Merci Donald Trump !

Merci de nous ouvrir les yeux et de ne pas nous laisser bercer par tous nos politiques, entreprises et médias. Vous avez écrit « l’art du deal » : on comprend bien que, dans votre esprit, ce n’est pas celui de la diplomatie. On comprend même mieux, de jour en jour, ce que promettait ce livre : « La plupart des gens pensent petit, parce que la plupart des gens ont peur du succès, peur de prendre des décisions, peur de gagner… Et cela donne pour des gens comme moi un grand avantage (…) je ne reste pas concentré sur une opportunité ou une approche. Comme un jongleur, je lance un maximum de quilles en l’air et si je n’en rattrape qu’une, elle me rendra riche ».

Avec vous, la subtilité n’est pas de mise, le rapport de force est direct et brutal. Vous savez que votre ennemi est la Chine, par la taille de son PIB bientôt, par le nombre de ses amis politiques (souvent ses créanciers) chez les émergents, par sa politique de promotion du yuan, destinée à soustraire plus de transactions au dollar, autrement dit à vos juridictions extraterritoriales.

La Chine est donc l’ennemi à abattre, pas directement (malheureusement), mais sous des angles multiples, de façon à l’affaiblir. La Chine, bien sûr, a compris. Elle fait plus de crédits en interne pour continuer à croître et limiter ainsi, autant que possible, son ralentissement. Elle fait aussi plus de crédits en externe pour accroître le nombre de ses obligés, pris dans ses « routes de la soie ». Vous le savez, donc vous essayez de la faire ralentir en taxant ses exportations, en protégeant vos droits de propriété et en surveillant son yuan, pour qu’il ne baisse pas par rapport au dollar. Donc qu’il monte avec lui. Votre objectif est clair : si la Chine ralentit, plus de ses crédits aux entreprises publiques deviendront encore plus « douteux » que maintenant. Elle achètera moins aux pays auxquels elle a prêté, organisant leurs difficultés économiques, puis financières, qui seront bientôt les siennes.

 

Avec vous, nous comprenons aussi que vous n’aimez pas l’Union européenne. Le mot savant de cette détestation est « multilatéralisme ». Vous préférez le bilatéralisme, la discussion franche, entre hommes. L’un sera les Etats-Unis, vous, l’autre en face sera Malte, ou l’Autriche, ou le Monténégro, bientôt la France, puis l’Allemagne, entre égaux. Vous ne divisez pas pour régner, bien sûr ! Vous nous dites que vous cherchez des relations « équilibrées » entre partenaires, même de poids différents. C’est tout un art !

Bien sûr, vous devez alors renégocier les accords signés par votre prédécesseur avec vos voisins, des accords qui avaient suivi des années de discussion. Pas le temps avec vous : sous la menace de hausses des droits de douane (entre autres), vous leur demandez de signer votre nouveau projet, après quelques semaines d’échanges, ou bien d’affronter la récession. Vous vous dites que les entreprises américaines reviendront un peu plus chez vous, que les mexicaines céderont plutôt à la pression, les canadiennes tout à fait. Cette pédagogie va aussi éclairer le Royaume-Uni, qui commence à comprendre ce que votre soutien au Brexit veut dire.

Merci aussi de réveiller la zone euro, toute occupée à renforcer son marché interne et à traquer ses déficits budgétaires, quand vous lui dites qu’elle ne paye pas assez pour l’Otan. L’Allemagne est au courant désormais. Elle se souciera plus de son armée et d’une vraie surveillance européenne par rapport à la Russie, déjà bien connue pour ses immixtions informatiques et ses satellites espions. L’Allemagne écoutera avec attention ce que vous dites de l’euro manipulé, selon vous trop faible par rapport au dollar et qui aide ses Mercedes et BMW à rouler devant chez vous, à Washington et à New York. L’Allemagne sait bien que c’est dû à ses excédents commerciaux, mélangés aux déficits des autres. Il lui faudra donc consommer et investir plus.

La France vous remercie, enfin, de la réveiller au jeu mondial des puissances, elle qui préfère les anecdotes. Il est toujours compliqué et pervers, ce jeu, mais les batailles s’approchent, avec le ralentissement économique. Votre prédécesseur, Barack Obama, avait l’intelligence d’être trop gentil et de nous charmer. Pas vous ! Ici, nous regardons encore comment vous tapez sur l’épaule de Macron : vous semblez plus doux avec lui. Mais nous commençons à comprendre que, lui aussi, vous voulez l’affaiblir. Donc la France. Soyez avec nous comme avec les autres, et notre merci sera complet !

Jean-Claude BETBEZE

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