RDC: ces « 66 ministres » qui vont compliquer (davantage) la vie aux Congolais

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La RD Congo a-t-elle les moyens d’avoir un gouvernement de 67 membres, si l’on inclut le chef du gouvernement ? La polémique s’enfle aux lendemains de la publication de la liste des hommes et des femmes qui ont bénéficié de la confiance du Premier ministre Sylvestre Illunga Illunkamba, trois mois après sa nomination par Félix Tshisekedi. Une équipe gouvernementale qui inquiète par son caractère « pléthorique » et « budgétivore », au regard des ressources budgétaires du pays. Des interrogations sur la possibilité de diriger cette équipe hors norme.

D’entrée de jeu, il faut signaler que le futur gouvernement de coalition de la République démocratique du Congo reste dominé par les proches du président sortant, qui a gardé la majorité au Parlement et dans les 26 provinces du plus grand pays d’Afrique subsaharienne.

Ce nouveau gouvernement comprend 66 membres : 42 sont issus des rangs du Front commun pour le Congo (FCC), la plate-forme pro-Kabila et 23 du Cap pour le changement (Cach).

Conséquence: gardant la main sur l’exécutif et le législatif, Joseph Kabila reste au cœur du pouvoir congolais.

Si dans le camp du président comme dans celui de son prédécesseur, Joseph Kabila, on insiste sur la volonté de « compromis » et de « changement », pour nombre d’acteurs, il ne fait aucun doute que le premier gouvernement de Sylvestre Ilunga est avant tout le fruit d’un « bras de fer », au cours duquel chacun a tenté d’imposer son choix à l’autre.

Une partie serrée, qui n’a pris fin que le 25 août, lors d’ultimes tractations menées par les deux têtes de l’exécutif en personne.

Quels problèmes pose la composition de ce gouvernement ?

Selon la Croix, la combinaison trouvée après cette longue période de réflexion et de négociation ne plaide pas en faveur de son efficacité pour au moins trois raisons.

La première tient au nombre de ses membres : 67. Une démesure qui favorise la bureaucratie, l’opacité des circuits de décisions, la dissolution des responsabilités, la paralysie ou la lenteur des instructions et des actions.

Et qui a un coût : autour de 700 millions de dollars (630,5 millions d’euros) par an, selon une estimation donnée sur RFI par Valery Madianga de l’Observatoire de la dépense publique.

Par ailleurs, l’écrasante majorité des postes sont occupés par des proches du président sortant, Joseph Kabila. Seulement un tiers est issu de la coalition présidentielle. Cette mainmise était prévisible puisque son parti a remporté les élections législatives. 

Même tonalité de la part de Jean-Pierre Bemba, chef de la coalition d’opposition Lamuka, pour qui, « l’équipe gouvernementale est trop nombreuse », « ce qui risque de peser sur le budget de l’État ».

La situation actuelle, et surtout budgétaire du pays, qui s’est réduite considérablement ces neuf derniers mois, à la suite bien sûr de cette instabilité et cette attente au niveau de la mise en place des institutions, fait que d’abord cela va être budgétivore. Mais deuxièmement, ce qu’il y a surtout, c’est qu’ils puissent mettre en place une équipe et une cohésion au niveau de cette équipe, qui va faire le travail et qui va s’occuper des intérêts de la population, sans savoir ce qui a été décidé entre les deux familles politiques qui ont constitué le gouvernement, le FCC et le Cach. Je ne vais pas rentrer dans leurs débats internes, simplement dire que la population attend maintenant qu’on s’occupe de ces problèmes. Et nous, au niveau de l’opposition, nous allons continuer à défendre les intérêts de la population, a-t-il réagi le 26 août dernier, au micro de RFI.

Quelles sont les priorités du nouveau gouvernement ?

Elles sont de plusieurs natures, souligne La Croix.

À très court terme, la question de la gratuité de l’enseignement primaire. Félix Tshisekedi l’avait promis pour cetterentrée scolaire, le 2 septembre. Mais son coût estimé à 4 200 milliards de francs congolais (2,38 milliards d’euros), soit 40 % du budget de l’État, n’a pas été inscrit dans le budget 2019.

Le gouvernement va devoir faire face à l’épidémie d’Ebola à l’est du pays : près de 2 000 victimes. Sans oublier l’épidémie de rougeole, dont on parle moins mais qui a déjà causé la mort de plus de 2 700 enfants entre janvier et août, selon MSF.

À moyen terme, il doit prendre des mesures urgentes pour rétablir la sécurité, assainir les finances publiques, lutter contre la corruption, réformer la justice et se lancer dans le lourd chantier des infrastructures.