Le phénomène des « Ano »

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Source: fotinihatzis.com
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Parce que l’émergence d’un continent ne passe pas singulièrement par des innovations scientifiques, technologiques ou en matière d’infrastructures, l’Afrique pourra aussi se développer de manière significative en procédant à de réels changements de mentalités. Un retour vers la pratique de l’entraide et de la solidarité s’avère indispensable. Une nouvelle génération d’africains semble avoir très bien intégré ce concept. Des héros de l’ombre Eux ce sont les administrateurs des pages spécialisées en conseils matrimoniaux. Personne ne connait leur identité (à moins qu’ils choisissent de publier leurs photos sur la page), ils travaillent dans l’ombre à l’abri des regards. Le nombre de d’abonnés, environs 300 000 pour les plus populaires, laisse percevoir l’étendu du problème. Leur travail, le voici résumé en quelques phrases « Admin publie en anonyme s’il te plait », « balance mon toli ci au terre », « voici mon histoire ». Telles sont quelques unes des entête de ces histoires rocambolesques dignes de scenario de film science fiction. Des agences matrimoniales virtuelles cent pour cent gratuites sur Facebook. Des africains de tout bord se retrouvent sur ces pages pour discuter et donner leur point de vue comme cela se faisait au temps anciens sous les arbres à palabre. Sous de vrai ou faux profils ils conseillent et débattent sur les problèmes des « ano, refré et ressée ». Le sujet favoris reste et demeure celui de l’amour ! Ce mystère dont personne n’a le monopole suscite auprès des lecteurs de vives réactions. Les administrateurs sont unanimes quant à leurs motivations. Ils n’ont pas besoin de publicités pour avoir des « followers » le bouche à oreille et surtout les « j’aime » d’amis rendent ces pages très populaires. A la question de savoir comment ils occupent leur journées, « les admin » expliquent que cette activité n’est pas génératrice de revenu de ce fait ils n’en vivent pas. Ils se contentent de poster les histoires des uns et des autres en grignotant du temps ça et là entre deux occupations. « Le retours des abonnés me fait chaud au cœur parce que j’ai le sentiment d’aider mon prochain » avoue un administrateur. Un abonné nous explique « ma connexion internet ne me sert qu’à lire les histoires des ano, elles m’aident et m’édifient énormément ». Un autre qualifie ces pages « d’antidépresseurs, anti stress et anti fatigue ». Chaque page à sa spécificité et son concept. Les unes, en plus de publier les histoires de la masse et de conseiller, permettent de faire des rencontres. Facile et pratique, l’identité n’est pas révélée de ce fait personne ne pourra savoir celui qui se cache derrière l’ « ano » !! Les africains, ceux de l’Afrique francophone particulièrement sont accros à ses pages. Nouvelle manière de se faire prodiguer des conseils, il existe par contre un revers de la médaille dont bon nombre d’utilisateurs semblent ne pas tenir compte. Aucun traitement de faveur Les railleries et insultent fusent, vu qu’il n’existe aucun moyen d’identifier les « ano », les lecteurs ne ménagent pas leur vocabulaire et se lâchent. D’où les indications « s’il vous plaît je suis sensible pas d’insultes », « on ne se fâche pas », « blagueurs s’abstenir » sous certains posts. Ceci ne fait pourtant pas peur à ses nombreux utilisateurs. Pour pallier à ce problème, les administrateurs n’hésite pas à bloquer certains membres, ainsi ces derniers ne peuvent plus réagir aux publications. Autre fait marquant qui pourraient choquer certains parents, il n’existe aucun moyen de sélection des membres puisqu’on y accède grâce à un simple « j’aime ». Les adolescents ou pré adolescents qui s’y rendent pour conter leurs déboires amoureux sont alors verbalement foudroyés par leur « tontons et tata » qui les conseillent après les avoir réprimandés sur leur jeune âge. Preuve qu’en Afrique peut importe que vous ayez obtenu votre baccalauréat a 15 ans, vous restez et demeurez un enfant surtout que « l’enfant, c’est l’enfant de tout le monde ». C’est l’Afrique qui gagne Extension des blog selon certains, ces pages ont pour objectif premier de rapprocher les fils et filles d’un continent en perte de tradition. Dans l’optique de retrouver des africains fièrent et unis, les « admin » soutiennent et conseillent aussi le « ano ». Une grande partie des africains ne disposent pas d’ordinateurs, de clés internet ou de tablettes pour pouvoir aller sur les blogs, la solution des pages Facebook transformées en mini blog semble arranger la majorité des utilisateurs africains (vivant en Afrique) pour qui la connexion internet grâce a des téléphones Android est beaucoup plus accessible. Site de rencontre, agence matrimoniale, thérapie de couple, psychologue, educateurs, ces pages qui naissent au fil des jours sont de véritable tout en un. On y décompose, analyse, interprète, traduit, puis propose des solutions plus ou moins bonnes à tous les types de problèmes. L’Afrique gagnerait à s’inspirer de ces pages qui traduisent le manque d’attention donné à la vie de couple dans notre continent pour créer des structures favorisant la communication et la résolution des conflits conjugaux et familiaux de différent ordre. Ceci contribuerait à redéfinir et recadrer le rôle des services sociaux dont le but en Afrique n’est pas véritablement défini.

 

Edwige Suzanne BIAS ( Cameroun )

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