Guinée: les micmacs d’Alpha Condé pour briguer un 3è mandat « illégal »

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La Constitution guinéenne actuelle est claire: « En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non ». Mais, la tentation est grande pour Alpha Condé, 81 ans, élu une première fois en 2010 puis réélu en 2015. Logiquement, il achèvera son second et dernier quinquennat en 2020. Si le dirigeant guinéen n’a jusqu’à présent pas annoncé de modification de la Constitution afin de pouvoir se représenter en 2020, il faut noter tout de même que plusieurs de ses récentes déclarations le trahissent. Ce que lui interdit la Constitution. 

« Personne en Guinée ne m’empêchera d’aller devant le peuple pour lui demander ce qu’il veut et faire la volonté du peuple », avait-il dit le 24 mars devant les militants de son parti.

Il a également fait valoir qu’il n’avait « de comptes à rendre qu’au peuple de Guinée et éventuellement au peuple africain, mais pas à l’extérieur »« Je fais ce qui sera la volonté du peuple de Guinée. Pour le moment […], je laisse le débat se dérouler dans le pays », a-t-il ajouté.

Dans la foulée, il est impossible de modifier l’article 27 en cas de révision constitutionnelle car « le nombre et la durée des mandats du président ne peuvent faire l’objet d’une révision » (article 154).

Une seule possibilité demeure: réécrire une nouvelle Constitution, faire accepter ce projet par le Conseil constitutionnel, passer par l’avis consultatif des députés, puis organiser un référendum afin que le peuple valide le texte.

En janvier, la présidence avait publié des propos de l’ambassadeur de Russie, suggérant d’amender la Constitution pour permettre au chef de l’Etat de briguer un troisième mandat, au grand dam de l’opposition et de la société civile.

Le pays est au bord d’une crise politique majeure aux conséquences imprévisibles, précise Clément Boursin, responsable des programmes Afrique à l’ACAT France.

C’est une évidence. Le risque d’une montée des tensions politiques est réel dans le pays. 

Afin de faire passer son projet de nouvelle Constitution, Alpha Condé compte sur ses soutiens de la Françafrique. 

De l’opposant « persécuté », Alpha Condé se met aujourd’hui dans la posture d’un dirigeant oppresseur.

Que reste-t-il aujourd’hui des valeurs démocratiques qu’il avait défendues autrefois ? S’interrogent nos confrères de Mediapart.