Espagne, l’extrême droite s’en prend à l’islam et à l’Al-Andalus

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Dans un pays où la xénophobie et l’islamophobie sont très peu développées, le parti Vox a pourtant décidé de cibler l’islam et l’immigration.

À rebours de ce qui se passe dans une bonne partie de l’Europe, le débat migratoire et l’épouvantail islamique ne faisaient pas partie des principales préoccupations des Espagnols. Ici, en effet, la « question territoriale », aiguisée par le défi sécessionniste en Catalogne, accaparait les batailles idéologiques. Mais la toute récente irruption de l’extrême droite dans le débat, en partie due à la surenchère séparatiste, a modifié la donne. Depuis que les ultras de Vox – une formation confidentielle et sans représentation parlementaire – ont surpris leur monde en décembre, à l’issue des législatives en Andalousie, en obtenant 395 000 suffrages et 12 députés, l’immigration et l’islam sont sur le devant de la scène, au titre de cibles. « Avec cette extrême droite en pleine effervescence, souligne le politologue Josep Ramoneda, s’est réveillée la furie anti-immigration et anti-musulmane, deux sujets qui n’ont jamais été un réel problème dans la société espagnole. » Depuis des décennies, ni les conservateurs du Parti populaire ni les socialistes n’en ont jamais fait, ou si peu, leur cheval de bataille.PUBLICITÉ

Vox en a, en effet, fait une de ses priorités, aux côtés de la lutte contre « le fondamentalisme féministe » ou en faveur de l’enseignement privé et de la corrida. Le chef de file national, Santiago Abascal, dont la formation fera partie de la future coalition de droite au pouvoir en Andalousie (qui sera investie la semaine prochaine, après 36 ans de règne socialiste), multiplie ses propos incendiaires contre l’islam, « une religion qui porte atteinte à notre profonde identité catholique ». Il exige notamment de modifier « le jour de l’Andalousie » (en Espagne – un des pays les plus décentralisés d’Europe –, chacune des 17 régions a son jour de célébration, déclaré férié). Au lieu de l’actuel 28 février, qui commémore l’approbation par référendum, en 1980, du statut d’autonomie de l’Andalousie, Vox propose le 2 janvier, jour où, en 1492, la « Reconquête catholique » s’est achevée par la prise de Grenade, jusque-là aux mains du dernier califat musulman. Pour rappel, la conquête arabe de la péninsule ibérique avait commencé en 711.

L’Espagne, pays non xénophobe, non islamophobe

Dans un pays où, depuis la fin du franquisme, l’extrême droite était pour ainsi dire inexistante, les ultras de Vox veulent s’en prendre à l’« actuelle menace fondamentaliste islamique » : ils proposent la suppression des subventions à toute association musulmane, l’expulsion immédiate des « imams suspects », l’élimination à l’école de tout enseignement de la religion de Mahomet… Près de deux millions de musulmans résideraient en Espagne, principalement en Catalogne, à Murcie, à Ceuta, Melilla et en Andalousie.

Tous les sondages d’opinion montrent que la xénophobie, et l’islamophobie en particulier, est peu développée en Espagne. Néanmoins, cela ne semble pas décourager les dirigeants de Vox. Ces derniers entendent aussi s’attaquer « sans concession » à l’immigration clandestine. S’ils entrent au gouvernement andalou, ont-ils averti, ils n’auront de cesse d’expulser les sans-papiers, « dont beaucoup de musulmans », semblant ignorer que cette mesure requiert l’accord préalable du ministère de l’Intérieur. En outre, sur le modèle de Trump pour la frontière américano-mexicaine, Vox veut dresser un mur en béton armé à Ceuta et Melilla, deux territoires ayant une frontière terrestre avec le Maroc.

LE POINT,FRANÇOIS MUSSEAU

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