Législatives au Togo: lettre ouverte d’un togolais de la diaspora au président Faure Gnassingbé

Depuis ses débuts, la crise sociopolitique togolaise a, plus que jamais, retenu l’attention de la diaspora togolaise. Que ce soit dans la sous région, en Europe, en Allemagne ou en Amérique, les fils et filles de la terre de nos aïeux n’ont cessé d’exprimer leur volonté et détermination de voir leur pays libre. Manifestations après manifestations, ont n’aurait jamais vu la diaspora aussi engagée pour une sortie de crise au Togo. Parmi donc ces vaillants, se trouve le confrère journaliste Edem Assignon qui, à travers une lettre ouverte, invite le Président de la République Togolaise à taper du poing sur la table pour tout arrêter au nom de la paix et de l’amour du Togo.

Lisez plutôt l’intégralité ! 

Législatives du 20 décembre 2018 :
Et si on arrêtait tout pour l’amour du Togo et de nos enfants !

Excellence Faure Essozimna GNASSINGBE, Président de notre cher pays, le Togo. Je ne sais pas si vous lirez personnellement cette lettre ouverte. Vous avez certainement un emploi de temps bien chargé. J’ose cependant croire que son contenu vous parviendra sous quelle que forme que ce soit.
Cher Président, le destin a fait de vous malgré votre jeune âge, le premier des Togolais doté de tous les pouvoirs de décision pour l’épanouissement et le développement de notre beau pays. Depuis 2005 donc, vous présidez aux destinées du Togo et point n’est besoin ici de dresser le bilan de votre gouvernance. Je reconnais des avancées dans plusieurs secteurs de la vie socioéconomique et politique du Togo.
L’initiative citoyenne de vous saisir au travers de cette lettre ouverte fait suite à un constat effrayant qui semble nous engager toutes et tous devant nos enfants et l’Histoire. Nous ne pouvons plus continuer à nous voiler la face sur ces 56.600 km² que nos aïeux ont chèrement défendu au prix de leur sang et de leur vie. Monsieur le Président, le Togo va mal. Notre pays va très mal, depuis plusieurs années. Et ce mal porte le nom d’alternance.
Cette soif d’alternance pousse quasi hebdomadairement des milliers de nos concitoyens dans les rues. Elle cristallise les colères devant l’étouffement des libertés d’un peuple qui voudrait se faire entendre et comprendre de ses dirigeants. Souvenez-vous, Monsieur le Président, c’est cette soif d’alternance qui a créé le maelström de 2005, avec d’énormes pertes en vies humaines. J’ai été comme beaucoup, séduits par votre discours de juillet 2007, prononcé du haut des collines de la ville d’Atakpamé, épicentre des violences électorales. « Plus jamais ça sur la Terre de nos Aïeux ! », aviez-vous lancé pour appeler les Togolais du nord au sud, de l’est à l’ouest à la réconciliation, à la justice et à la paix.
Mais, dites-moi Monsieur le Président Faure GNASSINGBE, ne pensez-vous pas que les mêmes causes produisant les mêmes effets, notre cher Togo court aujourd’hui le risque d’un autre conflit électoral dont personne ne peut mesurer l’ampleur ?
En effet, beaucoup de nos concitoyens ont encore du mal à dissocier votre gouvernance du long règne de votre père, Eyadéma GNASSINGBE. Une situation qui constitue un véritable traumatisme pour la majorité d’entre eux. Il ne peut en être autrement dans la mesure où ils ont l’impression de ne connaître que votre famille à la tête du Togo. Pis encore, les Togolais voient s’amenuir leur pouvoir d’achat, se dégrader les infrastructures de santé publiques, s’envoler les valeurs morales qui ont longtemps fait leur fierté, s’étioler l’avenir de leurs enfants… Pendant ce temps, un petit cercle, « la minorité pilleuse », comme vous-même l’avez publiquement reconnu, continue d’abuser de la richesse nationale, de bafouer les droits de l’Homme, d’anéantir tout espoir d’épanouissement d’une jeunesse pourtant valeureuse.
Alors, Monsieur le Président, pensez-vous que les élections législatives du 20 décembre 2018 vont être la panacée pour sortir notre pays de la crise ? Tous les signaux sont au rouge. La Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Conférence Épiscopale du Togo, l’Église Évangélique, la société civile… tous, dans leur grande majorité affirment le contraire : les préalables ne sont pas encore remplies pour des élections apaisées au Togo. Nos sœurs et frères de Sokodé, Kparatao, Mango… sont séquestrés, quasi quotidiennement bastonnés, obligés de s’exiler pour échapper aux nombreuses expéditions punitives que, selon plusieurs sources, leur imposent des éléments des Forces Armées Togolaises (FAT). Êtes-vous certain, cher Faure Essozimna GNASSINGBE qu’ils iront voter le 20 décembre 2018? Et, la liste des points d’inquiétude est longue. Je ne vais pas en faire plus étalage ici car, je suis convaincu que vous les connaissez mieux que quiconque.
Par conséquent, et si pour une fois, Excellence Monsieur le Président de la République, on arrêtait tout pour l’amour du Togo et de nos enfants ? Et si, dans un sursaut national, vous tapiez du poing sur la table ou la renversiez carrément pour permettre un nouveau départ sur cette Terre que nous chérissons tous, vous et nous ? Il est vrai que certains dans votre entourage avancent des arguments de délais constitutionnels pour justifier ce scrutin précipité. Argument fallacieux, à mon humble avis dans la mesure où aucun sacrifice ne saurait être plus grand quand il s’agit du devenir de notre pays. Un consensus politique surpasse toute Constitution.
Alors, de grâce Monsieur le Président Faure Essozimna GNASSINGBE, il est encore temps de rentrer dans l’Histoire de notre pays par la grande porte. Je crois en votre capacité de dépassement des divergences pour le bien commun. Je veux regarder en face et répondre dignement à mes enfants voire même mes petits-enfants demain quand ils m’ interpelleront : « Qu’as-tu fait pour éviter le pire ? »
« Et bien, mes chers enfants, je n’avais pas de grands pouvoirs en ce temps mais, depuis la France, ma terre d’accueil, j’ai pris ma plume pour avertir le premier des Togolais du danger qui menaçait la cohésion et la stabilité nationales ».

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