Alexis Kohler, le bras droit d’Emmanuel Macron, visé par une plainte d’Anticor

Alexis Kohler, le plus puissant haut fonctionnaire de France, va-t-il devoir rendre des comptes à la justice ? Bras droit d’Emmanuel Macron, l’actuel secrétaire général de l’Elysée est la cible d’une plainte pour « prise illégale d’intérêts » et « trafic d’influence » que l’association de lutte contre la corruption Anticor a envoyée, vendredi 1er juin, au Parquet national financier.

Au cœur du dossier : les liens étroits entre M. Kohler et l’armateur MSC, un groupe privé italo-suisse avec lequel l’Etat a mené une série de négociations ces dernières années, alors que le haut fonctionnaire occupait des postes clés au ministère de l’économie. L’association Anticor a déposé le 1er juin 2018 une plainte contre Alexis Kohler, secrétaire général de la présidence de la République, pour «prise illégale d’intérêts» et «trafic d’influence».

Ce matin, le parquet national financer (PNF) vient d’annoncer, l’ouverture d’une enquête pour des soupçons de conflit d’intérêt concernant le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. Plus tôt dans la journée, ce lundi, l’AFP, confirmant une information de RTL et du Monde, annonçait que l’association Anticor avait déposé une plainte pour « prise illégale d’intrêt », « trafic d’influence » et « corruption passive ».

L’association s’appuie sur les révélations de Mediapart. Début mai, le site a dévoilé une information tenue soigneusement secrète jusqu’alors : Alexis Kohler est lié aux Aponte, la famille italienne fondatrice et toujours propriétaire de la société Mediterranean Shipping Company (MSC). La mère d’Alexis Kohler est la cousine germaine de Rafaela Aponte, qui a cofondé MSC avec son mari Gianluigi en 1970. Ce n’est donc pas un hasard si Alexis Kohler, lorsqu’il a provisoirement quitté le service de l’Etat en août 2016, a rejoint pendant quelques mois le siège de MSC à Genève plutôt qu’une autre entreprise. Nommé directeur financier de ce groupe italien de droit suisse, au chiffre d’affaires dépassant les 20 milliards d’euros, il travaillait en famille.

« Conflit d’intérêts »

Pour l’Etat, MSC n’est pas tout à fait un groupe comme un autre. Numéro deux mondial du transport de marchandises par bateaux porte-conteneurs, la compagnie de la famille Aponte s’est diversifiée dans les croisières. A ce titre, elle est devenue le client principal – et certaines années, unique – des derniers grands chantiers navals français, situés à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Des chantiers historiques dont l’Etat a tout fait, depuis des années, pour éviter d’abord la disparition, puis le passage sous un complet contrôle étranger.

Kohler a souvent croisé la route de MSC dans les dossiers qu’il a eu à traiter. La première fois, c’est en 2010 : membre de l’Agence des participations de l’Etat (APE), il est nommé représentant de l’Etat au conseil d’administration de STX France, les chantiers navals de Saint-Nazaire. «Le dossier MSC est sur la table de STX, écrit Mediapart. Il occupe même toutes les journées des responsables du chantier naval de Saint-Nazaire, qui n’a pratiquement alors que la commande de l’armateur italo-suisse pour se maintenir en activité.» Kohler a assuré à Mediapart avoir averti sa hiérarchie de ses liens familiaux avec MSC à l’époque. «Si tel est le cas, les règles de la haute administration sont bien élastiques», commente le site.

En 2012, Alexis Kohler, nommé directeur adjoint du cabinet de Pierre Moscovici au ministère de l’Economie et des Finances, «retrouve le dossier STX et le problème du financement des bateaux de croisière construits pour MSC». Mediapart s’interroge : «A-t-il seulement œuvré pour aider STX ou a-t-il veillé aussi aux intérêts de MSC ? Car dans l’affaire, toutes ces aides pour soutenir Saint-Nazaire reviennent dans les faits à faire payer par l’Etat les bateaux exploités par l’armateur.»

Le service de presse de l’Elysée a répondu aux mises en cause de Mediapart, indiquant qu’Alexis Kohler avait «toujours respecté et respecte toujours l’ensemble des règles légales et réglementaires qui encadrent l’exercice des activités et des responsabilités qui s’appliquent aux fonctionnaires. Il a notamment toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d’intérêts, s’est toujours déporté pour éviter lesdites situations et a toujours respecté les avis de la commission de déontologie». 

Mediapart rappelle qu’ :

«un agent public ne peut passer des contrats avec une entreprise, la contrôler, traiter des dossiers qui la concernent alors qu’il a des liens familiaux ou des rapports de proximité avec elle. Enfreindre cette règle, c’est risquer d’être accusé de prise illégale d’intérêt, punie par une sanction pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison, selon le code pénal».

« Philosophie délétère »

C’est à la fois beaucoup et très peu : les liens familiaux ne semblent pas, à eux seuls, suffire pour asseoir une action pénale ; aucun autre manquement, jusqu’à présent, n’a été démontré. Mais ce que veut pointer du doigt l’association au travers de son action en justice, c’est « la philosophie du fonctionnement de l’État qui nous semble délétère parce qu’elle mélange intérêts publics et intérêts privés », explique son vice-président, le magistrat Éric Alt. (Source : LE POINT, Sophie COIGNARD )

“Impossible de désigner Kohler sans désigner Macron.” Voilà comment El País résume les relations entre le secrétaire général de l’Élysée et le président de la République, indissociables dans la conquête et l’exercice du pouvoir. “Le travail de l’ombre accompli par Kohler est un rouage essentiel du macronisme”, renchérit le quotidien espagnol. The Irish Times va jusqu’à le décrire comme “le frère jumeau du président”.

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« Je pense que cette affaire ne devrait pas aller très très loin »

La présidence de la République ajoute que : « C’est bien volontiers qu’Alexis Kohler communiquera au parquet l’ensemble des documents prouvant sa conduite respectueuse du droit dans toutes les circonstances de son parcours professionnel et mettra ainsi un terme à bref délai aux soupçons totalement infondés jetés sur lui à l’évidence en raison de ses fonctions de secrétaire général de l’Elysée ».

Bio de Alexis KOHLER :

Il commence son parcours à la direction générale du Trésor, à Bercy, puis il est détaché dans divers organismes, notamment au Fonds monétaire international, puis à l’Agence des participations de l’État7. À ce dernier poste, Martine Orange indique dans Mediapart qu’« il s’est pendant longtemps occupé des secteurs de l’aéronautique et de la défense avant de se tourner vers le secteur des transports à partir de 2010. À ce titre, il siège comme représentant de l’État aux conseils de Renault, de la RATP, d’Aéroports de Paris, du port du Havre. Mais il est aussi nommé au conseil de STX France, dans lequel l’État est actionnaire à hauteur de 33,4 % ».

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexis_Kohler

 

Paul K.

 

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