Nigeria: quand les « fake news » plombent la campagne présidentielle

Entre démission de Mahmood Yakubu, le président de la Commission électorale indépendante (INEC), et la mort du président sortant Muhammadu Buhari, la campagne électorale en vue la présidentielle du 23 février, a été empaillée par une propagation de « fake news » sans précédent dans le pays. Et ce, en dépit de la mise en place du « CrossCheck Nigeria », une plateforme réunissant plus de 40 journalistes dont l’objectif est de scruter les réseaux sociaux, surveiller les pages des partis politiques, traquer rumeurs et fausses informations

Discours haineux, fausses accusations, photos détournées, vidéos fabriquées…tous les moyens sont « bons » pour orchestrer une campagne de dénigrement vis à vis de ses adversaires en course pour le fauteuil présidentiel.

Dans ce domaine, souligne Jeune Afrique, WhatsApp, l’une des applications de messagerie les plus utilisées au Nigeria, représente un véritable casse-tête pour les journalistes.

Beaucoup de messages qui y sont partagés le sont dans des groupes privés, familiaux ou professionnels, inaccessibles aux organismes de fact-checking.

À la différence de Facebook ou de Twitter, l’application est chiffrée de bout en bout, ce qui permet aux utilisateurs de partager des messages sans révéler leur origine.

« Parfois, les fausses informations sont déjà diffusées et virales bien avant d’avoir pu être vérifiées », confie Tope Ogundipe, directrice des programmes de Paradigm Initiative, un acteur d’entrepreneuriat social spécialisé dans le digital.

Pour ce dernier, les partis politiques et leurs supporters sont à l’origine de la majorité des fake news disséminées durant la présidentielle. Une véritable arme de propagande, avec des conséquences dangereuses pour le pays.

« La plupart de ces fake news ont exploité les divisions ethniques et religieuses et elles ont fracturé la société », estime Idayat Hassan, directrice du Centre pour la démocratie et le développement, un think tank basé à Lagos.

« Elles ont aussi provoqué l’érosion de la confiance des Nigérians vis-à-vis de la gestion du processus électoral ». Une méfiance accentuée par le report du scrutin, qui a généré « encore plus de déception et de mécontentement dans le pays », selon la chercheuse.

Avec 24 millions d’utilisateurs sur Facebook, un taux de pénétration mobile de 84% pour 190 millions d’habitants, le Nigeria est une fourmilière d’internautes. 

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