Rencontre avec Christian Kouam, l’ingénieur qui a introduit la mécatronique automobile au Cameroun

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Les 16 premiers techniciens spécialisés en mécatronique automobile formés par un concessionnaire au Cameroun ont reçu leurs diplômes le 8 mai dernier à Douala. Ils ont appris leur métier à l’ Automotive service training academy, créée par le Docteur Christian Kouam. L’ingénieur de 44 ans est  le président directeur général d’Autohaus Cameroun qui représente la marque automobile allemande Volkswagen au Cameroun. C’est cet ingénieur en concession automobile qui a introduit la mécatronique, une discipline qui fait appel à la mécanique, à l’électronique, à l’’informatique et à la robotique. Après avoir effectué de brillantes études sanctionnées par un doctorat en management et gravi les échelons au sein du constructeur auto Volkswagen, l’ancien leader de la diaspora camerounais en Allemagne a décidé de revenir s’installer au bercail. L’ancien responsable des achats et des formations fait savoir qu’il revient au Cameroun pour changer la vie de nombreux jeunes camerounais et Africains. Pas question de « faire une belle carrière seul ».

Interview du pionnier

Qu’est-ce que la mécatronique ?

C’est un ensemble de mécanique, d’électronique, d’informatique  et de robotique. Mais quand j’ai dit cela on n’a toujours rien compris. Pour que les gens comprennent bien, je vais dire que la mécatronique c’est la science des machines d’aujourd’hui et de demain.  C’est-à-dire qu’aujourd’hui, toutes sortes de machines que ce soient les voitures, les ascenseurs ont de plus en plus de composantes d’électronique et d’informatique. La mécanique c’est seulement le fer. Elle n’a pas de système nerveux, elle n’a pas de cerveau. Le cerveau c’est l’électronique.  Pour avoir comme on dit le système, embarquer les automatismes, il faut donc de la mécatronique. Il faut la comprendre pour pouvoir dépanner ce genre de machines.

Vous êtes revenu d’Allemagne il y a quelques années. Vous avez décidé d’introduire la mécatronique  automobile au Cameroun. Comment évolue ce processus ?

Depuis un certain temps il y a une certaine évolution. J’ai apporté une systématique.  Il y a des gens dans ce pays qui se battaient bien avant que nous ne commencions. Mais il n’y avait pas de systématique de formation. Beaucoup de jeunes camerounais qui lisent beaucoup pouvaient déjà commencer à s’imprégner. Certains comprennent, d’autres pas du tout.  Mais ce n’était pas organisé. Ce que j’essaie de faire c’est mettre sur pied une méthodique surtout de formation pour qu’on puisse ne pas avoir un seul génie, mais pour qu’on puisse avoir 200-300 Camerounais qui soient aussi capables de maîtriser ce système. D’abord il faut dire que dans la mécatronique automobile, j’ai deux casquettes. Avec  l’Institut universitaire de technologie de Bandjoun (région de l’Ouest, Cameroun) qui fait partie de l’université de Dschang, j’ai mis sur pied la filière mécatronique automobile avec le ministère de l’enseignement supérieur. Ceci est un projet étatique dans une université d’Etat dans lequel nous comptons déjà plus de 250 Camerounais. Cette formation est disponible en 1ère, 2ème et 3ème années  du cycle licence. Ce à quoi vous faites allusion c’est ce que j’appelle la formation dans l’entreprise, dans l’alternance comme en Allemagne. Normalement, il fallait que chaque entreprise puisse former et que le gouvernement encourage les entreprises qui forment, qu’on leur donne un certain avantage pour qu’elles aient envie de former. Ceux-ci sont plus orientés vers la pratique que ceux qui sortent avec une licence. C’est une formation professionnelle que nous faisons avec le ministère camerounais de la formation professionnelle.   Nous avons l’agrément pour le faire et on le fait. Dans les deux cas nous avons été les pionniers. J’ai toujours été celui qui a demandé que l’on introduise la mécatronique automobile partout où on pouvait le faire.

« Des Camerounais ou Africains de France travaillent avec moi pour que cette technologie soit déployée dans tous les pays Africains »

A quel moment avez-vous ressenti la nécessité d’apporter cette technologie au Cameroun ?

Je me rappelle très bien. L’idée est née en 2011. Je venais d’être nommé directeur des formations chez Volkswagen Chine. J’arrive en Chine et il y a un projet. Le gouvernement chinois demande au gouvernement allemand de l’aider à introduire la mécatronique automobile en Chine. En tant que représentant de Volkswagen dans ce groupe de travail, je me rends compte que même les Chinois ont encore un grand besoin et qu’ils nous demandent de les aider. Je me suis dit : « eh bien pourquoi pas aussi voir du côté du gouvernement camerounais ». C’est ainsi que j’ai approché à l’époque les responsables de l’université de Dschang. C’est à ce moment-là que je comprends que mon pays n’a pas encore la technologie de la mécatronique et peut-être que si nous commençons aujourd’hui, nous n’aurons pas trop de retard. Je suis satisfait de l’évolution de ce projet. Il y a affluence. Des classes prévues pour  50 étudiants enregistrent 80 inscrits par an depuis que nous avons commencé. Ce sont les meilleurs. D’ailleurs ce sont les meilleurs qui choisissent cette filière. Nous ici en tant que Autohaus donnons des stages aux meilleurs. En ce moment il y a 12 étudiants qui effectuent leur stage au sein de notre entreprise. Parmi ceux qui les forment, il y a les experts de la diaspora. Il y a des compatriotes installés en Allemagne qui sont très calés dans différentes matières. Ils vont donc régulièrement à l’université de Dschang dispenser leurs cours. Là-bas il y a de beaucoup d’équipements dont un laboratoire qui fonctionne bien.

Les 16 premiers jeunes formés en entreprise viennent de recevoir leurs  diplômes. A quoi doivent-ils s’attendre maintenant ?

A rien. Ils ont déjà leurs emplois. Ils sont tous dehors en train de travailler. La demande est forte et les entreprises n’ont pas attendu avant d’engager ces spécialistes. Je leur demande de bien appliquer ce que nous leur avons appris ici. Au-delà de la technique nous leur demandons de bien se tenir,  d’arriver à l’heure par exemple.

La Côte d’Ivoire et la République démocratique du Congo vous sollicitent. Que leur avez-vous répondu ?  

Nous leur avons répondu favorablement. Nous sommes seulement limités au niveau de nos ressources. Par exemple l’ambassadeur de la République démocratique du Congo m’a sollicité en Allemagne. Quand j’aurai les moyens et le temps, j’irai là-bas les aider à implémenter la mécatronique automobile. De même que des amis, de grands importateurs de véhicules allemands en Côte d’Ivoire  ont vu ce qui se fait ici au Cameroun et veulent le reproduire chez eux. Il y a aussi des Camerounais ou Africains de France qui travaillent avec moi pour que cette technologie soit déployée dans tous les pays Africains. Beaucoup de gens se sont rendus compte que c’est quelque chose de bien. Il est maintenant question de voir comment faire pour que ce transfert se passe dans d’autres pays Africains. Je pense que le domaine de la mécatronique automobile  est un domaine où l’Afrique n’a pas trop de retard par rapport aux autres sciences où nous avons 200 ans de retard. Si on s’y met, on n’aura que 10 ou 15 ans de retard. Et si nous travaillons nous pourrons le rattraper. Il nous le faut pour pouvoir construire nos machines faire de l’agriculture mécanisée qui n’est autre que la mécatronique. Nous ne pouvons pas passer le temps à acheter des machines et ne même pas être capables de les réparer. C’est très important et j’espère que les Africains vont saisir cette chance.

« J’essaie de faire comprendre que l’avenir pour un jeune Africain n’est pas forcément en Europe. Surtout pas quand on passe par la Libye. J’ai quitté toutes ces belles fonctions pour rentrer et leur dire aussi : « regardez, c’est possible ».

Parlons de votre parcours. Comment cheminez-vous jusqu’à la mécatronique automobile ?

C’est une très longue histoire. Déjà  sur le plan académique, je suis ingénieur de conception automobile.  Dans une formation comme celle-là on a la mécatronique. C’était une des matières et durant toute ma carrière chez Volkswagen  je me suis rendu compte que c’était quelque chose d’assez passionnant. J’ai donc poussé pendant les 14 années que j’ai passées là-bas. J’ai essayé de voir ce que je peux faire surtout pour  mon continent. Parce qu’il faut quand même le dire : quand vous êtes en Allemagne et que vous êtes dans une usine Volkswagen, vous vous demandez si ce sont les êtres humains qui ont pu produire toutes ces machines, toutes ces belles choses. L’usine est comme 9 fois l’île de Monaco. Je me demande quel est le minimum que je peux tirer d’ici et qui nous permettre de construire au moins des machines agricoles. C’est ce qu’on essaie de faire avec le dépannage des automobiles.   

Qu’est-ce qui vous a décidé à revenir au pays et bâtir la structure qu’on voit ?

Il y a l’amour pour ma patrie. Les Camerounais comme les Lions indomptables aiment leur pays. Je ne suis pas joueur de foot mais c’est le même sentiment qui m’habite. Je me dis toujours : « à la fin c’est quoi la finalité ? »  Est-ce de faire une belle carrière seul ? Ou alors d’avoir changé la vie de milliers de jeunes camerounais et peut-être d’Africains ? J’ai choisi le deuxième chemin. Au-delà de ce que vous voyez qui brille j’essaie de leur apporter un autre comportement. J’essaie de leur faire comprendre que l’avenir pour un jeune Africain n’est pas forcément en Europe. Surtout pas quand on passe par la Libye. J’ai quitté toutes ces belles fonctions pour rentrer et leur dire aussi : « regardez, c’est possible ». Nous encourageons ceux que nous formons à être plus indépendants. Nous avons introduit dans les programmes des cours de gestion d’entreprise. Nous voulons qu’ils soient de chefs d’entreprises. Si chaque personne   que nous avons formé pouvait recruter seulement 5 personnes vous voyez l’impact social que cela pourrait avoir. Le Cameroun et les autres pays sont difficiles mais c’est pour cela qu’ils offrent beaucoup d’opportunités. Je ne vois pas pourquoi je vais rester dans un pays qui n’a plus d’opportunités. Comme quelqu’un l’a dit les pays Européens n’ont plus leur avenir. Ils ont une croissance de 1% quand tout va bien alors qu’ici on peut faire 4, 5, parfois 12 %. Il y a plus à faire ici que là-bas.

Propos recueillis par  Pierre Arnaud Ntchapda   

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