Plongée boursière mondiale : qui peut l’arrêter ?

Deux personnes en théorie : Jerome Powell, le patron de la banque centrale américaine, en disant qu’il va ralentir ses hausses de taux, ou Donald Trump, qui craindrait que cette baisse des bourses ne détruise sa stratégie de croissance, à un mois des élections mid term. Mais ce qui s’est passé ces derniers jours montre qu’il n’y en a qu’une : Donald Trump.

Reprenons le film : 10 octobre le Dow Jones perd 1,4%, le 11 Shanghai perd 5,2%, le CAC 40 1,4% et le Dax allemand 0,9%, mais le 12 octobre le Dow reprend 1,6%, tandis que Shanghai, Dax et Cac se stabilisent. La bourrasque est finie ? Voilà des jours que les vents se levaient sur les marchés. Voilà des mois que Trump secoue tout violemment, au moins en paroles, pour forcer la croissance américaine, que Xi Jinping y réagit à sa manière, sans qu’on ne perçoive ni ne comprenne tout, qu’accords et traités sont déchirés, qu’on voit monter les troubles en Turquie, Iran, Brésil, Italie… Les bourses se disent que c’est trop. Elles baissent le 10 octobre, frappant les États-Unis, le leader de la hausse mondiale. Elles suivaient le Dow et surtout le Nasdaq, admiratives. C’était si beau là-bas, partout et depuis longtemps. 3 500 jours de hausse boursière américaine, une croissance à 4,2% en rythme annuel au deuxième trimestre, en plein emploi et sans inflation : un miracle ! Qui s’arrêtait ?

Powell a-t-il perdu la main ? Pour calmer le jeu, en fait pour le prolonger, il répétait sans cesse qu’il augmentait les taux en fonction de la situation, prévoyant ainsi une prochaine hausse en décembre. Les marchés avaient semblé apprécier cette recette, nommée forward guidance aux États-Unis. Ce « guidage avancé », mené par Jerome Powell, consiste à dire qu’il faut, pour prolonger la croissance, ancrer les anticipations d’inflation autour de 2%. Il faut alors hausser les taux courts en fonction de l’inflation prévue, pour bien montrer qu’on suit le mandat de la Fed, l’inflation autour de 2%, et faire que « les gens » y croient.

« Les trois sources du miracle américain d’une croissance forte sans inflation s’épuisent. »

Mais cet ancrage devient moins solide. Les trois sources du miracle américain d’une croissance forte sans inflation s’épuisent. D’abord, la correction suit l’adage : « plus la récession est forte, plus la reprise est vigoureuse », mais elle fête ses dix ans ! Ensuite, la révolution technologique en cours trouble les repères. Elle malmène les valeurs boursières qui « ne bougent pas assez », par exemple dans la distribution, et pousse au plus haut les startups qui « promettent ». On verra ce qu’elles tiennent. Cette révolution fait, ou a fait, monter les cours des GAFA, en fait des monopoles mondiaux, puis tire les autres. Naît ainsi un « effet richesse pur », « pur » car le plein emploi ne fait pas monter les salaires : seulement la bourse ! La raison en est une bipolarisation de l’emploi, entre experts mieux payés et emplois de services peu qualifiés et peu payés. Mais, même ces salaires peu qualifiés montent : Amazon fait passer son minimum horaire à 15$ ! Enfin, les politiques monétaires de forward guidance s’usent. L’inflation va finir par monter avec le plein emploi et l’arrêt de l’immigration, les hausses du pétrole et des droits de douane. Donc l’inquiétude monte, les taux longs dérapent, les bourses plongent, et Powell ne dit rien !

Mais pas Trump ! Il avait prévenu le 9 octobre : « la Fed fait ce qu’elle pense nécessaire, mais je n’aime pas ce qu’ils font… Les chiffres que nous obtenons sont record, je ne veux pas les ralentir même un peu, particulièrement parce que nous n’avons pas de problème d’inflation… Je pense qu’il n’est pas nécessaire (de monter les taux) aussi vite ». Il s’énerve le 11 : « la Fed est devenue folle » et monte d’un cran : « La Fed est out of control, elle est trop stricte, je comprends tout ça mieux que ces gens… ». Quand vient la question : « Allez-vous virer Powell ? ». « Non… mais je n’aime pas cette politique… ».

Les marchés n’ont retenu que « virer Powell », alors que c’est impossible… mais ils sont peut-être habitués à cette pratique ! Plus encore, ils ont été surpris, voire tétanisés, par la violence de la réaction trumpienne, se disant qu’elle pourrait faire réfléchir la Fed avant d’augmenter ses taux en décembre. La Fed vaincue ! Surtout, l’inflation vient de sortir à 2,3% en septembre contre 2,7% en août, le plus bas taux depuis 7 mois. Donald Trump avait donc raison ! Mais si l’inflation était sortie à 2,8% ?

Les marchés sont nerveux, Trump aussi – et qui l’arrêtera, lui ?

BETBEZE CONSEIL

 

 

Jean-Paul Betbeze est Conseiller économique de Deloitte et de diverses entreprises et Fédérations d’entreprises. HEC, Docteur d’Etat, Professeur en Sciences économiques (Paris Panthéon-Assas), il est également membre du Cercle des économistes, du Comité stratégique de l’AFIC, du Comité scientifique de la Fondation Robert Schuman et de l’Académie des Sciences commerciales.

Il a été chef économiste de banque (Crédit Lyonnais puis Crédit Agricole) et membre du Comité Exécutif de Crédit Agricole SA, et aussi membre du Conseil d’Analyse économique auprès du Premier ministre, de la Commission Economique de la Nation auprès du Ministre de l’Économie et du Bureau du Conseil national de l’information statistique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *