les bases d’une vraie démocratie.

Faure Gnassingbé depuis août 2017 fait face à une contestation sans précédente. Mais, face aux populations aux mains nues, sa soldatesque a opposé une répression terrible.  Vous aviez suivi tout ça de près et vous aviez même manifesté aux côtés des Togolais de la diaspora. Dites-nous, quel regard portez-vous sur le régime Togolais ?

Le régime de Faure Gnassingbé incarne tout ce contre quoi je me bats. C’est une odieuse dictature qui, repose, comme toutes les autres, sur le clientélisme, le népotisme, la violence d’État et le pillage des ressources du pays au profit d’une minorité. Faure devrait comprendre que le temps des dictatures est révolu. Il y a eu une période pour les indépendances, même si ces dernières sont à revoir ; maintenant, c’est le temps de la vraie libération des africains.

Pensez-vous que le dialogue politique amorcé entre le pouvoir et l’opposition peut aboutir à une sortie de crise ?

Le consensus va être difficile à trouver parce qu’il y a deux positions inconciliables. Faure Gnassingbé et ses sbires qui veulent rester au pouvoir et l’opposition qui veut absolument leur départ. Quelqu’un devra plier. J’espère de tout cœur que ce ne sera pas l’opposition. Faure doit partir, Faure must go, c’est le temps.

Vous avez entre temps fait une vidéo pour soutenir des membres du mouvement de la société civile Nubueke qui ont été arrêté juste pour leur opinion et pour avoir distribuer de l’eau aux manifestants. Ils sont toujours gardés en prison malgré l’insistance de la médiation Ghanéenne qui demande leur libération. Qu’avez-vous à dire à leur sujet ?

Ce qui leur arrive est malheureux. Pour eux et leur famille. Mais cela est tout aussi malheureux pour le régime de Gnassingbé qui montre bien aux Togolais qu’il n’a plus rien à leur offrir si ce n’est le malheur. Cet emprisonnement arbitraire honore ces militants. Henry David Thoreau disait : « sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place d’un homme juste est en prison. »  Ils ne doivent pas brader leur combat parce qu’il est noble et ce sont eux qui sont du bon côté de l’histoire. Les autres, leurs tortionnaires et geôliers, finiront dans les poubelles de l’histoire, même leurs descendants auront honte de porter leur nom. Ils ont toujours mon entier soutien et je réclame une fois de plus leur libération immédiate et sans condition.

Le Congo aussi connait des situations difficiles avec Kabila qui veut pas quitter le pouvoir et veut s’imposer par la force des armes. N’est-ce pas triste tout ce qui se passe ? mais la communauté internationale semble impuissante devant lui.  Comment cela s’explique ?

La Communauté Internationale a d’autres chats à fouetter. Comme je l’ai écrit dans mon livre « Gabon, pourquoi j’accuse… », qui va se soucier d’un peuple que ses propres dirigeants oppriment ? on appelle au secours ceux que l’on a accusé de vouloir nous détruire par l’esclavage et la colonisation. Nous voir opprimés par nos propres dirigeants apaise leur conscience. Avant de se tourner vers la Communauté Internationale, que dit l’Union Africaine ? La Communauté Internationale s’en réfère à l’Union Africaine qui elle se tait. Je salue la détermination du peuple congolais qui ne baisse pas les bras malgré la répression et l’église catholique qui se bat au côté de ce peuple. Je suis de tout cœur avec eux.

Vous êtes également experte en science de l’éducation. On constate que les dirigeants africains n’accordent pas une importance capitale à l’éducation dans leur pays, alors qu’elle est sans doute la clé du développement. N’est-ce pas une aberration ?

Toute dictature se sert de l’ignorance des populations pour les asservir. Un peuple instruit représente un danger pour toutes les dictatures. C’est pourquoi, ceux qui se battent pour le peuple doivent utiliser tous les moyens dont ils disposent pour instruire les populations.

Que proposez-vous surtout pour que la jeune fille africaine ait accès une éducation de qualité ?

Compte tenu des lacunes de nos gouvernements en matière d’éducation, j’encourage les jeunes filles à s’instruire par tous les moyens. Nous sommes à l’ère des réseaux sociaux. Que celles qui peuvent avoir accès à Internet s’en servent pour s’instruire et pas simplement pour des futilités comme aller chercher des maris vivant en occident. La vraie réussite est celle que l’on construit avec sa tête.

Votre mot de fin

Aucune dictature ne peut tenir face à un peuple déterminé, organisé et débarrassé de la peur. Face aux dictatures, la victoire des peuples est certaine.

 

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