Togo: les Zémidjan face à la consommation abusive du Tramadol, des témoignages poignants !

Malgré un contrôle strict, le Tramadol fait rage sur le continent. Apparu dans les années 2000, son addiction s’apparente de plus en plus à un fléau qui mine la société africaine. Si cet antidouleur est  généralement prescrit en cas de forte douleur ou après une opération, il est consommé sans ordonnance et sans avis médical dans plusieurs pays en voie de développement dont le Togo. Et ce sont les conducteurs de taxi-moto localement appelés « Zémidjan » qui en sont les gros consommateurs.

Selon les avis recueillis auprès de quelques uns, qui n’ont cessé de vanter les « bienfaits » de cet produit, il ressort que le Tramadol est transformé en drogue pour procurer de l’énergie, combattre la dépression, améliorer les rapports sexuels. Des vertus thérapeutiques qui contrastent malheureusement  avec les conséquences désastreuses sur la santé: l’addiction à la substance crée des troubles de la personnalité, des hallucinations, l’insuffisance rénale, ou des crises d’épilepsie.

S’il s’avère que sa consommation augmente la capacité de résistance à l’effort physique, l’on pourrait comprendre aisément ce qui fait courir autant des zemidzan men. De ce point de vue, il deviendrait ainsi le remède efficace contre l’accumulation de la fatigue, après des séquences de slalom et des tours d’acrobaties entre les voitures à longueur de journée.

Rattacher un point à un autre au bout de la ville avec un passager remorqué derrière, et parfois avec des bagages, relève d’un véritable parcours de combattant. La nuit tombée, l’on n’a qu’une seule envie: rentrer chez soi ! Mais, le remède-miracle est là, il à portée de main et ça se procure à vil prix, la tentation est grande. Alors pourquoi ne pas pas prolonger la soirée à la recherche des âmes en soirée, pour dégager des recettes importantes? Car le conducteur de taxi-moto étant lié au propriétaire de la moto par un contrat dénommé « Work and pay ».

Afin d’honorer son engagement vis-à-vis de son « patron », il s’adonne à la consommation de cette dérivée de la morphine, désignée dans leur jargon « Travailler, Manger et Dormir » ou encore le « Giga ».

« On le prend souvent dans une petite tasse de thé sans sucre, et quand vous le prenez, il vous blinde. Je peux travailler 24h sur 24 sans sentir la fatigue. Il vous donne de l’énergie pour affronter tout. Lorsque vous le prenez, vous vous sentez tellement fort que vous ne reculez devant rien », a confié un zémidjan, chez nos confrère de L’Alternative.

Très intéressé par la question, Kodjo Sovon est aussi un addict au Tramadol.  « Si je n’en prends pas, je ne peux pas conduire. Et cela ne me gène pas  de dire publiquement ce que beaucoup de mes camarades préfèrent taire », a-t-il laissé entendre.

A souligner que la dizaine de Zemidjans consommateurs, interrogés par la même source, dans le cadre d’une enquête, sont unanimes à confier qu’ils oublient leurs soucis en étant sous l’emprise du médicament illégal.

« Lorsque tu le prends, tu n’as plus envie de manger, tu n’as même plus faim pendant la journée », enchaîne un autre qui a requis l’anonymat. Et son camarade qui affirme l’avoir déjà pris deux fois ce jour-là renchérit : « Sans Travailler, Manger et Dormir, beaucoup d’entre nous ne peuvent pas circuler sous le soleil ardent de chaque jour ».

Vita, cité toujours par le bihebdomadaire togolais, va jusqu’à faire le portrait-robot de ses collèges consommateurs.

« Lorsque vous voyez des conducteurs en jean et habit très serrés se regrouper entre 10, 15, 20 voire plus, régulièrement autour d’un vendeur de café dans un endroit, il faut savoir qu’ils en consomment. Auparavant, ils achètent le café chez les vendeurs ambulants nigérians et y versent le Tramadol en gélule. Aujourd’hui, des cafétérias même en servent discrètement sur des codes », révèle-t-il

L’envers du décors: les consommateurs de cette substance qui fait perdre la tête s’exposent à des maladies sexuellement transmissibles (MST) et aux accidents de circulation. Ils sont portés sur la violence, le vol, le braquage, entre autres.

Quand au circuit de distribution, il est est informel. La raison est toute simple: les revendeuses de médicaments de rue qui en vendent souvent, sont traquées par les autorités compétentes. De facto, elles n’écoulent leurs produits sur le marché qu’à leurs clients fidèles ou à ceux qu’elles identifient être conducteurs de taxi-moto.

Provenant de l’Asie, le Tramadol de contrebande inonde l’Afrique de l’ouest, selon un rapport de l’Organe international de contrôle des stupéfiants, une agence de l’ONU, publié en 2015. Le même document informe qu’en 2012, entre février et octobre, plus de 132 tonnes sont saisies au Bénin, au Ghana, au Sénégal et au Togo.

 

 

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