Pourquoi les gilets jaunes ne sont pas facilement représentables

Les gilets jaunes sont partout, de la rue aux plateaux télé, mais ils ne viennent pas discuter aisément avec le pouvoir central. Refus du dialogue, crainte d’être récupérés par les politiques, ces maîtres du langage énarchique, ou bien difficulté à proposer une liste cohérente de revendications ? Un peu de tout sans doute. Mais avec un incroyable écart entre les nombreuses critiques qu’on entend et la rareté des solutions pratiques, ou plutôt avouables, qu’on nous propose.

Car ces « problèmes actuels » sont, en fait, très vieux.

S’agit-il de sortir de l’euro, donc de dévaluer, avec l’inflation importée qui ira avec ? Autrement dit de faire sauter l’Union européenne, pour se rapprocher de l’Italie ? Un Franxit ? Personne n’ose s’y lancer : c’est le non-dit des extrêmes. En attendant que la situation empire ?

Ou bien s’agit-il de répudier la dette publique, ces 1 800 milliards d’euros de dette négociable, dont 850 possédés par des Français, largement en assurance vie, et 950 détenus à l’extérieur, largement dans les fonds de pension ? D’accord, mais où trouver alors les 100 milliards de déficit budgétaire annuel qui payent les fonctionnaires et leurs retraites, sans compter les déficits de la Sécurité sociale (encore), et des retraites (à l’équilibre si rien ne change en… 2037, nous verrons alors pour régler le passif cumulé). Tout ceci sachant que les ménages français sont très endettés auprès des banques (94% de leur revenu, contre 82% en Allemagne), tout comme les entreprises (73% du PIB, contre 38% en Allemagne) ? La faillite de l’État et du pays ? C’est nous qui allons payer. Passons à d’autres idées.

Alors, taxons les milliardaires. Mais ils sont ici au nombre de 39 sur les 1 500 que l’on compte au monde, selon Forbes. Pas bien nombreux ! Allons donc taxer plus les Français qui payent l’impôt sur le revenu : 43% du total en 2017 (16,3 millions imposés contre 15,6 non imposés et 6 ayant bénéficié d’une restitution – autrement dit d’un impôt négatif). Mieux, augmentons les tranches marginales les plus élevées. Occupons-nous de ces ménages qui ont déclaré des revenus supérieurs à plus de 50.000 euros : ils sont 10,2% des foyers fiscaux, mais rapportent quand même 70,4% du total. Soyons plus durs avec les « plus riches » qui déclarent plus de 100.000 euros de revenus : voilà 40,6% de l’impôt payé par 2% des foyers. Si nous allons au-dessus du million d’euros, on trouvera 6 400 foyers en 2016, pour 3 milliards d’euros d’impôts sur un total de 77 ! Chacun d’entre eux paye 500 000 euros d’impôt, autant que 250 foyers imposés moyens. C’est pas mal et ces 6 400 foyers peuvent partir, l’ISF avec.

Bon ! Taxons les robots tueurs d’emplois, comme tout le monde le sait… ce qui en réduira (malheureusement) le nombre.

Mais avant, il faut quand savoir qu’ils sont 322 pour 10 000 emplois industriels en Allemagne, avec un taux de chômage de 3,3%, contre 129 en France, avec un taux de chômage de 9,1%. Tueurs d’emplois ? Pas si sûr.

Difficile de trouver des solutions « jaunes » par les hausses de taxes, sachant qu’il est interdit de réduire les dépenses publiques, le nombre des fonctionnaires ou de petites mairies, sous prétexte de profiter des technologies informatiques ! Pareil pour l’idée d’optimiser les soins de santé ou de favoriser le maintien des personnes âgées à domicile en formant du personnel à la domotique et aux soins de base. Comment oser ces propos !

Donc, maintenons le prix de l’essence et du gasoil, et soutenons l’achat de véhicules électriques (français ou chinois). Et, pour alimenter ces véhicules salvateurs, nous aurons l’éolien et le solaire. Quoi ? Ils ne marchent pas tout le temps, sont plus chers et ne seront pas suffisants ? Alors, oublions la transition énergétique ! Quoi, il faudra plus de nucléaire ? Et mangeons français : ce sera moins de pétrole et plus de goût. Quoi ? Ce sera plus cher si nous voulons, aussi, que le paysan gagne enfin sa vie ?

Voyons, trouvez-moi alors un gilet, qu’importe la couleur, qui m’explique comment tout a tenu jusqu’ici ! Quoi : par la dette, comme un château de cartes (ou de bons du trésor), tenu par Draghi et Merkel ? Quoi, il ne suffira pas de faire partir Macron ? Quoi, il faudra travailler plus, et plus efficacement ? Quoi, la réponse sera la productivité et la compétitivité ?

Quoi, l’avantage réel des gilets jaunes serait qu’ils nous font trouver la bonne solution, après avoir testé toutes les autres ? Vite !

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