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Séparatisme ou communautarisme: De quoi Emmanuel Macron a-t-il peur?

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En février 2020, Emmanuel Macron avait évoqué le “séparatisme islamiste”. Dans son discours du 4 septembre consacré au 150anniversaire de la proclamation de la IIIe République, le président français a assuré que la “République n’admet aucune aventure séparatiste”. Du communautarisme au séparatisme, c’est un glissement sémantique qui interroge sur le rapport de Macron à l’islam et à la laïcité.

Depuis le discours du président français le 18 février à Mulhouse, dans le quartier sensible de Bourtzwiller, les Français sont partagés. Faut-il  dire ‘communautarisme’ ou ‘séparatisme’? En effet, Emmanuel Macron avait annoncé les prémices du plan de «reconquête républicaine». Des déclarations qui ont laissé l’opinion française sur sa soif de voir un président de la cinquième puissance mondiale enfiler dignement et valablement le costume du grand Charles de Gaule qui avait une vision forte et cohérente de la fonction présidentielle. En lieu et place, Emmanuel Macron avait plutôt joué avec les mots, préférant avancer freins en mains sur une question aussi sensible que celle sur la laïcité et le communautarisme.

Les annonces de Macron

Le 2 octobre, le président de la République a fait plusieurs annonces, inscrites dans une loi contre le séparatisme dont le projet de texte sera présenté le 9 décembre en conseil des ministres par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et la ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa. Le texte prévoit entre autres, l’instruction obligatoire dès 3 ans à l’école, un plus grand pouvoir de dissolution des associations, l’obligation de neutralité religieuse des salariés des entreprises délégataires d’un service public, le renforcement du contrôle des financements des lieux de culte, la structuration du Conseil français du culte musulman (CFCM) etc.

Pour le philosophe et théologien Rémi Brague, spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive, Emmanuel Macron a juste refusé de nommer les choses, d’appeler “un chat un chat”. “À vrai dire, pas grand-chose de précis. On a commencé à employer ce mot à propos de mouvements autonomistes, voire indépendantistes, en Bretagne, en Corse, etc. Il désignait alors le désir de quitter la communauté nationale pour constituer une entité politique se gouvernant soi-même. Employer le mot, c’est ramener l’inconnu au connu, le nouveau à l’ancien. Procédé très légitime, mais aussi tactique commode de simplification”, a-t-il analysé dans un entretien au Figaro.

En effet, en choisissant le terme “séparatisme”, Emmanuel Macron se montre plutôt précautionneux dans une société française où l’islam politique a poussé des racines très profondes. Le président n’a donc mentionné aucune religion dans son discours. Il a mal nommé les choses, aurait dit Albert Camus selon qui “mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs de l’humanité”.

La France est une grande démocratie qui respecte les droits de ses citoyens. Mais, est-ce une raison suffisante pour caresser le mal dans le sens du poil? Emmanuel Macron n’a pas connu Charlie Hebdo, le Bataclan, en tant que premier citoyen de France, c’est vrai. Il est donc compréhensible que son rapport à l’islam radical soit plus flexible. Mais, les mesures annoncées dans la prochaine loi permettront-elles de lutter efficacement contre le phénomène du “séparatisme islamiste”? L’application sans complaisance des lois déjà existantes en la matière paraît plus efficace que toute autre rhétorique politique non dénuée de calculs électoralistes.

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