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Côte d’Ivoire – Mali: des positions tranchées qui compliquent la situation des 46 soldats

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La dernière passe d’armes entre Abidjan et Bamako n’arrange pas les choses pour les 46 militaires ivoiriens encore en détention au Mali. Alors que la Côte d’Ivoire dénonce « une prise en orages et un chantage inacceptable », le Mali pointe la manipulation d’un pays « animé d’une volonté d’adversité », et refuse toute idée de se retrouver autour d’une table de discussions avec la CEDEAO sur ce sujet.

Tout est parti du communiqué du dernier Conseil national de sécurité en Côte d’Ivoire. Abidjan accuse Bamako de prendre en « otages » ses militaires arrêtés le 10 juillet dernier. Le gouvernement d’Alassane Ouattara dénonce un « chantage » des autorités maliennes qui exigent l’extradition des exilés politiques maliens en Côte d’Ivoire en contrepartie de la libération des 46 soldats. Alassane Ouattara a donc saisi la Commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à travers sa ministre des affaires étrangères, pour une réunion extraordinaire, en vue « d’aboutir à la libération des 46 soldats ivoiriens arrêtés au Mali dans les plus brefs délais».

Le calcul politique d’Alassane Ouattara

La CEDEAO avait annoncé sa réunion extraordinaire pour le 23 septembre à New York, profitant de la 77e Assemblée générale des Nations unies ouverte le 13 septembre pour alourdir les sanctions contre le Mali et la Guinée. 

La côte d’ivoire, comme par calcul diplomatique, à décidé dans son communiqué du 14 septembre soit au lendemain de l’ouverture de la session de l’Assemblée générale de l’ONU, de glisser le dossier des 46 militaires au niveau de l’organisation sous-régionale, CEDEAO, pour faire monter la pression sur Bamako et ainsi espérer obtenir la libération de ses soldats. Le gouvernement malien à déjà fait savoir son rejet et précise n’«être nullement concerné par cette procédure d’arbitrage». Dans un communiqué lu à la télévision nationale jeudi, le Premier ministre par intérim, Abdoulaye Maiga, a rappelé que « l’affaire des militaires ivoiriens est purement judiciaire et bilatérale » avant de mettre en garde la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Le Mali insiste sur la médiation togolaise 

Pour Bamako, la médiation engagée par le Togo est « l’unique cadre de règlement du dossier » des militaires. Et pour cause. Le président togolais, Faure Gnassingbé, médiateur officiel dans ce dossier, aura un peu ramé pour parvenir à ce premier résultat : la libération de trois soldates. Et pour en arriver là, il a dû effectuer des visites discrètes à Bamako en plein embargo de la CEDEAO contre le Mali. « Un geste de solidarité et plein d’amitié qui ne laisse pas les Maliens insensibles« , analyse un sociologue malien qui a requis l’anonymat. Faure Gnassingbé a également requis le renfort d’autres bonnes volontés, en l’occurrence la CEDEAO ainsi que ses homologues algérien, marocain, guinéen et, peut-être même burkinabè, ce qui a pourrait justifier le récent discret voyage de Paul-Henri Sandaogo Damiba à Lomé avant ses voyages au Mali puis en Côte d’Ivoire. 

« La diplomatie du président Gnassingbé aura permis un atterrissage en douceur, sans les altercations avec le Quai d’Orsay qui divisent aujourd’hui les dirigeants de la CEDEAO, sur leurs prises de position », pensent certains milieux diplomatiques

Difficile équation pour la CEDEAO et l’ONU

La question des 46 militaires trouvera-t-elle un dénouement lors du prochain sommet extraordinaire de la CEDEAO à New York sans le Mali ? A Bamako, la proximité entre le Bissau-guinéen, Umaro Sissoco Embaló, président en exercice de la CEDEAO, et Emmanuel Macron n’est pas bien vue. ? Des suspicions qui amenuisent les chances de l’organisation sous-régionale dans la résolution de ce dossier.

Rappelons que la CEDEAO avait déjà pris une batterie de sanctions contre le Mali avant de les lever par contrainte d’une réciprocité de Bamako.  

La perspective d’un règlement diplomatique semble de plus en plus menacée. Parce que des points d’achoppements difficilement surmontables sont dorénavant clairement dressés et assumés, et parce que les Nations unies n’ont pas levé certaines zones d’ombre, notamment en clarifiant le statut de ces soldats ivoiriens.

L’ONU avait dans un premier temps assuré que les soldats ivoiriens arrêtés bénéficiaient du statut NSE (National Support Elements), des troupes qui ne font pas partie de la Minusma mais qui viennent lui apporter un soutien. Avant de faire machine arrière quelques jours plus tard. Les Nations unies ont expliqué, dans une note rendue publique par Bamako, que les soldats ivoiriens intervenaient bien dans le cadre onusien pour « assurer la sécurité à la base des NSE allemands » à Sénou, où se situe l’aéroport de Bamako. Mais sans préciser clairement dans quelles conditions.  

Reste à savoir sur base légale la côte d’ivoire pourrait faire pression sur le Mali, sans la clarification du statut des soldats arrêtés de la part des Nations-Unies qui semble faire la politique de l’autruche. 

« Une œuvre de paix n’est jamais facile, indique une source impliquée dans les médiations en cours, mais rien n’est impossible, nous y arriverons. »




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