Ethiopie: avant sa création, la Commission réconciliation suscite déjà la polémique

Partagez ceci :

 

Le 25 décembre, le Parlement éthiopien a voté la loi prévoyant la création d’une Commission de réconciliation. Officiellement, l’institution devra trouver les causes des conflits passés et faire des recommandations. Cette décision survient alors que les violences intercommunautaires empoisonnent le mandat du Premier ministre Abiy Ahmed.

Les violences interethniques ont fait plus de 2 millions de déplacés en Ethiopie, selon OCHA, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Sans compter les violences des forces de sécurité souvent dénoncées par les ONG. Mais cette Commission réconciliation créé aussi la polémique.

Beaucoup estiment qu’une telle Commission était nécessaire. « Le pays est fracturé. Des conflits éclatent pour n’importe quoi, même lors de matchs de football », explique un spécialiste qui estime que les Ethiopiens n’ont plus confiance en leur état de droit et se font justice eux-mêmes. D’où l’importance de se pencher sur les crimes passés que ce soit entre communautés ou perpétrés par l’Etat.

Controverse

Or la Commission n’existe pas encore qu’elle créé déjà la polémique. Première controverse : le vote très rapide de la loi. « Tout s’est fait dans la précipitation, avec très peu de concertations, dénonce Fisseha Tekle, chercheur à Amnesty International. Pourquoi cet empressement ? Pour garantir l’impunité de criminels ? A cause des conflits interethniques actuels ? A cause des élections à venir ? »

L’indépendance de l’institution est également discutée. Ses membres seront proposés par le Premier ministre Abiy Ahmed, puis confirmés par le Parlement, dominé par son parti, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF).

Le projet de loi débattu posait aussi de sérieux problèmes, avec par exemple un possible pardon pour ceux qui confesseraient des crimes. « Une façon d’accorder l’impunité », selon Fisseha Tekle. Enfin, le mandat de la Commission est flou. Quels crimes seront examinés ? Sur quelle période ? Mystère. Selon un chercheur, il faudrait se concentrer sur la période après les élections de 2005.