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Martin Eyebe Soppo : « L’instabilité de l’Euro peut  contraindre certains pays  à recourir à l’endettement »

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Ancien analyste responsable des opérations à la bourse de Paris sur le Marché à Terme des Instruments Financiers (Matif) et ancien securities dealer au Pacific stock exchange en Californie (USA), Martin Eyebe Soppo analyse les effets de la chute de l’Euro sur les pays qui utilisent le franc CFA. Il s’est confié dans un entretien à nos confrères de News du Camer. Lecture

Depuis le début de la crise en Ukraine, l’Euro  connaît une instabilité sans précédent. Qu’est ce qui explique cette instabilité ?

Généralement, dans le constat des positions prises par les traders sur l’articulation du marché  des capitaux, le dollar grimpe quand l’euro chute. C’est en réalité un phénomène mécanique qui ne profite pas à la monnaie européenne, laquelle, avec une parité de 1 euro pour 1.04 dollar, son cours le plus bas depuis 5 ans avec un euro pour 1.035, n’a jamais été aussi faible par rapport au billet vert depuis 20 ans. A tel point que certains n’excluent plus une parité complète entre les deux devises. Alors que l’Euro pâtit d’un impact de la guerre en Ukraine largement plus important en Europe qu’aux États-Unis, on peut constater que le dollar veut jouer plus que jamais son rôle de valeur refuge, en renforçant par le biais de la hausse des taux, sa valeur monétaire. Un paradoxe, lorsqu’on sait qu’il y des sanctions qui génèrent d’autres incidences.

 Alors, ce phénomène, aujourd’hui instable, n’est pas seulement une résultante des marchés financiers, il est aussi l’un des impacts des mouvements de capitaux. La guerre en elle-même, pouvait entraîner des variations couvertes sur les marchés à termes d’instruments financiers par des options négociables, pour juguler les marchés, par exemple. Seulement, il y a eu les sanctions imposées à la Russie, alors que le monde, dans sa globalité, était devenu un petit village interconnecté ou le dollar était la résultante à plus de  90% du volume des échanges commerciaux. Le dollar était ainsi financé par l’ensemble des économies mondiales qui lui confèrent, de fait, une valeur refuge.

Le fait des sanctions diminue la valeur commerciale de manière significative. Nous pensons que le volume des échanges va avoir un impact d’échange à la baisse pour perdre au moins 20 points de base et se situer vers, au moins 70% des échanges commerciaux à l’international.

Cette position va créer d’autres espaces, permettre un volume d’échanges à d’autres devises, au risque de conférer à l’Asie la prépondérance à travers du Yuan  chinois qui est la conséquence du volume d’échanges en adéquation avec cette zone.

De ce point de vue, le marché financier court – il un risque ?

Le risque, encouru sur le marché financier international, serait de voir émerger, sur le marché de capitaux, une autre valeur pivot au même titre que le dollar sur le couloir du FOREX  (Foreign Exchange Market ou Marché des changes)  qui traite un volume d’une valeur transactionnelle, aujourd’hui, de près de 6 000 milliards de dollars par jour. Le FOREX est un marché mondial décentralisé ou de gré à gré pour le commerce des devises. Ce marché détermine les taux de change pour chaque devise.

Le Yuan chinois semble très indiqué pour jouer ce rôle sur l’Asie, compte tenu des volumes commerciaux que la Chine exporte et importe dans le monde. Cela pourrait emmener cette nouvelle valeur pivot à fédérer les autres devises de cette zone ou d’autres zones laissées pour compte.

Sans être catastrophiste, cette hypothèse est envisageable. Il faut savoir que le dollar s’échange contre d’autres devises au FOREX, mais là, ce serait le Yuan contre les devises qui vont confédérer autour du Yuan. Un arbitrage, passionnant pour les traders, qui n’est pas nécessairement souhaité par les exportateurs sur les marchés de capitaux.

Cette instabilité de l’Euro influence-t-elle négativement ou positivement  les importations et les exportations des pays qui utilisent le francs CFA ? Qu’est ce qui peut expliquer cela ?

Je dirais oui et non. En fait tout dépend de la manière dont on gère les comptes devises dans nos banques centrales, conséquences de nos exportations. Déjà, le francs CFA que je considère comme un instrument de paiement n’est pas une monnaie. Nous n’existons pas au niveau international ; si oui à travers le franc français, une composante du panier de devises qui composent l’euro, qui, à son tour, nous permet une convertibilité à parité fixe pour animer notre zone monétaire.

A partir de là, vous comprendrez, aisément, que nous gérons en permanence deux positions  pour le fonctionnement de nos économies, une position constante de création de crédits et une position de création de devises:

– Une position constante de création de crédits, par la rotation croissante de notre offre  et demande interne qui ne nous permet pas de battre monnaie : voyez-vous 95% de l’offre est dans le marché informel ou la plupart des intervenants sont des auto-entrepreneurs, même celui  qui vend les arachides dans la rue est un auto-entrepreneur. Hors l’un des facteurs qui anime la croissance dans les économies traditionnelles c’est la vitesse de circulation de la monnaie. En fait, cette vélocité de la monnaie animée par l’auto entreprenariat, qui serait la vitesse à laquelle une unité monétaire circule dans un système économique participe de la croissance, témoin d’une bonne santé économique.

Mais, comme les produits de consommation courante n’entrent pas dans la balance des paiements de la nation (les échanges de consommation du manioc ……. banane plantain ….. igname …. ou macabo n’y figurent pas), nous ne pouvons construire en permanence que des positions de crédits pour les banques commerciales. En retour, elles sont crédibles vis-à-vis de la banque centrale qui, au vu des éléments, a le pouvoir de battre monnaie dont le mécanisme actif, certainement à corriger, ne lui permet pas de mettre des valeurs fiduciaire sur le marché.

– Une position de création de devises à travers l’exportation des matières premières. A travers les exportations de bois, café, cacao ………….. banane fruit, des produits qui figurent dans notre balance des paiements mais qui sont consommés par nos acheteurs, nous participons à l’offre et à la demande internes de leur différents pays. Comme ils nous paient en devises, nous pouvons alors avoir des réserves de change qui vont nous permettre d’acheter les titres ou des papiers  qu’on appelle francs CFA.

Alors dans l’enseignement reçu, lorsque j’opère une hausse à l’exportation, le multiplicateur qui crée des ressources et qui crée, aussi, l’aisance structurelle, ne fonctionne pas dans mon environnement. Il faudrait que je l’adapte autrement dans mon espace, parce que j’ai des positions de crédits importantes. A l’état de compréhension pure de l’économie des sentiers battus, le multiplicateur Keynésien perdrait la boussole dans mon secteur.

Parce que, pour Keynes, ce classique de l’économie son multiplicateur dit qu’une hausse de l’investissement initial entraîne des vagues successives de revenus qui stimulent la demande et incitent les entreprises à accroître leur production et donc à créer de nouvelles vagues de revenus, et ainsi de suite. C’est cela le multiplicateur Keynésien.

L’inadéquation des deux positions explique cette instabilité dans notre zone, mais nous pouvons y remédier en faisant l’arbitrage de paramètres des valeurs économiques de ces deux options qui partagent la gouvernance de notre économie.

Quel est l’impact que cette instabilité peut avoir au niveau de la dette extérieure des pays qui utilisent le francs CFA ?

Cette instabilité peut, en notre défaveur, favoriser une augmentation des créances intérieures. Ce qui nous contraint de recourir à l’endettement, recours qui pourrait jouer un rôle essentiel pour le développement dans notre zone monétaire. Mais,  en réalité les niveaux insoutenables de ces dettes sont basés sur notre capacité à exporter, ils  fragilisent la croissance et pénalisent les minorités.

Toutefois, si nous mettons en place des mécanismes de jonction entre les positions permanentes de création de crédits et les positions de création de devises, la dette peut être un levier intéressant pour la relance économique à travers des mécanismes adaptés à notre environnement.

Ces types d’actions deviennent pertinents pour justifier les palliatifs pouvant corriger les écart-types liés à une instabilité dans notre système.

Pour illustrer ceci, il semblerait à partir d’un post.  Selon Richard Evina Obam, le directeur général de la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA), le gestionnaire de la dette publique au Cameroun, entre septembre 2021 et septembre 2022, l’Euro, monnaie à laquelle est arrimé le franc CFA (F CFA), a perdu 19% de sa valeur face au dollar, la monnaie américaine qui est aussi la monnaie de référence dans l’économie mondiale.

Ce constat est normal, il correspond à la position du dollar face à l’euro suivant le mécanisme d’appartenance évoqué dans le mécanisme Euro/CFA. La variation du dollar face à l’euro va avoir une incidence sur tous les dérivés de l’espace que je qualifierai de marché secondaire de l’euro tel que le CFA.

Le problème qui se pose, c’est que nous n’avons pas instrumentalisé nos valeurs pour pouvoir couvrir les risques de variation de ce type de position face à une valeur du dollar à laquelle nous sommes indirectement liés. Une autre interpellation serait la nécessité de penser à créer des obligations mixtes sur les marchés de capitaux, en payant les primes nécessaires, pour nous garantir un seuil minimum de sécurité en décidant de ce qu’on accepte de perdre en cas de risque structurel. En bref, avec une plateforme adaptée on peut anticiper sur ces variations.

Comment les pays africains peuvent-ils procéder pour contourner les effets pervers de l’instabilité de l’Euro ?

A mon avis, il faudrait peut-être créer, à partir du compte devises, des comptes de contreparties et accélérer les émissions de titres du trésor couvert par la BEAC pour assurer la relance  économique dans un premier temps.

On peut aussi imaginer un  pont entre les positions constantes de crédit interne qui sont liées à notre offre/ demande nationale et la position de création de devises.

Cette jonction pourrait permettre au portefeuille de devises d’être un support pour notre instrument de paiement francs CFA qui n’a aucune valeur à l’international. Ce support, constitué de valeurs refuges pourrait aussi, de son fait, faire ressortir un pourcentage en valeur OR pour renforcer ses réserves et impulser plus de stabilité socle de sa monnaie.

On peut aussi penser que l’accumulation, de ressources liées à nos exportations, puisse constituer des portefeuilles panier de devises/socle de la monnaie à battre

La BEAC avait déjà sollicité, si je ne me trompe, l’acquisition d’une imprimerie pour battre monnaie. On peut penser que les nouvelles coupures qui vont être mises sur le marché, s’inscrivent dans cette perspective là.

Si tel est le cas, la jonction des positions économiques que je propose sur le marché, vont participer à contourner l’instabilité de l’euro contre dollar. Dans un panier de devise de valeurs monétaire refuse, les taux vont se neutraliser et donner une stabilité vis à vis des marchés de la monnaie émise.

Face à ce problème de conversion monétaire, comment peut-on préserver les investissements étrangers dans nos économies nationales ?

Les investissements étrangers n’ont pas de problèmes. C’est nous qui avons un problème. Les investissements étrangers sont couverts par plusieurs mécanismes tels que la COFACE en France ou la SACE en Italie (deux sociétés d’assurance)  et leurs primes peuvent permettre de faire intervenir d’autres mécanismes. Nous devons corriger les failles de notre système par des mécanismes que nous avons, ensemble, évoqués pour que les investissements s’adaptent à notre environnement économique, parce que le Cameroun a tout ce qu’il faut.

News du Camer




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