Héritage d’Omar Bongo : une chasse au trésor sur fond de luttes d’influence

Famille nombreuse n’est pas forcément heureuse au Gabon. A l’instar de celui de Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire, le décès d’Omar Bongo en 2009 a déclenché une guerre de tranchées au sein de sa fratrie. Plus de cinq ans après, ces dissensions sont toujours d’actualité, comme le démontre ce nouveau dossier de La Lettre du Continent

Si l’ancien président gabonais a officiellement reconnu 52 enfants, les crispations s’exercent surtout entre sa fille aînée, Pascaline, et le demi-frère de cette dernière, Ali Bongo. Exécutrice testamentaire, l’ancienne ordonnatrice du Palais du bord de mer continue de gérer ce dossier en étroite collaboration avec son avocate et amie bordelaise, Danyèle Palazo-Gauthier. Des prérogatives qui ne sont pas du goût de l’actuel président. Dans cette lutte d’influence pour capter le formidable patrimoine d’Omar Bongo (immeubles, valeurs…), tous les coups sont permis.

Au jeu de « je t’aime, moi non plus », la famille Bongo ne manque pas de joueurs d’exception. Mais cette fois-ci, après le décès de « Papa » qui arbitrait les parties financières, les enfants peuvent perdre gros autour du tapis vert et jaune du Gabon. Si Ali Bongo, le sécurocrate, et Pascaline Bongo, la trésorière, qui affrontent déjà un rejet dynastique, se déchirent et ne disposent plus des clés du palais, un nouveau chef, extérieur au sérail, pourrait avoir le mauvais goût de nationaliser les avoirs de la famille. Un séisme pour la Bongo Family. En exclusivité, La Lettre du continent a enquêté sur les intérêts croisés des héritiers du doyen dans l’économie du pays.

Les « PDG » du Palais du bord de mer

Directrice du cabinet présidentiel, Pascaline Bongo représente l’Etat au conseil de plusieurs grandes entreprises de la place – notamment Total Gabon, dont elle est la vice-présidente – aux côtés de Fidèle Ntissi, trésorier payeur général et ancien directeur du cabinet privé du chef de l’Etat. Pascaline est aussi présidente de Gabon Mining Logistics (Bolloré) et administratrice de BGFIBankCeca-Gadis et Pizo Shell. Son frère, Ali Bongo, ministre de la défense qui supervise tous les achats d’armes et de fournitures militaires, préside l’Oprag (Office des ports et rades du Gabon) et est l’un des actionnaires de la compagnie aérienne Afrijet. Autre fils du défunt président, Christian Bongo, DG de la BGD (Banque gabonaise de développement), est également dans l’aviation avec Allegiance après avoir dirigé Gabon Airlines, autre fleuron familial. Directeur adjoint du cabinet présidentiel, Patrice Otha préside de son côté la BGFIBank.

BGFIBank, coffre-fort inexpugnable

« Premier groupe financier de la zone Cemac », la BGFIBank, la banque favorite du bord de mer, a pris son envol sur les cendres de la défunte FIBA (ex-banque d’Elf Gabon). Elle dispose des filiales BGFIBank Congo (présidée par Jean-Dominique Okemba, neveu du président) et BGFIBank Guinée équatoriale, et a obtenu en février 2007 un précieux et discret pied-à-terre à Paris. Ses filiales et intérêts sont totalement imbriqués avec ceux de la Compagnie du Komo (lire ci-dessous) et d’Ogar Vie (assurances) d’Edouard Valentin dont la fille Sylvia « Najma » est l’épouse d’Ali Bongo. Dirigée par Henri-Claude Oyima, né à Ngouoni et petit-neveu du défunt président, BGFIBank a parmi ses actionnaires : Pascaline Bongo, Christian Kerangall, PDG de la Compagnie du Komo (25,01% de BGFI), Robert Boutonnet (Cie du Komo) – qui a créé dans les années 60 la Sogafric -, Delta Synergie (9,01%) qui regroupe aussi des intérêts de la famille, BGD (10%), le ministre Richard Auguste Onouviet, le groupe Carlo Tassara (9,5%) de Romain Zaleski (présent aussi dans Comilog/Eramet) et Marcel Abéké, administrateur DG de Comilog. Bref, un vrai jeu de bonneteau. BGFIBank réalise chaque année pour ses bienheureux actionnaires un résultat net compris entre 20 et 30 milliards F CFA.

La galaxie de la Compagnie du Komo

La CDK, comme on la surnomme à Libreville, contrôle une dizaine d’autres entreprises dont la Sodim (auto, matériel TP et forestier), Sogafric Services (froid, plomberie et sécurité), SOGI (industrie), Solsi (informatique), Electra(équipements de bureau)… et détient des participations dans la SEEG (2,78%), Gaboa (11,43%), Setrag (7%), Maboumine (niobium, 20%), etc. En Afrique, la CDK est aussi présente en Angola (froid, ascenseurs et négoce), en Guinée équatoriale, au Tchad et en Afrique du Sud. En Europe, elle est actionnaire de la Société financière des Ternes qui contrôle cinq concessions Mercedes et le Bureau technique d’approvisionnement (BTA), ainsi que 50% du cabinet de conseil en informatique Artaud, Courthéoux et associés (ACA). Le groupe dépasse les 120 milliards F CFA de chiffre d’affaires annuel. Comment les intérêts solidaires franco-gabonais de ce baobab financier vont-ils se recomposer après le décès d’Omar Bongo qui en contrôlait les racines ? Mystère et boule de gomme…

 

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