Union Africaine: 450 milliards de F CFA engloutis dans un « sommet »

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Sommet budgétivore ou ambition démesurée ? Dans l’un comme dans l’autre cas, les chiffres sont hallucinants. Et dans un contexte de crise économique, une gabegie pareille devrait faire grincer les dents notamment dans les rangs des opposants au régime de Mahamadou Issoufou. Un président qui a vraiment des goûts dispendieux.

Le Niger qui consacre déjà 15 % de son budget à la sécurité, contre 10 % pour l’éducation, ou encore 1 % pour la justice, a alloué un budget de 450 milliards de F CFA à l’organisation de la 33è Conférence des chefs d’Etats de l’Union Africaine, qui se referme ce lundi à Niamey.

Sécurité, infrastructures, impact sur les opérateurs économiques…les autorités nigériennes ont mis la barre très haute.

Des rénovations coûteuses et des inaugurations en série, pour un coût total estimé à près de 450 milliards de francs CFA, le Niger qui est en proie à des attaques terroristes à répétition, n’a pas lésiné sur les moyens.

L’on note pêle-mêle: la construction du centre de conférences Mahatma-Gandhi (qui ne sera pas achevé à temps pour le sommet), rénovation du Palais des congrès, inaugurations de l’aéroport international Diori Hamani et de l’hôtel Radisson Blu par le président Mahamadou Issoufou.

Et pourtant, une réforme de l’UA avait supprimé le traditionnel sommet de milieu d’année, le remplaçant par une réunion restreinte intitulée « Sommet de coordination ».

Mais, contre toute attente, le Niger a fait feu de tout bois pour convoquer cette réunion extraordinaire, durant laquelle une trentaine de chefs d’État ont célébré le premier anniversaire de la signature du traité instituant la Zone de libre-échange continentale (Zlec).

Par ailleurs, si l’Union africaine se serre la ceinture, réduisant son budget régulier pour la deuxième année consécutive, avec une baisse de 32 millions de dollars (28 millions d’euros) prévue pour 2020, Mahamadou Issoufou était visiblement décidé à accueillir ses invités avec apparat.

Interrogé sur la nécessité d’engager de telles dépenses dans l’organisation du sommet, Mohamed Saidil Moctar, ministre et conseiller spécial du président Issoufou, (en charge de l’organisation) a indiqué que « ces infrastructures n’ont rien coûté à l’État nigérien ».

« Parmi les 450 milliards de F CFA qui ont été investis, 80 % ont été assurés par les investisseurs privés. Les 20 % restants correspondent aux travaux de voirie. Les hôtels ont été entièrement construits par des acteurs privés, que ce soit des compagnies étrangères (le Turc Summa, le groupe Teylium du Sénégalais Yérim Sow) ou nigériennes », s’est-il défendu dans un entretien exclusif avec Jeune Afrique.

Un sommet qui coûte 450 milliards de F CFA…pour quel impact ?

Pour Mohamed Saidil Moctar, l’organisation de la rencontre des Chefs d’Etat de l’Union Africaine nous a permis de renforcer les capacités des ingénieurs et des ouvriers nigériens.

« En tout, plus de 5 000 personnes ont été formées, plus de 1 500 emplois permanents ont été créés avec l’ouverture des hôtels. Mais surtout, nous avons mis en place les conditions nécessaires pour que les opérateurs privés viennent investir au Niger. Si nous avons réussi à les attirer ici, c’est bien parce qu’il y a des perspectives », soutient ce dernier.