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Enlisement de l’opération Barkhane au Mali: Partir ou rester?

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Serval puis Barkhane, cela fait huit ans déjà que la France s’est engagée militairement au Nord Mali. Huit ans de victoires mais aussi de nombreux revers subis par les troupes françaises. De quoi relancer le débat sur la suite de cette opération.

L’objectif de ces opérations est clair: lutter contre le terrorisme. Mais plus le temps passe, plus la France compte ses victimes. Fin décembre 2020, début janvier 2021, cinq soldats français y ont trouvé la mort, six autres ont été blessés par un véhicule piégé. A ce jour, 50 soldats français ont trouvé la mort dans ce pays de l’Afrique de l’ouest devenu le sanctuaire du terrorisme et des trafics en tous genres. Dans le même temps, l’armée française est accusée d’avoir tué des civils.

Ce tableau peu reluisant réactive le débat sur la diminution du contingent français présent au Sahel. Mais avant d’évoquer la possibilité d’une réduction de l’effectif français, il convient d’analyser les derniers assauts contre la base militaire française.

Comprendre le message des groupes jihadistes

Selon Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes à France 24, le choix de Hombori et Ménaka, où se sont déroulées les dernières attaques contre les éléments français, n’est pas “anodin”. « Hombori, c’est la région visitée par le chef d’état-major, la ministre et le Premier ministre à Noël. Cette attaque est une réponse à leur visite, qui entendait démontrer que cette zone était sécurisée« , analyse-t-il. « Quant à Ménaka, où se trouve la base commune Barkhane-Minusma, poursuit-il, on sait que c’est là-bas que les forces tchèques devaient être opérationnelles dans quelques jours. C’est pris en compte par les jihadistes qui envoient un message politique« .

Le journaliste français explique ensuite que le groupe jihadiste entend ainsi inciter les populations des pays occidentaux envoyant des troupes au Sahel à faire pression sur leurs gouvernements pour un rappel des soldats.

Négocier ou partir?

Au cours de l’année 2020, nous avons remporté des succès militaires importants, à la fois en neutralisant plusieurs hauts responsables de ces groupes terroristes et en attaquant leurs chaînes logistiques pour les désorganiser« , assure Florence Parly. Le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), l’Algérien Abdelmalek Droukdal, a notamment été tué dans le nord du Mali en juin. Paris a également annoncé la “neutralisation” en novembre de Bah Ag Moussa, présenté comme le « chef militaire » du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

Auréolé de ces “succès militaires importants”, Emmanuel Macron entend poursuivre le combat contre le terrorisme, ainsi qu’il réaffirmait le 2 janvier « la détermination de la France dans son combat contre le terrorisme« . Ce qui n’empêche pas une diminution des effectifs.

« Nous serons très probablement amenés à ajuster ce dispositif : un renfort, par définition, c’est temporaire« , affirme la ministre des Armées, Florence Parly, début janvier, dans un entretien au Parisien.

Comme au temps du président Ibrahim Boubacar Kéita, les nouvelles autorités maliennes pourraient entrer en négociations avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, devenu trop influent dans la région. Paris pourrait également en faire partie. Mais, attention, prévient Emmanuel Macron, pas avec l’état-major du GSIM qui « répond à la hiérarchie centrale d’Al-Qaïda« , selon une source à la présidence française citée par France 24. La France ne négocierait, le cas échéant, qu’avec les éléments du GSIM, qui « ont un agenda beaucoup plus national, souvent opportuniste, parfois régional« , c’est-à-dire ceux « qui ont déposé les armes et qui ne sont pas motivés par une idéologie radicale et criminelle« , pour reprendre les termes de Florence Parly.

Après la mort de cinq soldats en moins de sept jours, la question du bien-fondé de l’opération Barkhane conduite au Sahel se pose de plus en plus. Selon Niagalé Bagayoko, politologue experte en sécurité en Afrique de l’Ouest, si « d’indéniables succès » ont été enregistrés, « la situation continue de se dégrader » et « les civils et maintenant les militaires français payent un lourd tribut. » Jusqu’où la France est-elle prête à aller dans sa détermination à combattre le terrorisme au Nord Mali? De leur côté, les groupes jihadistes ne lâchent pas l’affaire. Et les soldats français, eux, continuent de mourir.

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