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Togo : des règlements de compte dans l’opposition, jusqu’à quand ?

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Dans leur tribune hebdomadaire intitulée « Jeu de massacre », les universitaires Maryse Quashie et Roger Folikoue font un décryptage des différents maux qui minent la classe politique de l’opposition au Togo. Alors qu’elle s’entre-déchire, le pouvoir qu’elle se dit combattre tire grand profit de cette absence d’unité d’action. Lecture !

CITE AU QUOTIDIEN : JEU DE MASSACRE

Par  Maryse QUASHIE   et   Roger E. FOLIKOUE

Dans les fêtes foraines, en Europe, parmi les nombreux jeux proposés aux personnes en quête de distraction et de détente, il y en a un qu’on appelle jeu de massacre. Des figurines sont exposées et le joueur doit les faire tomber avec une balle et, s’il y arrive, il gagne un lot. Souvent pour rendre le jeu plus amusant ces figurines représentent des personnages connus, des acteurs, des personnalités en vue, des hommes politiques : les joueurs  se déchainent donc sur les personnages qui leur semblent antipathiques ; ils se défoulent sans risque, et le marchand forain y trouve son compte, puisque les balles utilisées pour le massacre sont vendues…

Actuellement, on a l’impression d’assister à ce jeu de massacre au sein de la classe politique togolaise. C’est à qui dépeindra les leaders et membres des autres partis sous les couleurs les plus repoussantes de façon à tirer sur eux avec des balles qui puissent faire mal et surtout les faire tomber. Il y a un côté quelque peu enfantin dans ce spectacle : en effet, chacun pose un acte, en l’occurrence sortir d’un regroupement où il était entré et où il est resté librement, et explique que c’est à cause des autres qu’il est obligé de sortir. On se croirait dans une cour de récréation de maternelle ou du primaire. La maîtresse reproche à un des élèves de rester tout seul dans son coin et l’encourage à aller rejoindre les autres et il répond : « Ce n’est pas ma faute, maîtresse, c’est X qui est méchant, donc je ne joue plus avec lui ! ».

On s’amuserait presque de tout cela, si le destin de tout un peuple n’était pas l’enjeu de ce jeu de massacre. Et les citoyens assistent médusés à ce spectacle désolant, se demandant quoi penser de la classe politique qui se déconsidère ainsi.

De fait, la question de la candidature unique n’est pas vraiment en cause, comme on voudrait le faire croire. En effet, c’est vrai, la plupart des citoyens pensent que les hommes politiques devraient s’entendre sur un candidat unique pour se donner toutes les chances de battre le candidat UNIR.

Pourtant si un homme politique est persuadé que la meilleure façon d’obtenir l’alternance est de présenter des candidatures multiples, alors il n’a qu’à développer une argumentation dans ce sens et convaincre les citoyens qu’il est en train de rechercher le bien du peuple togolais. Jusque-là nous n’avons eu droit à aucune véritable démonstration de ce type. Pourquoi ? Parce que de manière tout à fait illogique personne ne peut défendre la candidature multiple pour obtenir l’alternance mais un certain nombre de candidats multiplie quand même les candidatures. Une hypothèse pour lever cette contradiction : chacun espère peut-être représenter le candidat sur qui se reporteront la majorité des voix des citoyens cherchant l’alternance ? Alors, encore une fois, les citoyens demandent une argumentation dans ce sens, une argumentation plus convaincante que celle des partisans de la candidature unique. De fait, il n’y a pas eu de démonstration ni individuelle, ni au cours d’un débat, sur les avantages et les inconvénients de la candidature unique ou des candidatures multiples.

Voilà pourquoi, nous disions que ce n’est pas la question de la candidature unique qui est centrale. Ce qui est en cause, c’est le niveau du débat politique dans notre pays. Comment en sommes-nous arrivés là ? Il semble que plusieurs décennies d’un système autocratique fassent des dégâts autres que la pauvreté de la plus grande partie des citoyens,  la réduction des libertés publiques et les effets de la violente répression qui s’abat à l’occasion de toute tentative de résistance : la culture démocratique est au plus bas dans les pratiques et le discours des citoyens. Même la classe politique semble ne pas avoir échappé à cela…

Et la conséquence du fait que les éventuels opposants n’axent pas le débat politique sur l’essentiel mais perdent leur temps dans des règlements de compte de bas niveau, c’est que cela arrange  le pouvoir, comme cela arrive dans tout système autocratique.  

En effet, toute dissension au sein de « l’opposition » exposée sur la place publique, détourne l’attention des citoyens. Ceux-ci ne se préoccupent plus de ce qui ne va pas en vérité et qui provient des choix du pouvoir en place, et de sa gouvernance. Ils ne s’en plaignent plus…

Et  la communauté internationale elle-même est touchée : « Les opposants sont-ils vraiment prêts à prendre le pouvoir ? Ne vaut-il pas mieux soutenir le pouvoir en place ? ».  Au sein de cette communauté internationale, ceux qui ont l’habitude d’intervenir dans les affaires africaines, se mettent à envisager des solutions à la TSHISEKEDI en RDC…

En tous les cas, tout cela donne du répit au pouvoir en place et cela lui rend même service au sens où cela discrédite, aux yeux de potentiels électeurs,  la classe politique qui prétend remplacer ceux qui sont au pouvoir. Au point où cette situation fournit des arguments à ceux qui luttent pour la continuité du système en place. C’est ainsi que, dans notre pays,  de plus en plus on entend des phrases de ce genre : « S’il en est ainsi, qu’est-ce qu’un changement nous apportera ? » et pire encore « Avec ça, c’est presque sûr que le pouvoir en place va se renforcer ».

Cela décourage nombre d’électeurs quant à l’importance de leur participation à des élections : nombreux sont ceux qui se préparent à s’abstenir si le jeu de massacre continue. Finalement, ceux qui croient lancer des balles, ont progressivement pris la place des figurines, le jeu est en train de se retourner contre eux…

C’est peut-être pourquoi, on entend des citoyens dire « C’est plié ! » Personne ne nous dit  exactement d’où vient la formule en français mais cela signifie que le pouvoir UNIR va rester en place.

C’est peut-être vrai si on se contente de regarder le jeu de massacre actuel. Mais les citoyens doivent-ils se laisser fasciner par ce jeu ? Les citoyens laisseront-ils ce jeu faire pencher la balance du côté qu’ils ne désirent pas?

Dans leur rôle de veille citoyenne, ils se doivent d’émettre des signaux non pas seulement vers le pouvoir en place mais aussi à l’attention de toute la classe politique.

Aujourd’hui, il importe de s’adresser à « l’opposition ». En effet, celle-ci a besoin d’un rappel à l’ordre, au vrai sens du terme. Car il y a un ordre dans les priorités de la population togolaise, qui a du mal à se nourrir correctement, à se soigner, à scolariser les enfants, à trouver du travail et à vivre de son travail lorsqu’elle en a, la population togolaise qui n’a même pas le droit de manifester pour se plaindre de sa situation (certains sont en prison pour cela) : d’abord se donner des chances d’obtenir

  • un mieux vivre pour tous, à partir d’une meilleure répartition des richesses,
  • un mieux vivre ensemble, où tous gagneraient le droit à la parole,

ensuite seulement et en fin de liste les jeux politiciens et les égo des hommes politiques.

Peut-être n’est-il pas trop tard pour que ce rappel à l’ordre soit entendu?  Car la politique ne peut pas être le domaine par excellence des calculs égoïstes et le terrain sans éthique.   *

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