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Le M23 en RDC : les preuves accablantes de l’implication du Rwanda

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Le Mouvement du 23 mars ‘M23’ est une ancienne rébellion à dominante tutsi vaincue en 2013, qui a repris les armes en fin d’année dernière (2021). Il reproche à Kinshasa de ne pas avoir respecté des accords sur la démobilisation et réinsertion de ses combattants.

Au lancement de leur rébellion, en mai 2012 déjà, les troupes du M23 avec à leur tête Makenga Sultani avaient pris le contrôle de la cité de Bunagana, en passant par les collines de Runyoni et Chanzu. La conquête était partie, une fois encore, de Sabinyo, au croisement des frontières de la RDC, l’Ouganda et le Rwanda.

Bunagana est une cité charnière du territoire de Rutshuru dans la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Toujours à la frontière avec l’Ouganda et non loin du Rwanda, elle est tant une cité stratégiquement militaire qu’un carrefour commercial.

Signalons qu’en 2012, la Direction générale des douanes et accises de la République Démocratique du Congo (DGDA) déclarait y réaliser chaque mois entre 500 000 et 700 000 dollars américains de recettes douanières. Et c’est exactement en cette année, 2012, que la cité fait la une de la presse internationale. Le matin du vendredi 6 juillet 2012, des combats qui opposaient depuis plusieurs semaines les forces gouvernementales des FARDC à un groupe présenté alors comme des « mutins » nommé « Mouvement du 23 Mars » atteignent la cité. Face à l’étrange puissance de feu de ce mouvement rebelle, l’armée nationale congolaise n’a d’autre choix que d’abandonner la cité. Elle tombe aux mains du M23 et devient la capitale temporaire d’une aventure militaire et minière qui va de nouveau endeuiller l’Est du Congo Kinshasa ( ex Zaïre) déjà meurtri depuis les événements de 1994 avec le génocide rwandais.

La résurgence

Les 28 et 29 mars 2022 soit 9 ans après leur éradication, les rebelles sont sortis de leurs bastions d’altitude pour attaquer des positions de l’armée congolaise, notamment à Runyoni et Tchanzu, région où huit soldats de l’ONU sont morts dans le crash de leur hélicoptère le 29 mars 2022, dans des conditions inexpliquées à ce jour. Au même jour que l’attaque de Bunagana qui fera perdre le contrôle aux Forces Armées de la République Démocratique du Congo vers Ouganda. Mais celle-ci échoue. L’armée congolaise est notamment secourue par l’armée ougandaise, située de l’autre côté de la frontière, et qui mène des opérations conjointes avec la RDC contre des rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), présentés par l’organisation État islamique (EI) comme sa branche en Afrique centrale.

Les preuves d’une agression par un pays voisin

Le mouvement du 23 mars (M23) soutenu par les Forces de Défense du Rwanda (RDF) a mené des incursions et attaqué dans ses positions de Tchanzu et Runyonyi dans le territoire de Rutsuru. Au cours de ces attaques, les FARDC ont mis la main sur deux militaires rwandais d’après le point de presse du général major Léon-Richard Kasonga, porte-parole des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), Il s’agit de l’adjudant Jean-Pierre Habyarimana et du soldat de rang John Uwajeneza Muhindi, alias Zaje, tous du 65e bataillon de la 402e Brigade des Forces de Défense du Rwanda, dévoile l’armée congolaise. Les deux soldats sont « du 65e Bataillon et la 402e Brigade commandés respectivement par le Lieutenant-Colonel Rurindo Joseph et le général Nkubito Eugène sont basés à Jarama, au camp militaire Kibungo au Rwanda », renseignent les FARDC.

Bunagana toujours sous contrôle depuis le 12 juin

Dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juin 2022 de 22h 46 à 10h déjà, le M23 prend finalement Bunagana dans une offensive foudroyante. C’est plutôt la montée en puissance du M23 qui étonne le gouvernement congolais et l’état-major militaire. Car quelques heures avant la chute de Bunagana, les FARDC assuraient pourtant avoir repoussé une avancée du groupe rebelle sur cette ville située au pied du volcan Sabyinyo, quasiment au point d’intersection entre les frontières congolaise, ougandaise et rwandaise, sur la route menant à Goma.

Dans la foulée, Kinshasa hausse le ton dans un communiqué. « Les terroristes du M23 soutenus par l’artillerie et les militaires de l’armée rwandaise ont attaqué et pris Buganana déclaré Patrick Muyaya porte-parole du gouvernement», une information confirmée par l’armée. « L’objectif poursuivi par le Rwanda est d’occuper Bunagana pour non seulement paralyser la ville de Goma, mais aussi faire pression sur le gouvernement » congolais, précise Kinshasa, dans une déclaration vérifiable sur le compte Twitter du ministre porte-parole du gouvernement congolais.

Des éléments matériels qui accablent le Rwanda

L’armée congolaise a par ailleurs exhibé de son côté d’autres matériels militaires sur lesquels les initiales de l’armée rwandaise sont marquées. On y voit des casques de protection par balles, des chaussures ou même de l’armement et des munitions. Pour Kinshasa, cela ne fait l’ombre d’aucun doute : le Rwanda est non seulement derrière la montée en puissance du M23, mais envoie également ses éléments combattre en RDC.

Sur les images publiées par l’armée congolaise, on peut voir les initiales de l’armée rwandaise « DRF » sur des bottes par exemple, et lorsqu’on analyse les uniformes, les gilets par balles et des casques blindés sur ces derniers, on y découvre des étiquettes de fabrication qui renseignent leurs origines. Ces équipements sont fournis par une société chinoise dénommée Xinxing import and export Co.LTD. Des matériels fabriqués en décembre 2020.

Sur le web, Xinxing se présente comme une société étatique de droit chinois et basée à Guangzhou et qui exerce depuis 1989. Le groupe chinois admet, sur son site internet, travailler avec « plusieurs clients en Afrique ». Notamment le Tchad, le Kenya, le Mali ou même l’Union Africaine. « En avril 2021, nous avons reçu une commande d’un client kenyan qui devait commander 6000 shorts. Nous citons d’abord nos clients, et les clients estiment que notre prix a un avantage. Ensuite, nous avons fait un échantillon basé sur l’échantillon du client, et le client était satisfait de la qualité après avoir reçu l’échantillon », fait savoir Xinxing sur son site internet.

La Chine indirectement impliquée?

À y voir de près, l’embargo qui pèse sur la RDC et la rapidité de réorganisation du M23, sa récupération des cités stratégiques et riche en matières premières, le fait que du matériel militaire produit en Chine se retrouve entre les mains du M23 épingle Pékin. Des déclarations diplomatiques des USA et de la Chine abondent dans ce sens.

L’analyse des images et l’avis des experts de la défense et renseignements militaires convergent vers la réalité indéniable que le M23 utilise bel et bien des armes d’origine chinoise. « Les armements du M23 saisis par les FARDC sont presque tous de fabrication chinoise. Le M23 utilise les armes suivantes : les mitrailleuses PKM Kalachnikov légères, type 80 de 7,62mm de marque chinoise ; les fusils d’assaut type 81 de 7,62mm de marque chinoise ; des mortiers 120mm et de 117mm chinois ; des mortiers 82-PM-41 de 82 mm fabriqué en URSS ; des lance-roquettes anti-chars type 69 de 40 mm chinoises », confie un général sous anonymat. Même le site officiel de l’armée rwandaise le confirme sur les images.

De ce qui précède, il est évident que ces matériels sont fabriqués par Xinxing. Il est aussi clair que Xinxing a vendu ce même type de matériel à l’armée rwandaise qui à son tour l’a mis à la disposition de son bras d’insécurité dans la sous région. Pas de doute, explique un expert militaire consulté à Goma et qui a requis l’anonymat. « Je confirme à mon tour que les forces spéciales rwandaises utilisent les mêmes casques par balles que le M23« .

Jusqu’où ira le M23?

Alors que sur les réseaux sociaux, son pays pays est pointé du doigt, l’ambassade de Chine en RDC, dément toute implication de la Chine dans cette affaire. Pour l’ambassadeur Zhu Jing, aucun groupe chinois n’a vendu de l’équipement militaire à des groupes armés en RDC, encore moins au M23.

À noter que Xinxing a nommément cité l’Etat du Rwanda parmi les pays à qui il a fourni de l’équipement militaire. Un responsable de la société XingiXing que nous avons contacté s’est refusé à tout commentaire. « C’est tout à fait possible que de l’équipement militaire commandé par le Rwanda atterrisse entre les mains du Mouvement du 23 Mars. L’histoire récente, renseignent plusieurs experts dont ceux de l’ONU, confirme le fait que le Rwanda fournit du soutien militaire au M23. »

Le président congolais Félix Tshisekedi a de son côté mis en garde le Rwanda pour son soutien au M23. « (…) Si la provocation du Rwanda continue, nous ne resterons pas assis sans rien faire. Nous ne sommes pas faibles », a déclaré le président congolais qui insiste sur le fait que « le Rwanda combat en RDC sous le couvert du M23, qui a été vaincu en 2013. Sa dernière émergence est due aux Forces de défense rwandaises, qui se cachent derrière le M23. »

Sur le terrain, les combats ont repris dès le lendemain de la rencontre de Luanda le mercredi 6 Juillet 2022. Le M23 dit ne pas être concerné par les résultats de cette médiation. À Kinshasa, les autorités attendent le déploiement de la force régionale de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est comme ultime solution face au M23. Un déploiement qui risque déjà de souffrir de dysfonctionnement. Alors que le Rwanda n’y envoie pas de troupe, Kigali fait toutefois partie du Haut commandement de cette force censée démilitariser les groupes armés dans l’Est de la RDC y compris le M23.

Pourquoi cette pression du Rwandais sur le gouvernement congolais? Dans la suite de cette enquête, nous allons revenir sur les preuves, le contrat sur le mode d’acquisition par le Rwanda, ainsi que l’appui stratégique de Pékin dans la déstabilisation de la RDC à partir du Nord-Kivu.




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