Les 5 décisions rapides qui auraient pu empêcher la démission de Nicolas Hulot

Nicolas Hulot, ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé le 28 août 2018 au micro de France Inter sa démission du gouvernement d’Edouard Philippe. La déclaration a surpris tout le monde, à commencer par le président de la République Emmanuel Macron qui n’a réagit que plusieurs heures plus tard, disant « respecter » la décision de son ancien ministre. A l’heure de tirer le bilan de l’action gouvernementale de l’ancien présentateur de télévision, voici 5 domaines sur lesquels Nicolas Hulot jugeait que le gouvernement français aurait dû prendre de rapides décisions.

  1. Nucléaire et climat : nommer les sites à fermer pour pousser les énergies renouvelables

Pas hostile à l’énergie nucléaire dans les années 1990, Nicolas Hulot est devenu un fervent anti-nucléaire, condamnant le 28 août 2018 sur France Inter  » cette folie inutile économiquement et techniquement, dans lequel on s’entête « . En octobre 2017, il a dû annoncer lui-même le renoncement à l’objectif de 50% de production électrique d’origine nucléaire en 2025 (contre 75% aujourd’hui) tel que prévu par la loi de transition énergétique de 2015. La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui va être publiée cet automne donnera-t-elle la liste des 17 à 20 réacteurs qu’il faudra fermer d’ici la fin de la prochaine décennie pour atteindre cet objectif ? Nommer les sites à fermer (au-delà de Fessenheim dont l’arrêt est programmé) doit permettre d’entamer dès aujourd’hui les politiques de reconversion des économies locales. EDF s’y oppose et n’envisage pas de fermeture avant 2029. Il faudra bien pourtant faire de la place à la production d’énergies renouvelables (éolien, solaire, biogaz, bois, géothermie) qui doit couvrir 40% de la production française d’électricité en 2030, selon l’objectif assigné par l’Union européenne.

Le nucléaire est dépeint par ses défenseurs comme un moyen de lutte efficace contre le réchauffement climatique. C’est oublier que cette énergie ne dépollue que le secteur électrique. En matière de transports, d’habitat, d’agriculture et d’industrie, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter alors qu’elles devraient déjà baisser pour être en phase avec l’objectif d’une société totalement décarbonée en 2050. En 2016, elles ont ainsi crû de 3% par rapport à 2015. Nicolas Hulot a donc beau jeu de dénoncer le fait que la France n’en fait pas assez. Les solutions sont connues et les techniques disponibles : accélération de l’isolation des bâtiments, conversion hâtée du parc automobile vers l’électrique, augmentation des transports en commun, réduction des besoins de mobilité par le rapprochement des lieux de travail et d’habitation, promotion du télétravail. Ces travaux nécessitent des dizaines de milliards d’euros qui ne sont pas aujourd’hui engagés. Pourtant, a rappelé Nicolas Hulot  » ce sont des investissements et non des dépenses « . D’autant que ces mutations provoqueront nécessairement une amélioration de la qualité de l’air dans les villes.

  1. Biodiversité et chasse : respecter strictement les dates d’ouverture et fermeture des différentes chasses

Si la réunion du 27 août 2018 sur la réforme de la chasse n’est pas à l’origine de la décision de Nicolas Hulot, elle y a pourtant contribué. Le 21 mars 2018 à l’Assemblée nationale, le ministre avait déclaré avoir honte du fait que 30% des oiseaux avaient disparu en France en quelques années et 80% d’insectes en Europe en 30 ans. Difficile, cinq mois plus tard de devoir acter un allongement des dates de chasse de l’oie cendré, la poursuite de celle des tourterelles des bois ainsi que l’abaissement du prix du permis de chasse. Par ailleurs, selon Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux, on chasserait 74 espèces d’oiseaux en France, contre 14 dans le reste de l’Europe. Les mesures à prendre sont pourtant très simples : strict respect des dates d’ouverture et de fermeture des différentes chasses, décidées selon les constats scientifiques effectués sur l’état des populations par les écologues d’institutions comme le Muséum national d’histoire naturelle et obligation d’un jour de « non chasse ».

  1. Aménagement du territoire : acter le « zéro artificialisation »

A la suite de son intervention du 21 mars 2018, Nicolas Hulot a promu un « plan biodiversité » qui comprend des mesures de lutte contre l’artificialisation des sols. Selon ce plan, 66.000 hectares de milieux naturels et terrains agricoles sont grignotés tous les ans par l’urbanisation ou la création de zones commerciales. En 1994 déjà, le schéma régional d’aménagement de l’Ile de France préconisait l’arrêt de l’étalement urbain. Dans les années suivantes, des modifications des plans locaux d’urbanisme, la création de schémas de cohérence territoriale (SCOT) ont visé le même objectif. Sans grand résultat. Le « zéro artificialisation » préconisé par le plan implique l’arrêt de tous projets de lotissements de maisons individuelles en France, la densification des zones déjà urbanisées, le strict encadrement des autorisations de permis de construire. Une révolution !

  1. Agriculture et pesticides : le rendez-vous manqué de l’interdiction du glyphosate

Une agriculture sans pesticides est-elle possible ? La question s’est focalisée sur l’interdiction du glyphosate qui est autorisé en Europe jusqu’en 2021. Mais au-delà de cet herbicide, c’est l’utilisation des 500 molécules autorisées en Europe qui fait débat. Les pollutions de l’air et de l’eau, les traces résiduelles persistant sur les aliments, les effets sur la santé inquiètent aujourd’hui l’opinion publique et opposent les ministres de l’environnement et de l’agriculture. Selon l’Union des industries de protection des plantes (UIPP), 30 à 40% des récoltes seraient perdues sans les fongicides et herbicides principalement chimiques luttant contre 10.000 espèces néfastes de champignons, insectes, bactéries. Les associations environnementales affirment qu’une sortie de la chimie en agriculture est possible dès maintenant. Des solutions alternatives émergent : médiateurs chimiques (phéromones), utilisation de micro et macro organismes prédateurs des ravageurs, substances d’origine végétale et animale. La FNSEA s’est engagée dans cette voie mais refuse toute interdiction de produit chimique s’il n’existe pas de substitut efficace. Le débat se tend parce que les résultats sur le terrain sont très lents. Initié en 2008, le plan Ecophyto de réduction des produits chimiques est un échec. Entre 2014 et 2016, la consommation de phytosanitaires a augmenté de 12% alors que l’objectif de 2008 était une réduction de 50% pour… 2018.

  1. Commerce international : ne pas signer des accords incompatibles avec les objectifs climatiques

Pour Nicolas Hulot, la commande de porte-conteneurs géants par un armateur français « n’est pas une bonne nouvelle pour le climat « . Les traités commerciaux comme le TAFTA  avec les Etats-Unis ne sont en effet pas compatibles avec les objectifs climatiques de l’accord de Paris. Ces traités augmentent les trafics d’hommes et de marchandises à travers la planète. Le traité CETA avec le Canada permettra ainsi l’importation par l’Europe de sables bitumineux dont l’extraction est très génératrice de gaz à effet de serre. Ces démarches entre plusieurs Etats sont aujourd’hui malmenées par la politique économique isolationniste du président américain Donald Trump qui privilégie les échanges bilatéraux. Pour éviter une guerre commerciale avec les Etats-Unis, le président de la commission européen Jean-Claude Junker est parvenu le 26 juillet 2018 à un accord qui s’affranchit des objectifs de l’accord de Paris : achat de gaz américain et importation de soja OGM. En contradiction avec le « plan protéines » du gouvernement français qui vise à l’autonomie énergétique en matière d’alimentation animale.

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