Cameroun: William Elong, le petit génie qui fabrique des drones  

Si vous voulez vous faire fabriquer des drones, allez au Cameroun. Là-bas, Wlliam Elong, un entrepreneur de 25 ans a lancé une unité de productions de ces appareils volants aux fonctions multiples. Voilà deux mois ce surdoué, bachelier à 15 ans et bardé de prestigieux diplômes universitaires a présenté le fruit des travaux de son équipe à la ministre des postes et télécommunications du Cameroun : trois drones fabriqués en grande partie au Cameroun. Il veut décomplexer l’Afrique et les Africains en limitant leur dépendance vis-à-vis des autres continents sur les plans économique et technologique. Portrait d’un jeune Africain qui innove.     

Le  2 février 2018 William Ndja Elong, jeune scientifique camerounais de 25 ans présente les drones qu’il vient de concevoir. Le surdoué le fait au cours d’une cérémonie solennelle, présidée par la ministre camerounaise des postes et télécommunications. Minette Libom Likeng va saluer le génie de son compatriote. « Vous pouvez être fier de vous William Elong. Car vous faites aujourd’hui la fierté du Cameroun. C’est un exemple à suivre. Le numérique, c’est le secteur d’avenir  et il est une porte ouverte pour les jeunes. Même si vous n’êtes pas un expert en TIC, vous pouvez y arriver », dit l’ancienne patronne des douanes camerounaises. Le héros du jour se montre touché par ces mots et cette attention du gouvernement de son pays. « Elle a fait le choix de soutenir une jeunesse qui se bat pour ses rêves. Elle nous a ouvert des portes qu’on n’aurait jamais osé franchir », réagit le jeune homme, à l’origine du projet révolutionnaire né en juillet 2015.

Ce jour-là le promoteur de la start-up Will & Brothers, spécialisée dans l’intelligence économique et l’innovation technologique, présente les drones que ses collaborateurs et lui ont fabriqué. Trois drones phares dont l’un à voilure fixe qui a une portée de 20 kilomètres et plus de 45 minutes d’autonomie. Son nom de baptême est « Algo ». Le deuxième, un hexacoptère que ses concepteurs ont appelé « Logarithm ». Le troisième surnommé Sanaga, du nom du fleuve le plus long du Cameroun, est un drone terrestre. Elong a créé l’application  « Drone Africa », censé révolutionner de nombreux aspects des nouvelles technologies en Afrique.

 Précoce, génial et déterminé

Il aimerait par exemple que les pays africains confectionnent eux-mêmes leurs cartes au lieu de débourser les fortunes qui vont dans les poches d’experts étrangers. Il pense que les drones « peuvent également célébrer la beauté architecturale de nos villes ou couvrir des foires, des défilés, des événements qui valoriseront la culture locale à l’internationale ». Car  « après tout, l’image d’un pays est un élément décisif de son développement économique. J’aimerais que l’Afrique ait des yeux dans le ciel », déclare-t-il chez un confrère. Pour lui, le continent devra encore attendre pour atteindre les sommets en ce qui concerne l’intelligence économique. C’est selon lui la condition sine qua non « pour se faire une place de choix sur l’échiquier mondial ». William Elong  veut briser ce qu’il appelle «  le complexe d’infériorité des jeunes Africains vis-à-vis de l’étranger ». Il a déjà reçu des commandes de drones. Et tient à faire savoir que ses collaborateurs et lui ’ne fabriquent pas tout ce qui compose ces appareils. Les Camerounais se chargent des logiciels, du design, des capteurs et du paramétrage du drone

En 2017, William Elong a obtenu au terme d’une opération de levée de fonds 105 millions de Francs Cfa. Un gros succès pour sa start up créée en 2014. Un succès qui ne doit pas surprendre pour ceux qui connaissent le parcours du promoteur, jonché de coups d’éclat de tous ordres.

L’entrepreneur naît à Ebone, dans la région du Littoral. Le père du projet « Drone Africa »  est le première enfant d’une famille qui en compte cinq. Il obtient son baccalauréat à quinze ans, puis un double-diplôme de la Haute école de commerce de Yaoundé et de l’École supérieure de commerce de la Rochelle. Plus tard soit après trois ans, il devient le plus jeune diplômé en stratégie et intelligence économique de l’École de guerre économique de Paris. Plus jeune, Elong est attiré par l’informatique et l’astrophysique. Ce titulaire d’un MBA en intelligence économique dévore les livres d’histoire, les encyclopédies que lui balance son père. « Je voulais étudier une science qui me permettrait d’allier la technologie, l’histoire, les affaires, l’investigation et la psychologie. Il ne me restait qu’une option : l’intelligence économique », expliquera-t-il plus tard à Jeune Afrique. Revenu au Cameroun après ses études et un séjour professionnel en France, Wiliam Elong se forme aux drones en parcourant des publications sur Internet. Avec son premier concept réalisé sur Powerpoint le petit génie parvient à attirer les premiers partenaires. L’affaire démarre bien et  en 2016, Will and Brothers est 7ème  du le classement des 30 jeunes entrepreneurs africains les plus prometteurs publié  par le magazine américain Forbes. Il est le seul représentant de l’Afrique centrale avec le Gabonais Mark Doumba, co-fondateur de Clikafrik Group.

A la conquête de l’Europe et l’Amérique

Soucieux de voir l’Afrique relever le défi des nouvelles technologies et du développement,  William Elong appelle les dirigeants de ses Etats à privilégier la formation intellectuelle de leurs citoyens. Ceci sera, croit-il le seul moyen d’obtenir l’indépendance financière et économique qui cessera de faire des pays Africains d’éternels mendiants. «J’ai acquis mon expérience dans la défense et les nouvelles technologies auprès de groupes comme Thales, Nexter, Oracle. J’ai aussi côtoyé l’automobile avec Tratafric Motors, l’énergie avec la Sonara au Cameroun et les télécommunications avec Camtel»,  et plus loin: «Je pense que l’éducation est la clé. Plus les gens seront instruits, plus nous pourrons avoir des entreprises performantes et affronter les marchés sur la scène internationale à armes égales .On se plaint beaucoup de la classe dirigeante mais, on agit peu à notre échelle pour faire évoluer les choses. L’éducation est au cœur du changement rapide. Le second levier serait d’arrêter ou au pire de réduire de façon drastique les flux d’aide au développement. En plus d’être des outils de soft power, ils entretiennent une dépendance des économies africaines vis à vis de capitaux étrangers. L’économiste zambienne Dambisa Moyo dans son livre l’Aide Fatale démontre bien que l’aide au développement dans sa forme actuelle est contre-productive », déclarait-il sur le site africadiligence.com.

Elong pense à ouvrir deux branches de sa start-up aux Etats-Unis d’Amérique et en France. Son objectif trouver ses clients pour ses drones en Europe et en Amérique. « Nous voulons entrer sur les marchés européen et américain. Localement, la première levée de fonds [124 millions FCFA, Ndlr] nous a permis d’obtenir les résultats que vous avez tous vus : prendre des locaux, recruter des ingénieurs camerounais, acheter du matériel pour monter nos drones à Douala, etc. Maintenant, nous pensons que nous devons rapidement aller à l’international. Honnêtement, je suis convaincu que nous pouvons devenir les meilleurs au monde », confiait-il après la cérémonie du 2 février 2018. Il lui faudra pour cela trouver des moyens financiers importants. Une perspective qui ne l’effraie nullement.  « J’ai vu les drones fabriqués par les Occidentaux, lors d’un salon à l’étranger. Je peux vous assurer que certains grands fabricants utilisent le même matériel que nous avons utilisé dans notre usine de montage à Douala. La seule différence entre eux et nous, c’est l’accès aux capitaux pour la recherche et le développement, puis le marketing. C’est justement ce que nous voulons obtenir en allant à l’étranger, pour que nous puissions rivaliser à armes égales avec nos concurrents ».

Ecrit par Pierre Arnaud Ntchapda

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