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Togo: malaise dans le secteur minier, des acteurs locaux à la rescousse !

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C’est une triste réalité que vivent les populations des communautés hôtes des entreprises d’extraction minière au Togo. En dépit des dispositions prises par le gouvernement en termes de cadre juridique et d’institutions chargées de sa mise en œuvre, ces dernières continuent de subir le joug des investisseurs ‘puissants et désinvoltes’. Des effets néfastes d’une exploitation sauvage des ressources se font durement ressentir au niveau social, sanitaire et environnemental. Eh oui, la réalisation de l’évolution environnementale se heurte encore à la réticence de certains employeurs, ainsi que la mise en œuvre des recommandations issues de celles qui sont réalisées. Ce constat est dressé par l’Ong Solidarité et Action pour le Développement Durable (SADD) qui a jugé utile de renforcer les capacités d’une cinquantaine d’acteurs locaux en qualité de leaders d’opinion, sur le dialogue sociétal, les redevabilités sociales et économiques dans une dynamique de gouvernance locale partagée. Objectif: organiser les populations cibles à être auteurs et acteurs de la transformation sociale au cœur de la gouvernance locale dans le contexte de la décentralisation au Togo.

Chefs traditionnels, responsables CDQ, CVD, CCD et des OSC…Ils ont une certaine capacité d’influer sur les négociations. Fort de leur position remarquable au sein de leurs communautés, leurs opinions sont écoutées et souvent suivies.

C’est à juste titre que l’Ong SADD, en collaboration avec le Syndicat Démocratique des Mines (SYDEMINES), s’est donné pour mission de les outiller sur les valeurs qui caractérisent le dialogue sociétal, gage de paix sociale.

Ceci, à la faveur d’un séminaire atelier tenu jeudi 14 novembre 2019 à Tabligbo, localité située la préfecture de Yoto. Une rencontre axée sur le thème: « Le Togo à l’épreuve de la gouvernance locale : Dialogue sociétal, redevabilité et transparence dans les industries extractives, les communautés hôtes se mobilisent ».

Les initiateurs de la rencontre disent noter dans l’administration du secteur minier, une ‘défaillance notoire’ dans la mise en œuvre de la législation sociale en matière des droits économiques et sociaux des travailleurs et de la responsabilité sociétale des entreprises en direction des populations des localités ou les ressources sont exploitées.

Une situation qui contraste largement avec la vitalité de ce secteur sur le plan socio-économique du Togo. M Yves Dossou Komlan, le coordonnateur général de SADD insiste d’ailleurs sur le fait que « le secteur extractif demeure l’un des pôles majeur du développement économique du Togo, et constitue à ce titre, un axe prioritaire pour le gouvernement ».  

Une fois aguerris, souligne M Dossou, les participants à cet atelier devraient se doter d’une dynamique organisationnelle via la mise en place de comités représentatifs capables d’engager un dialogue sociétal pacifique, sincère et transparent avec les entreprises minières et l’Etat.

Plus loin, précise ce dernier, il sera également question de garantir méthodiquement et progressivement aux communautés hôtes des entreprises d’extraction minière au niveau local et régional, la transparence, la redevabilité, la participation, l’efficacité, l’efficience, l’inclusion, l’équité et l’Etat de droit qui permettent de tirer profit de l’exploitation de leur sous-sol.

Revenant sur la situation sociale et environnementale dans le secteur minier au Togo, le coordonnateur de l’Ong SADD se dit préoccupé par les exemples qui sont ‘malheureusement’ nombreux.

Il s’agit d’habitations détériorées par les explosifs utilisés dans les mines, ou du cas emblématique des villages de Kini-Kondji de Kpomé, de Hahotoé et de Bangeli.

« Les habitants de ces localités, situées entre 35 à 90 km au Sud Est de Lomé, et environ 385km au Nord-Ouest de Lomé pour ce qui concerne Bangeli, se sont vus confisqués des centaines d’hectares de terres arables, seuls moyens de subsistance au profit des entreprises multinationales d’extraction minière. Ne pouvant plus cultiver et confrontés à une pollution des sols causée par l’exploitation, ils sont aujourd’hui réduits à la mendicité », a-t-il relevé.

De plus, les conditions de vie et de travail des hommes et des femmes, en majorité des jeunes travailleurs qui vendent leur force de travail dans ces entreprises d’extraction minière, ne sont guère reluisantes : Elles sont une copie conforme des réalités qui minent le secteur de la zone franche, la plupart  privés  de la sécurité sociale,  exercent dans des conditions précaires d’hygiène, de sécurité et de santé au travail, et pendant très longtemps muselés quant à l’exercice du droit syndical et de négociation collective.

Le premier responsable de l’Ong SADD soutient par ailleurs que « c’est pour relever tant soit peu les défis de ces défaillances qu’au Togo, il a été décidé dès lors de créer les conditions à travers une approche plus transparente et pragmatique des questions d’intérêts commun liées à la politique économique et sociale du secteur minier à travers un cadre plus ou moins institutionnel qu’est l’ITIE ».

Pour M Dossou, « seules une revalorisation sociojuridique, son applicabilité et une gestion transparente des ressources pourront garantir le respect des droits humains dans le secteur, générer et garantir des retombées économiques, sociales et financières importantes, et une juste et équitable répartition en termes de contribution à l’économie nationale, de création d’emplois directs et indirects décents et de développement local soutenu via les infrastructures socioéconomique« .

Selon un document de la banque mondiale, le projet de développement et de gouvernance minières(PDGM) en République Togolaise d’une durée de de cinq ans (2016-2020), aidera le pays à rationaliser les dispositifs des institutions clés impliquées dans les industries extractives en vue de renforcer leur efficacité et leur redevabilité.

Le projet contribuera à renforcer la gestion efficace  du secteur minier en se concentrant sur les questions de gouvernance minière, de transparence, de supervision et d’efficacité mais aussi au développement environnemental et socio-économique.

« Notre démarche contributive à la réussite du Projet de Développement et de gouvernance minière (PDGM) vise à organiser les populations cibles afin de les doter d’une dynamique organisationnelle via la mise en place de comités représentatifs capables d’engager un dialogue social ou sociétal pacifique, sincère et transparent avec les entreprises minières et l’Etat, afin de garantir aux communautés hôtes au niveau local et régional la transparence et la redevabilité qui permettent de tirer profit de l’exploitation de leur sous-sol », a indique M Yves Dossou.

En ouvrant les travaux, le préfet de Yoto, Yao Alibo, a déclaré en substance que le thèmes de l’atelier est en phase avec les objectifs  du Projet de Développement et de Gouvernance Minière pour la période 2016-2020 financé par la Banque Mondiale dont le but est de renforcer la gestion efficace  du secteur minier en se concentrant sur les questions de gouvernance minière, de transparence, de supervision et d’efficacité mais aussi du développement environnemental et socio-économique.

« Le présent atelier se tient à un moment où les réformes salutaires menées par le gouvernement sous la houlette de Son Excellence, Faure Essozimna GNASSINGBE, portent leurs fruits », a-t-il déclaré, tout en évoquant le tout dernier rapport ‘Doing Business’ de la Banque mondiale, qui classe le Togo au rang des meilleurs pays réformateurs dans le monde.

« Cet atelier vient à point nommé, car le renforcement de capacités et les recommandations qui en sortiront nous permettront de mutualiser nos énergies pour créer les conditions d’élimination de la pauvreté pour une  prospérité partagée », a conclu le préfet de Yoto.

Outre les secteurs de l’agriculture, des infrastructures, de l’énergie et du tourisme, le secteur minier est un levier fondamental de la transformation structurelle de l’économie togolaise à l’horizon 2030. Il constitue donc une source d’opportunités pour les investisseurs.

Les industries extractives ont représenté 18,5% des exportations du Togo et contribué à 3,5% du PIB en 2017. L’activité minière est en forte progression avec une contribution au secteur secondaire qui est passé de 2,1% à 17% en 5 ans.

En 2014, le Togo a tiré 4 % de ses recettes totales des activités minières, les exportations du secteur extractif représentant 22 % du total des exportations.

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