Togo : Kangni Alem partage le sandwich avec le public le 23 mars prochain autour d’un café littéraire

Le sandwich de Britney Spears est le troisième recueil de nouvelles de Kangni Alem qui sera dédicacé le 23 mars prochain à l’Institut français de Lomé autour d’un café littéraire. Dramaturge, nouvelliste et romancier, Kangni Alem est né en 1966 au Togo. L’ouvrage édité aux Editions Continent de Adzéwoda Vondoly parle de « Quatre nouvelles-éventail qui s’ouvrent sur les quatre coins du monde, riches de leurs problématiques, de leurs personnages haut en couleurs, mais aussi de leurs narrateurs qui prennent la parole depuis divers âges de la vie. C’est une œuvre qui répond fondamentalement à l’appel de revalorisation des langues africaines lancé par la Revue citoyens des Lettres.

Dans le passage qui suit, on recroise un personnage cher à Kangni Alem : Monsieur Lomé, le fameux sculpteur de phallus en laiton dans Les enfants du Brésil. Ici, il est aussi propriétaire de Filles de Kilimandjaro, un bar très mystérieux.

« Monsieur Lomé, disait le trottoir, fabrique des Legba spéciaux pour son propre commerce. Vous avez-vu les phallus qu’il leur fait ? Solides, inattaquables par les termites. Les phallus de l’avenir, en cuivre et en zinc, comme quoi nous sommes condamnés à évoluer avec notre temps ! »

Des pénis métalliques fichés sur des Legba en bois ouvragé, il avait suffi d’une telle originalité pour rendre un homme riche, vraiment, je n’en revenais pas. Mais comme si cela ne suffisait pas pour sa notoriété, les gens du quartier racontait que l’artiste avait transformé son bar en quelque chose de plus original encore

« Entrer dans ce bar, c’est comme entrer dans la femme-même, vérité ! »

Quand les clients faisaient la queue les soirs de grand bal devant le bar, je restais là à rêver qu’ils parcouraient un sas ayant la forme d’un utérus. Je ne l’avais jamais arpenté. On longeait un corridor humide et rose, où l’artiste avait peint des traînées blanches. Ceux qui ont une fois pénétré dans la cour de Filles de Kilimandjaro racontent. Des traînées spermatiques. A base d’une décoction d’eau et d’amidon de manioc. On longeait le corridor que l’on croyait sans fin, puis l’on débouchait sur la vaste plaine, au milieu de laquelle trônait le manguier. Le tertre. La montagne. Le grand phallus. Ceux qui disent avoir une fois pénétré dans le bar semblaient ne pas y avoir vu la même chose. Sur la vaste plaine, en son milieu, trônerait manguier, tertre, montagne et grand phallus, tout cela à la fois, que je ne serais pas étonné. Ma tête d’enfant était plus vaste que le grand monde.

Je ne saurai expliquer pourquoi les choses paraissaient ainsi dans mes songes. Dans mes songes éveillés, j’entrevoyais des Legba informes accueillir les clients du bar en se pliant toujours au même rituel : ils glapissaient comme un chien, les phallus en laiton de Monsieur Lomé fichés entre leurs jambes.

A peine entraient-ils dans la cour, d’autres Legba nains surgissaient du noir, et se mettaient à la poursuite des femmes, uniquement des femmes, les immenses phallus en laiton de Monsieur Lomé accrochés au cou. Ils voulaient les féconder, hurlaient-ils, et les pauvres femmes déboussolées couraient à travers le bar comme si elles croyaient effectivement les dieux de bois capables d’exécuter leur menace. Les hommes émoustillés par la promesse, reprenaient des nains en chœur le chant de ces derniers :

Mi li vo li vo

Mi la mon mi ya

Nous bandons, nous bandons

Nous allons vous faire jouir !

Monsieur Lomé apparaissait enfin et distribuait à tous des phallus. De petits phallus en laiton, dont l’intérieur était creusé comme des verres à boire. La nuit de bal alors pouvait commencer ».

Lauréat du Grand Prix du concours théâtral interafricain et du Grand Prix littéraire d’Afrique noire, Kangni enseigne le théâtre et la littérature comparée à l’Université de Lomé

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