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Togo/Energies renouvelables: Dodji Agbézo « Si l’État veut toujours monopoliser, ça va être difficile »

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Le Togo dispose d’importantes sources d’énergies renouvelables. Si l’hydro est l’énergie renouvelable la plus utilisée, le solaire et l’éolien restent confrontés à certains handicaps. Ces contraintes sont d’ordre économique, financier, technique et réglementaire selon Dodji AGBEZO, ingénieur énergéticien de formation, Consultant sénior en énergies renouvelables et efficacité énergétique. Dans cet entretien réalisé par Africa Top Success, l’expert lève un coin du voile sur les difficultés du secteur.

Lire l’entretien…

Bonjour et présentez-vous à nos lecteurs

Je suis Dodji AGBEZO, ingénieur énergéticien de formation, Consultant sénior en énergie renouvelable et efficacité énergétique, un cabinet qui s’appelle ENERGA’AFRIQUE ou Energies Alternatives d’Afrique. Entre temps, le cabinet avait le nom de PPS (Projet Projection Solaire Togo).

A ENEG’AFRIQUE, nous faisons tout ce qui est études, installation et suivi contrôle de travaux d’équipements solaires, mais nous faisons plus des études dans le cadre de l’efficacité énergétique, nous faisons également des études dans le cadre des micros barrages d’hydroélectricités et l’assistance technique dans le cadre des réglementations ou des mesures de l’expertise technique en termes de biomasse énergie. A souligner que la biomasse énergie ce n’est pas que le bois de chauffe. Il y a les biocarburants et la cuisson propre également. Bref, nous travaillons sur des projets concernant le secteur de l’énergie renouvelable et l’efficacité énergétique.

Vous êtes dans le domaine des énergies renouvelables. Quelles sont les sources d’énergie dont dispose le Togo ?   

En termes de source d’énergie, nous pouvons primo soulever que le Togo ne dispose pas de toutes les sources qui existent mais dispose d’un gros potentiel d’énergie renouvelable notamment le solaire ; le soleil, il y en a tous les jours pratiquement au moins 300 jours d’ensoleillement par ans. Il y a aussi de l’eau que nous appelons hydroélectricité. Nous pouvons citer le barrage de Nangbéto et de Kpimé. Donc le Togo dispose qu’en même un certain potentiel dans le secteur de l’hydroélectricité. En plus de ça, nous avons aussi la biomasse. Généralement les gens ne savent pas que la biomasse, c’est-à-dire le bois énergie, le charbon de bois et tout ce qui dérive du bois énergie n’est pas énergie renouvelable. Mais si nous revenons dans la définition de ce que s’est que l’énergie renouvelable, la biomasse est bien une source d’énergie renouvelable.  Nous pouvons aussi ajouter que c’est une source d’énergie qui se renouvelle assez rapidement pour être considérée comme inépuisable à l’échelle humaine. Ce n’est pas un vecteur.  Par exemple quand vous allez au champ et que vous coupez le bois ou que vous prenez le bois mort et si la ressource n’est pas exagérément utilisée, elle se renouvelle naturellement. Cependant la manière dont nous gérons nos forêts, la manière dont nous gérons notre écosystème est un peu critique et l’on a du mal à considérer la biomasse comme une source d’énergie renouvelable. En conclusion, j’ai cité le solaire, la petite hydroélectricité ou l’hydroélectricité, la biomasse énergie et je peux encore ajouter l’éolien. L’éolien existe au Togo mais dispose d’un potentiel très faible et rester délocaliser par endroit. On peut trouver des points de possibilité d’installation d’éolien mais on ne peut pas le considérer où ; le comparer au solaire et l’hydroélectricité. Voilà les quatre sources d’énergie renouvelable qui existent au Togo et dont on peut exploiter normalement.

Permettez-nous de vous prendre aux mots. Si le Togo dispose de tous ces atouts, alors pourquoi le pays souffre encore de problème d’énergie électrique ?

Je crois que maintenant les mentalités ont commencé par changer, il y a une chose c’est de savoir que ces sources d’énergie sont disponibles et qu’il est possible de les transformer d’une source naturelle en électricité mais, beaucoup ne faisaient pas confiance que cela est possible avant. L’autre chose est de pouvoir croire et y mettre les moyens et les cadres nécessaires dont on a besoin au service de ce secteur afin de pouvoir atteindre l’autosuffisance en termes d’électricité dans le pays. Maintenant, je crois que les initiatives notamment les projets au niveau du Gouvernement, les incitations et les réglementations qui ont commencé à être mise en place montrent qu’en même que le Togo est entrain de vouloir booster le secteur de l’énergie mais on n’est pas encore à la fin. Etant un secteur transversal, il faut encore beaucoup plus pour se frotter les mains.

C’est la mise en place d’un environnement favorable à tous et ouvert aux investisseurs notamment la mise en application d’un cadre réglementaire, législatif et institutionnel sur tout le secteur des énergies renouvelables qui permettra à ce qu’on puisse vraiment prendre l’envol. Et ça ne suffit pas parce que les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique marche de pair.  Donc on ne peut pas dissocier les deux. Il faut vraiment qu’on puisse commencer aussi la promotion de l’efficacité énergétique parce que c’est difficile d’abord de changer les mentalités et faire comprendre à nos autorités que les deux sous-secteurs sont liés. Il est donc de bon ton qu’on puisse les associer dès maintenant pour éviter que dans quelques années nous ayons de grandes centrales de production mais que l’électricité soit toujours en manque au Togo.

Selon vous, quels sont les handicaps au développement de ces sources ?

Les handicaps sont de quatre (4) types. Il y a les handicaps d’ordre techniques à ce démarrage mais on peut se dire qu’il y a des initiatives notamment des centres de formation qui vont être mise en place par l’AT2R, il y a aussi des entreprises qui sont localement présentes et qui apportent leurs savoirs faire. Je crois que techniquement des efforts sont entrain d’être faits.

Les autres contraintes majeures, sont les contraintes d’ordre financier puisque les entreprises qui ont le savoir et qui disposent de toutes les compétences pour y arriver n’ont pas la capacité financière suffisante pour pouvoir importer ou même assembler les composants de conversion. Parce que pour pouvoir fabriquer ou assembler des équipements ici sur place, il faut non seulement de l’électricité à moindre coût mais aussi les moyens financiers d’instaurer les équipements qu’il faut. On ne peut pas prétendre développer un marché juste avec deux ou trois panneaux solaires fabriqués par jour. Si on fait les choses à la main se serait vraiment difficile. Il faut des ressources financières conséquentes pour pouvoir instaurer toute une industrialisation pour ces équipements et éviter de ne pas trop importer surtout que l’importation ne nous arrange pas trop. Comme je le dis, en tant qu’entreprise locale, on ne bénéficie pas d’exonération ni sur les TVAs ni sur les impôts. Et cela fait que le cout de vente aux clients est pratiquement le double de ce que nous achetons. Et donc cela veut dire que c’est le bénéficiaire direct ou la population qui endosse le coût. Nous n’arrivons pas à développer nos entreprises parce que nous avons ces contraintes d’ordre financiers. On n’a pas le capital nécessaire pour investir dans l’approvisionnement des équipements. De l’autre côté, il y a une contrainte d’ordre économique. Nous connaissons tous le quotidien des togolais. Ce que nous appelons énergie renouvelable c’est surtout en milieu rural. Si vous-même vous faites votre enquête vous allez voir quel est le niveau de vie économique dans nos milieux ruraux. Ce qu’on lit dans les médias ou dans les documents de la banque mondiale n’est pas forcement ce qui se vit dans ces milieux.  Quand vous allez là-bas les gens n’ont pas la capacité de pouvoir acheter le kit solaire même si c’est Pay As You Go (PAYG). Ils rencontrent des difficultés pour pouvoir assurer ce payement.  Donc nous nous retrouvons un peu coincer. Puisque financièrement on est bloqué et économiquement la population n’est pas à la hauteur et nous sommes dans l’eau. Ces deux contraintes sont vraiment majeures.

Aussi, faut-il l’ajouter, nous avons aussi des contraintes au niveau règlementaire. Comme je le disais on ne bénéficie pas d’exonération. Il n’y a que quelques entreprises du Togo, d’ailleurs on ne peut pas dire des entreprises locales même si elles se sont naturalisées, qui bénéficient des exonérations dans le cadre du projet CIZO. On ne peut pas alléger la loi pour une certaines entreprises et laisser les autres parce qu’elles sont dans un programme donné étant donné que nous tous visons le même objectif. Pourquoi alors elles doivent avoir des incitations et les autres pas ? Il faut quand même qu’on accélère ce processus d’octroi de licence aux entreprises pour que les autres entreprises aussi puissent gagner un petit peu de crédibilité vis-à-vis de nos clients ou du moins la population que nous servirons. Les entreprises étrangères partiront un jour mais nous ne partirons jamais, c’est notre pays. Ces quatre contraintes sont vraiment des défis auxquels je pense qu’il faut trouver des palliatifs pour pouvoir booster réellement le secteur. Si l’ Etat veut toujours monopoliser et dicter les choses comme si on était dans un seul secteur comme les routes et autres ça va être difficile.

Alors que proposez-vous aux autorités en charge du secteur?

Les trois contraintes sont intimement liées au rôle de l’autorité. Le Gouvernement dans son rôle régalien doit pouvoir discuter avec les banques de développement régionales comme la BIDC, BOAD, BCEAO et les institutions bancaires pour qu’on puisse avoir des lignes de crédit avec plus de souplesse. Parce que quand moi en tant qu’entreprise, je me dirige vers BOAD personne ne me regardera. Ils vont me demander le minimum de garantie pour pouvoir m’accompagner ou alors c’est le processus qui est très onéreux et je ne pourrais jamais arriver au bout du tunnel. Il va falloir qu’on essaie de faciliter la tâche aux entreprises locales parce que nous faisons des affaires, nous faisons du profit même s’il n’y a pas « gratuitgratuit » il est possible qu’en même qu’on puisse nous subventionner un peu. Ailleurs cela se fait et pourquoi pas au Togo.

Pour ce qui concerne le côté réglementaire, c’est le rôle 100% de l’Etat de prendre des dispositions pour pouvoir exonérer tout ce qui est solaire. Non seulement les panneaux solaires mais tous les équipements entrant dans l’installation d’un système solaire. Et cela permettra aux entreprises de faire des chiffres d’affaire que les impôts viendront récupérer. Mais il va falloir qu’on ôte les TVAs et impôts du prix brut d’achat des équipements.

Par rapport au volet technique je pense que le Gouvernement a déjà commencé par créer des académies solaires et je crois que c’est une grande avancée, du moins une réponse à cette difficulté. J’espère que cela portera des fruits. S’il faut juste former des gens les larguer dans la vie active sans accompagnement, ces techniciens vont quitter leurs villages pour vivre à Lomé parce qu’ils se diront qu’ils ont été formés et il faut chercher du travail en ville. Puisque localement personne ne les sollicite pour travailler. Il va falloir qu’on pense à leur utilité après la formation. On a plus de 3000 techniciens qui sont à Lomé et les environs qui trainent. Ils n’ont pas un travail, parce qu’on a fini de les former, ils n’ont pas de moyen d’ouvrir leur entreprise. Même s’ils en ouvrent ils font face aux mêmes contraintes que leurs patrons.

Un mot à l’endroit de nos lecteurs

Pour les lecteurs je peux dire qu’on ne peut rien faire sans l’énergie. Et donc il va falloir que chacun puisse essayer des gestes écoresponsables pour économiser leurs énergies. L’idée n’est pas de les forcer mais c’est des actes qui les permettront de réduire leurs factures d’électricité. En sortant de leurs maisons, ils ne doivent pas oublier d’éteindre leurs ampoules. Il faut aussi débrancher leurs équipements directement au niveau des prises avant d’aller dormir et de ne pas allumer les lampes dans les chambres qui ne sont pas utilisées. L’utilisation des équipements efficaces notamment les ampoules LED aux détriments de celle qui consomment pourra aussi les aider. Aussi, ils peuvent réduire leurs dépenses d’électricité en faisant de petites installations solaires domestiques.




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