Togo: »Pourquoi toujours les mêmes ? », lettre d’un étudiant au président Faure Gnassingbé

La situation socio-politique dans le pays ne préoccupe pas seulement les acteurs politiques ou les opérateurs économiques. Toutes les couches restent attentives sur les évolutions du pays et la gouvernance en général.

C’est le cas d’un jeune étudiant togolais qui a décidé d’adresser une lettre ouverte au président de la République. Une longue note dans laquelle, l’étudiant en droit de l’Université de Poitiers en France confie ses préoccupations et celles des jeunes du pays.  BATCHOUDI Nikada livre ses attentes et des questions qui restent pour lui sans réponse.

Parmi ses préoccupations, le récent gouvernement. Le jeune apprenant en droit Du contentieux international se pose beaucoup de questions sur sa composition et sur le sort reservé à la jeunesse togolaise.

« Pourquoi toujours les mêmes ? Pourquoi ne mettrez-vous pas au défi cette jeunesse ? Pourquoi ne voulez-vous pas profiter de l’énergie et de la force de cette jeunesse ? Vous avez déjà essayé des jeunes qui nous ont surpris par des résultats », indique-t-il dans sa note.

Voici in extenso le contenu de la lettre :

LETTRE OUVERTE A MON TRES CHER PRESIDENT FAURE GNASSINGBÉ

Mon cher président,

Il sonne actuellement 03h24 dans ma petite montre, moment idéal pour fermer les yeux, mais le sang de ma jeunesse ne me le permet pas, les idées rêveuses ne me lâchent pas du tout ; je décide donc de prendre mon stylo et mon calepin pour vous adresser ces écrits venants du plus profond de mon cœur.

Mon cher président,

A l’heure où je vous parle vous avez encore tout mon estime, mon respect, et ma considération.

A l’idée de vous écrire, la première question qui me vient à l’esprit est si ces notes vous parviendront, je me réponds oui, je crois en la force de ma génération, en la force des réseaux sociaux, en la force des médias.

Mon cher président,

Je ne ferai pas la démarche tendancielle de ma génération en mettant en exergue la violence, la diatribe, et des propos déplacés ; vous êtes un chef d’Etat, incarnant ma république, je m’attache fortement à votre respect.

Mon cher président,

Je me rappelle encore des conditions dans lesquelles vous aviez pris ce pouvoir, ce fut dur mais votre tempérament a su calmer les ardeurs et à un moment nous vous avons tous adopté, vous aviez fait l’unanimité.

Vous avez surpris plus d’un par vos premières réalisations, vos grands chantiers et surtout de votre énergie. En si peu de temps vous avez conquis les fils de ce pays, libéralisé l’expression, du nord au sud chacun revendiquait votre paternité. Vos temps forts excellence Monsieur le Président.

Mon cher président,

Je ne vous écris pas pour relancer le débat commun, remettre en cause votre légitimité ou encore vous rappeler les maux de notre peuple… Je vous écris pour partager mes questions sans réponse, je vous écris pour comprendre, je vous écris pour partager ma soif.

Mon cher président,

Nous pouvons être fier de notre pays le Togo car il nous a accordé une identité, une culture, une éducation ; il nous a permis de savoir ce qu’il a de naturel et nous a ouvert les yeux sur ce que nous pouvons faire ou réaliser.

Mon cher président,

Notre éducation nous aurait fait comprendre que nous possédons du pétrole en offshore (je ne m’y connais pas trop, mais on nous aurait dit qu’il n’est pas encore exploité), du marbre, du manganèse, du calcaire, du fer, de l’uranium… Que faisons nous pour valoriser, travailler, et exploiter ces richesses mises à notre portée par dame nature ?

Mon cher président, s’il y a une question à laquelle je n’ai jamais trouvé de réponse c’est celle de savoir comment les choses se font pour qu’un tout petit de 5 petites régions traversables chacune en 1h de temps ne peut il pas faire l’objet de toutes les curiosités de notre sous régions et du monde ? un petit pays qui se résume pratiquement à Lomé (où vit la grande partie de la population) ne peut-il pas être construit, bâti d’une façon assez luxueuse ?

Mon cher président,

A lire, notre phosphate serait d’une qualité incontestable dans le monde et représenterait 40% de nos recettes, que faisons nous pour maintenir la production, encourager les mains d’œuvres et pérenniser les acquis ?

Notre port, la riche en eaux profonde ; à entendre dire, il créerait beaucoup d’entrées pour notre pays ; notre café, cacao qu’en faisons-nous ?

Pour un si petit pays nous pouvons valoriser notre culture et favoriser l’autoproduction ; nous avons des mains d’œuvres gratuitement attribuées à la liste des chômeurs, cela nous coute quoi de les prendre en masse, les soumettre à une formation de pointe et par les prérogatives de puissance publique que nous même vous avions délégué exproprier les zones non habitées pour varier les cultures.

Je sais, je sais, oui je sais… les choses ne sont pas si faciles que je le pense surtout avec mon jeune âge ; mais ceux sont des choses qui ont été faites ailleurs et qui ont réussi.

Mon cher président,

Vous faites face à une génération et une jeunesse très exigeante, la responsabilité qui vous incombe est aussi lourde je sais mais décidez-vous de marquer votre temps, d’écrire votre propre histoire en prenant les audacieuses décisions pour ce cher pays.

Il est 04h47 dans ma montre, je commence par m’épuiser, mais vous écrire me tient tellement à cœur que je veux aller au bout de mes idées.

Mon cher président,

Je me pose encore une question par rapport à notre dernier gouvernement, on le sent plus politique que pratique. Pourquoi toujours les mêmes ? pourquoi ne mettrez-vous pas au défi cette jeunesse ? pourquoi ne voulez-vous pas profiter de l’énergie et de la force de cette jeunesse ? Vous avez déjà essayé des jeunes qui nous ont surpris par des résultats.

Mon cher président,

Je me sens solidairement responsable de votre bilan face à l’histoire de mon pays, car vous détenez le pari d’une jeunesse, votre échec sera le notre car la prochaine présidence d’un jeune dépendra de votre production d’aujourd’hui.

Mon très cher président,

Vous pouvez encore surprendre ce peuple qui vous aime tant mais laisse l’expression d’une impatience prendre le dessus ; ce peuple n’est plus trop exigeant quand un minimum est fait. Vos premières réalisations sont toujours brandies, imaginez si vous en faites plus.

Mon très cher président,

Je sais qu’au fond vous ne dormez pas sur vos lauriers, que vous faites de votre mieux mais cela ne parait pas encore suffisant surtout qu’il existe une certaine compétitivité sous régionale et mondiale. Ou du moins nous sommes moins informés car vous communiquez peu. C’est l’occasion encore de vous tendre la main pour une discussion entre jeunes afin de savoir ce que chacun a sur le cœur.

Mon très cher président,

Vous pouvez encore faire plus, vous pouvez encore rattraper notre mandat social, vous pouvez encore doter de chaque région un grand centre hospitalier, vous pouvez encore faire de Lomé à Dapaong une route à 4 voies, vous pouvez encore dénicher les meilleurs talents et les faire former, vous pouvez encore renforcer nos centres d’études, vous pouvez encore créer des conditions pour des productions locales, vous pouvez encore augmenter les salaires si on réorganise nos organigrammes productrices de revenus, vous pouvez encore reconvertir ces conducteurs de taxis moto pleins d’énergie, vous pouvez encore faire payer à juste titre nos artistes, vous pouvez encore être plus exigeant dans vos nominations et dans l’attente des résultats… mon très cher président vous pouvez encore, encore et encore.

Mon très cher président,

Il sonne exactement 05h27, la fatigue doit se ressentir dans mes écrits, mais la conviction qu’ils vous atteindront me fait tenir.

Il est possible que certaines idées puissent m’échapper mais je vous sais très intelligent pour développer les insuffisances et deviner mes aspirations.

Mon très cher président,

Je vais m’arrêter, je ne vous épuiserai pas assez car le travail doit vous attendre, la lettre est longue je sais, mais je sais que vous la lirez.

Je souhaite fortement que vous nous surpreniez à la veille des élections de 2020, que vous nous donniez tous les arguments, que vous ayez un bilan à défendre, des réalisations à brandir…

Mon très cher président,

Il est possible que mes écrits portent des coquilles mais soyez rassuré, elles ne sont que sous le coup de la fatigue et de l’improvisation ; elles n’auront pas d’effets déterminants sur le fond de ma pensée.

05h 40… ici je m’arrête. Une lecture diagonale se fera avant la validation de la publication.

Veillez agréer Monsieur le président, l’expression de mon plus profond respect.

Votre jeune compatriote,

Un jeune assoiffé,

Un jeune dans l’attente,

Bien respectueusement.

BATCHOUDI Nikada

« Petit étudiant à l’université de Poitiers »

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